9 avril 2014 / 08:55 / dans 4 ans

Jouyet, un expert de l'Europe aux manettes de l'Elysée

Jean-Pierre Jouyet, actuel directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et proche de François Hollande depuis 30 ans, sera nommé mercredi secrétaire général de l'Elysée, a annoncé l'actuel détenteur du poste Pierre-René Lemas. /Photo prise le 14 février 2014/REUTERS/Benoît Tessier

PARIS (Reuters) - Jean-Pierre Jouyet, disciple de Jacques Delors et fidèle de François Hollande, prend les rênes du secrétariat général de l‘Elysée, un poste stratégique où cet expert de l‘Europe tentera de remettre de l‘ordre dans l‘appareil de l‘Etat.

L‘actuel président de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), bras financier du gouvernement, mettra ses qualités de grand commis de l‘Etat au service d‘un président qui cherche un second souffle pour son quinquennat.

Ce catholique de 60 ans, “socialiste par amitié”, est un intime de François Hollande et de son ex-compagne Ségolène Royal, qui a fait son entrée au gouvernement, depuis leurs études à l‘Ecole nationale d‘administration (Ena), dont ils sont sortis diplômés lors de la célèbre promotion Voltaire de 1980.

Pierre-René Lemas, un ancien préfet qui dirigeait le secrétariat général de l‘Elysée depuis l‘élection de François Hollande, a annoncé sa démission quelques jours après l‘installation du gouvernement du Premier ministre Manuel Valls.

Le président français a précisé ses motivations au Monde.

“Dès lors qu‘une nouvelle équipe s‘installait à Matignon, je souhaitais qu‘il y ait une nouvelle équipe à l‘Elysée”, explique-t-il en prônant “une cohérence absolue, une équipe quasiment fusionnelle, une véritable unité de commandement”.

“IL CONNAÎT TOUT LE MONDE”, DIT HOLLANDE

Un commentaire qui sonne comme une critique en creux de Pierre-René Lemas, lui aussi un fidèle du chef de l‘Etat, souvent critiqué pour n‘avoir pas su imposer une discipline stricte à l‘ensemble du gouvernement.

Mais Jean-Pierre Jouyet est cité pour le poste depuis 2012.

Le chef de l‘Etat relève qu‘il “connaît tout le monde et est respecté de tout le monde, y compris dans l‘opposition”.

Membre du cabinet du Premier ministre Lionel Jospin de 1997 à 2000, il rejoint ensuite celui de Jacques Delors, alors président de la Commission européenne, avant de le diriger de 1994 à 1995, au moment de la création de la monnaie unique.

C‘est cette expérience bruxelloise que Nicolas Sarkozy recherche lorsqu‘il le nomme en 2007 secrétaire d‘Etat aux Affaires européennes, une “infidélité” que la gauche du Parti socialiste n‘a pas encore digérée aujourd‘hui.

Jean-Pierre Jouyet occupera cette fonction le temps de mener à bien le pilotage de la présidence française de l‘Union européenne, qui s‘achève le 31 décembre 2008.

Les propos qu‘il tient à l‘époque sur Nicolas Sarkozy risquent de lui revenir comme un boomerang.

Il ne cachait pas son admiration sur la capacité de l‘ancien président à “réveiller la Belle au bois dormant” européenne. “Rien ne sera plus comme avant”, avait-il dit. “Nicolas Sarkozy a inventé un nouveau mode d‘organisation, de décision, d‘impulsion au niveau européen”.

Pour lui, Nicolas Sarkozy “n‘a rien à voir avec la caricature que l‘on en fait” et a permis “le retour de notre pays sur la scène européenne” après le “non” français à la Constitution européenne en faisant adopter le traité de Lisbonne par la voie parlementaire, au grand dam de la gauche du PS.

L‘ancien président le nommera à la tête de l‘Autorité des marchés financiers (AMF), où il a travaillé à leur régulation.

“J‘AIMER CONSEILLER”

Mais François Hollande ne lui a visiblement pas tenu rigueur de cet écart et cet homme de réseaux - “j‘aime conseiller, le pouvoir ne m‘amuse que modérément”, dit-il - a trouvé sa place dans le dispositif socialiste à la direction de la CDC en 2012.

L‘expertise européenne de Jean-Pierre Jouyet est cruciale au moment où la France peine à tenir ses objectifs en matière de réduction des déficits publics.

“Nous devons avoir un dialogue très clair avec les autorités bruxelloises, en leur disant ‘nous faisons des efforts importants pour adapter l‘économie française, pour maintenir la croissance à un rythme positif’ (...) et dans le même temps nous devons trouver les économies nécessaires pour financer les réformes”, a-t-il dit samedi dernier sur France Inter.

Mais pour le député socialiste Christophe Caresche, “la principale raison de son arrivée à l‘Elysée, c‘est essentiellement la proximité avec le président”.

“Une des qualités de Jouyet est qu‘il est politique. François Hollande politise son dispositif. Il sort d‘un dispositif qui était quand même assez technocratique. Donc il prend des gens qui ont une dimension politique et il essaye de relancer le Parti socialiste. Et il y a du boulot!”

Pour le député socialiste Dominique Lefebvre, le choix allait de soi: “Un, c‘est un type solide, deux, c‘est quelqu‘un de confiance, trois c‘est un copain (de Hollande) et quatre, on a une partie de manivelle européenne.”

Yves Clarisse, avec Julien Ponthus et Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse

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