Le prix Nobel de littérature Harold Pinter est mort
par Steven Brown
LONDRES (Reuters) - Décédé mercredi à l'âge de 78 ans, Harold Pinter, lauréat du prix Nobel de littérature 2005 et auteur de pièces grinçantes sur la société britannique, était considéré comme l'un des plus grands dramaturges contemporains occidentaux.
Dans les dernières années de sa vie, il avait quelque peu ralenti son rythme de production littéraire pour mieux donner de la voix dans le champ politique, devenant ainsi l'un des critiques les plus virulents de l'intervention anglo-américaine en Irak de 2003.
Lors de ses récentes apparitions en public, Harold Pinter semblait d'allure fragile, marchant à l'aide d'une canne et admettant être "épuisé" et "au bout du rouleau".
Ce qui n'a pas empêché cet homme soigné en 2002 pour un cancer de participer avec beaucoup d'énergie aux débats politiques de son temps, pourfendant tout dernièrement la guerre en Irak qualifiée d'"acte de banditisme et de terrorisme d'Etat flagrant".
"Nous avons apporté au peuple irakien la torture, les bombes à fragmentation, l'uranium appauvri, d'innombrables actes de meurtres à l'aveuglette, la misère et la dégradation sous le couvert de 'liberté et de démocratie au Moyen-Orient'", disait-il lors d'un discours enflammé en mars 2005.
Harold Pinter, dont les pièces les plus célèbres sont "L'Anniversaire", "Le Gardien" et "Le Retour", était réputé pour faire du silence un véritable art d'expression dans des pièces menaçantes peuplées de personnages énigmatiques qui ne disent jamais ce qu'ils pensent ou ne pensent jamais ce qu'ils disent.
Son art dramatique s'apparente à une variante du théâtre de l'absurde, labellisée "Comedy of Menace" (ou "comédie de la menace") où la complexité des êtres et de leurs rapports de force se révèle dans les conversations les plus banales.
Ses pièces ont influencé une génération de dramaturges britanniques et même donné naissance à un nouvel adjectif dans la langue anglaise, "pinteresque", synonyme d'une oeuvre dramatique pleine de silences saupoudrés de réflexions à demi-exprimées. Suite...

