21 mars 2017 / 17:26 / dans 6 mois

Hollande et Cazeneuve tranchent le cas Le Roux

Le ministre de l'Intérieur, Bruno Le Roux, a présenté mardi sa démission à François Hollande après les révélations sur l'emploi de ses filles à l'Assemblée nationale par l'émission "Quotidien", qui s'interroge sur la réalité d'une partie du travail effectué. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau

BOBIGNY/PARIS, Seine-Saint-Denis (Reuters) - François Hollande et Bernard Cazeneuve ont tranché mardi le cas du ministre de l‘Intérieur Bruno Le Roux, qui a démissionné moins de 24 heures après des révélations sur l‘emploi de ses filles comme assistantes parlementaires à l‘Assemblée nationale.

A 33 jours du premier tour de l‘élection présidentielle, le chef de l‘Etat et le Premier ministre ont ainsi évité de prêter le flanc aux accusations d‘instrumentalisation de la justice brandies par le candidat de la droite, François Fillon.

L‘ancien Premier ministre, mis en examen dans l‘affaire des emplois fictifs présumés dont aurait notamment bénéficié son épouse Penelope comme assistante parlementaire, n‘a de cesse de dénoncer le traitement particulier dont il se dit la cible.

Le Parquet national financier (PNF) a agi avec une célérité plus grande encore dans le cas de Bruno Le Roux, en annonçant dès mardi en début d‘après-midi l‘ouverture d‘une enquête préliminaire visant le ministre de l‘Intérieur.

L‘ex-chef de file des députés socialistes a alors été reçu par François Hollande en présence de Bernard Cazeneuve.

Peu après 18h00, après une rencontre avec des élus de Seine-Saint-Denis, il a annoncé à la préfecture de Bobigny sa démission d‘un ministère où il avait succédé à Bernard Cazeneuve il y a seulement trois mois et demi, le 6 décembre.

Peu après, l‘Elysée annonçait son remplacement par une étoile montante du Parti socialiste, Matthias Fekl, jusqu‘ici secrétaire d‘Etat au Commerce extérieur et soutien du candidat socialiste à la présidentielle, Benoît Hamon.

L‘enquête ouverte par le PNF et confiée à l‘Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales vise des faits révélés lundi soir par l‘émission “Quotidien”, sur la chaîne de télévision TMC.

Selon “Quotidien”, les filles de Bruno Le Roux, âgées aujourd‘hui de 23 et 20 ans, auraient cumulé respectivement 14 et 10 contrats à durée déterminée (CDD) effectués pendant les vacances scolaires, entre 2009 et 2016.

Lors de deux contrats spécifiques, l‘aînée était en même temps en stage à plein temps chez Yves Rocher, en Belgique, et la benjamine en cours en classe préparatoire à Paris.

“RESPONSABILITÉ”

Bruno Le Roux a admis avoir embauché ses deux filles comme collaboratrices parlementaires pour des “emplois d‘été”.

“Ces contrats, ponctuels et officiels, conformes aux règles juridiques des services de l‘Assemblée nationale, correspondaient tous bien sûr à des travaux effectivement réalisés”, s‘est-il défendu dans son discours de Bobigny.

Mais “je ne veux à aucun prix que ce débat fait d’amalgames puisse porter atteinte au travail du gouvernement”, a-t-il poursuivi. “La responsabilité particulière qu‘impose la lutte quotidienne contre le terrorisme, contre la délinquance et pour la maîtrise des flux migratoires, implique de ne prêter le flanc à aucune instrumentalisation.”

“J‘affirme mon honnêteté dans les rapports humains comme dans tous mes actes politiques. Mais ma responsabilité est aussi de préserver totalement l’action gouvernementale, c’est pourquoi j’ai adressé au président de la République ma démission.”

Bruno Le Roux est le troisième ministre de François Hollande contraint de démissionner dans ce type de conditions, après l‘ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac, accusé de fraude fiscale, il y a quatre ans, et l‘ex-secrétaire d‘Etat au Commerce extérieur Thomas Thévenoud, lui aussi en délicatesse avec le fisc, en septembre 2014.

Cette affaire intervient alors que la moralisation de la vie publique est devenue un des thèmes de la campagne présidentielle après la mise en examen de François Fillon et les déboires judiciaires de la candidate du Front national, Marine Le Pen.

Le candidat d‘En Marche ! Emmanuel Macron a promis une “grande loi de moralisation de la vie publique”.

Lors du premier débat télévisé des prétendants à l‘Elysée, lundi soir, François Fillon a pour sa part promis, s‘il est élu, la création d‘une commission chargée de faire des propositions en matière de transparence de la vie publique.

La plupart des candidats se sont dits pour une interdiction de l‘emploi par les parlementaires de membres de leur famille.

Jean-Baptiste Vey et Emmanuel Jarry, avec Chine Labbé et Elizabeth Pineau, édité par Sophie Louet

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