6 juin 2008 / 05:45 / il y a 9 ans

TeliaSonera rejette le projet d'offre de France Télécom

<p>Didier Lombard, pr&eacute;sident de France T&eacute;l&eacute;com. L'op&eacute;rateur fran&ccedil;ais a pr&eacute;sent&eacute; un projet d'offre d'achat "amicale" sur son homologue nordique TeliaSonera AB, qui l'a toutefois rejet&eacute;e imm&eacute;diatement, jugeant le prix insuffisant. /Photo prise le 27 mai 2008/Gonzalo Fuentes</p>

par Jean-Michel Bélot et Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - France Télécom a présenté jeudi un projet d'offre de près de 27 milliards d'euros sur TeliaSonera, pour donner naissance au quatrième opérateur télécoms mondial, mais l'opérateur nordique l'a rejetée, de même que l'Etat suédois, son principal actionnaire.

Didier Lombard, le P-DG de l'opérateur français, a déclaré qu'il se donnait 15 jours pour décider ou non de lancer formellement cette offre qui ne pourrait se faire que "sur une base amicale".

Aux cours et taux de changes actuels, l'offre représente environ 55,2 couronnes par action, donnant un total de 248 milliards de couronnes, soit 26,7 milliards d'euros selon les estimations réalisées par Reuters.

L'action TeliaSonera a clôturé en hausse de 6,51% à 57,25 couronnes à Stockholm, tandis que celle de France Télécom a perdu 5,10% à 18,25 euros, après être descendue à 18,11, au plus bas depuis octobre 2006. Nombre d'analystes doutent des synergies avancées par l'opérateur français et mettent en avant les risques d'exécution de l'opération.

Le projet d'offre est constitué d'un mix de 52% en numéraire payable en euros pour un équivalent de 63 couronnes suédoises par action TeliaSonera et de 48% en actions France Télécom sur la base d'un ratio d'échange de trois actions nouvelles France Télécom pour 11 actions existantes TeliaSonera.

Le conseil d'administration de TeliaSonera a opposé une fin de non-recevoir à France Télécom, estimant que l'offre "sous-évalue sensiblement" la société. L'Etat suédois, qui détient dans l'opérateur nordique 37,3% qu'il entend vendre dans le cadre d'un programme de privatisation, a fait savoir qu'il partageait l'avis de TeliaSonera.

L'Etat finlandais, qui détenait 13,7% du groupe fin 2007, a fait savoir qu'il évaluait l'offre de France Télécom pour TeliaSonera et qu'il pourrait y en avoir d'autres.

Le P-DG de France Télécom, Didier Lombard, a déclaré lors d'une conférence téléphonique qu'il n'était pas question de relever l'offre sur TeliaSonera, estimant avoir proposé le "juste prix".

"Nous pensons qu'une offre plus attractive est nécessaire pour que l'opération puisse se faire", écrivent les analystes de Dresdner Kleinwort. "Les synergies ne seront totalement réalisées qu'en 2013 et il y a un risque d'exécution lié à la fusion".

Le directeur financier Gervais Pellissier a évalué les synergies à environ 1% du chiffre d'affaires pro forma 2007 du nouveau groupe d'ici 2013 - soit environ 630 millions d'euros - précisant qu'environ 70% d'entre elles seraient réalisées d'ici 2011.

"Comme nous pensons que les synergies à long terme sont difficiles à quantifier, nous nous concentrons sur les synergies à court et moyen terme dont nous doutons encore qu'il suffirait à justifier une telle opération", estime de son côté WestLB.

Gervais Pellissier a également souligné que l'offre serait relutive dès 2009 et qu'elle devrait permettre de préserver "le profil de crédit" du groupe dont la dette est notée actuellement A- par Standard & Poor's et Fitch et A3 par Moody's.

Standard & Poor's a précisé dans un communiqué que le projet d'offre n'affectait pas, à ce stade, les notes de sa dette, ni celle de TeliaSonera.

France Télécom a réaffirmé que son ratio dette nette sur marge brute opérationnelle ne dépasserait pas 2,5 et qu'il redeviendrait d'ici trois ans inférieur à 2, son niveau actuel depuis la fin de l'année dernière. Il a ajouté que le groupe ne modifierait pas sa politique de distribution de dividende.

BATAILLE BOURSIERE ?

L'opération donnerait naissance à un groupe totalisant 237 millions de clients, dont 168 millions dans la téléphonie mobile - dont il deviendrait le numéro 3 mondial - et 69 millions dans le fixe.

France Télécom a justifié la logique d'un éventuel rapprochement par la nécessité d'accroître sa taille au moment où des géants comme Google ou Apple cherchent des revenus sur les réseaux télécoms.

Certains analystes n'excluent pas une bataille boursière. Le norvégien Telenor, qui avait étudié la possibilité de fusionner avec Telia dans les années 90, pourrait lancer une contre-offre comme "chevalier blanc", disent-ils.

"Il est possible qu'une contre-offre amicale soit lancée par Telenor", commente l'un d'entre eux. "Le prix proposé par France Télécom est déjà élevé. S'il doit être encore relevé, l'opération ne serait plus très intéressante", ajoute-t-il.

Telenor, contrôlé par l'Etat suédois, s'est abstenu de tout commentaire sur un article de presse suédoise selon lequel il pourrait envisager de lancer une offre. L'opérateur s'est contenté de dire qu'un rachat de Telia n'aurait pas beaucoup d'impact sur le marché des télécoms en Europe du Nord.

Dans une note, Dexia calme cependant les spéculations de bataille boursière. "Nous estimons que le prix proposé par France Télécom est équitable et ne pensons pas qu'une contre-offre soit l'hypothèse la plus probable", écrivent-ils.

Global Equities souligne de son côté que même dans le cas d'une amélioration de l'offre, le prix proposé ne varierait probablement pas beaucoup puisque le cours de France Télécom baisserait probablement encore.

Un autre analyste avance une autre hypothèse: "On peut imaginer que cette annonce de France Télécom viserait à pousser à une fusion entre Telenor et Teliasonera. Ils seraient alors obligés de vendre des actifs que France Télécom pourrait racheter à bas prix".

Le directeur financier de France Télécom Gervais Pellissier avait cependant déclaré à Reuters fin mai que pour un actif très stratégique, il fallait en payer le prix. Il avait estimé que la consolidation du secteur pourrait réduire à trois ou quatre le nombre de grands opérateurs en Europe d'ici cinq à dix ans, alors que l'UE en compte actuellement une quarantaine.

Le mouvement est déjà en marche: Deutsche Telekom a acquis en mai une participation de 25% dans l'opérateur grec OTE, tandis que l'américain Verizon Wireless discute du rachat de l'opérateur mobile rural Alltel et que l'indien Reliance Communications et le sud-africain MTN paraissent proches d'un rapprochement. /JMB/YLG/JIR/CA

Pour accéder à l'encadré sur les principales opérations de fusions-acquisitions dans les télécoms au cours des dix dernières années.

Avec la contribution de Juliette Rouillon

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