La Russie rejette les critiques de l'UE et des USA

lundi 27 mars 2017 16h24
 

par Andrew Osborn et Svetlana Reiter

MOSCOU (Reuters) - Le Kremlin a ignoré lundi les appels lancés par les Etats-Unis et l'Union européenne en faveur de la libération des centaines de manifestants de l'opposition interpellés dimanche lors de rassemblements en Russie.

Il a en outre accusé les organisateurs d'avoir payé des adolescents pour y participer.

Ces manifestations, dans plusieurs villes du pays, sont les plus importantes depuis la vague de contestation visant le Kremlin en 2011 et 2012. Elles interviennent un an avant l'élection présidentielle à laquelle Vladimir Poutine devrait briguer un nouveau mandat de six ans.

La police a interpellé un millier de personnes lors de ces différents rassemblements, où les manifestants ont dénoncé la corruption du pouvoir et demandé la démission du Premier ministre, Dmitri Medvedev.

Parmi les personnes arrêtées à Moscou figure l'avocat et chef de file de la contestation Alexeï Navalny, qui espère présenter sa candidature face à Vladimir Poutine l'an prochain.

Un tribunal de la capitale russe l'a condamné lundi à 15 jours de prison pour désobéissance à un officier de la force publique. Il a en outre écopé de 20.000 roubles (environ 350 dollars) d'amende pour avoir organisé un rassemblement que les autorités avaient qualifié d'illégal.

Son avocate, Olga Mikhaïlova, a dit qu'elle allait faire appel de la condamnation à deux semaines d'emprisonnement.

Alexeï Navalny a dit sa résolution à poursuivre le combat. "On ne peut pas arrêter des dizaines de milliers de gens", a-t-il dit à la presse après sa comparution devant le tribunal.

L'opposition libérale qu'il représente sait qu'elle a peu de chances de pouvoir présenter un candidat face à Vladimir Poutine, toujours au sommet dans les sondages. Malgré tout, l'avocat et ses partisans espèrent canaliser le mécontentement social contre la corruption du pouvoir.

"PROVOCATION"

Les manifestants dimanche avaient pour cible principale Dmitri Medvedev. Son porte-parole a estimé que les accusations de corruption constituaient "des attaques de propagande".

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré pour sa part que ces manifestations relevaient d'"une provocation".

Interrogé sur l'appel lancé par les Etats-Unis et l'Union européenne en faveur de la remise en liberté des personnes arrêtées, il a répondu qu'il était impossible d'y répondre favorablement et expliqué que la police avait fait son travail d'une manière professionnelle.

La France a, elle aussi, exprimé lundi "sa vive préoccupation" et a appelé Moscou à respecter ses engagements internationaux en matière de liberté d'expression et de manifestation.

Selon Dmitri Peskov, le Kremlin n'est pas opposé à la liberté d'opinion lors de manifestations à condition que celles-ci soient au préalable approuvées par les autorités.

L'un des reproches du pouvoir russe adressés aux manifestants est la participation d'enfants mineurs aux rassemblements. La police aurait établi que des adolescents, dont certains ont été arrêtés, avaient reçu de l'argent de la part des organisateurs pour aller manifester.

"Nous ne pouvons pas respecter des gens qui trompent volontairement des mineurs - en l'occurrence des enfants - en les impliquant dans des mouvements illégaux dans des endroits non autorisés et en leur offrant des récompenses en échange et en mettant leur vie en danger", a expliqué Dmitri Peskov.

(Eric Faye, Pierre Sérisier et Gilles Trequesser pour le service français)

 
Le Kremlin a rejeté lundi les appels lancés par les Etats-Unis et l'Union européenne en faveur de la libération des manifestants de l'opposition interpellés dimanche lors de rassemblements, et a accusé les organisateurs d'avoir payé des adolescents pour y participer. /Photo prise le 26 mars 2017/REUTERS/Maxim Shemetov