24 février 2013 / 18:09 / il y a 5 ans

Au salon du mobile de Barcelone, le grand écart Etats-Unis/Europe

Le Congrès mondial de la téléphonie mobile (MWC, Mobile World Congress) qui ouvre ses portes à Barcelone cette semaine permettra de constater l'écart croissant entre les opérateurs américains, en plein essor et richement valorisés et leurs homologues européens mal en point. /Photo prise le 23 février 2013/REUTERS/Albert Gea

par Leila Abboud et Harro Ten Wolde

BARCELONE (Reuters) - Le Congrès mondial de la téléphonie mobile (MWC, Mobile World Congress) qui ouvre ses portes à Barcelone cette semaine permettra de constater l‘écart croissant entre les opérateurs américains, en plein essor et richement valorisés et leurs homologues européens mal en point.

L‘encombrement du marché européen, la réglementation stricte et la récession freinent les capacités d‘investissement des opérateurs du Vieux-Continent, au risque d‘un retard économique sur les Etats-Unis et une partie de l‘Asie.

En conséquence, le fossé dans les valorisations des opérateurs de part et d‘autre de l‘Atlantique s‘est creusé pour atteindre un écart jamais vu depuis 2008: les actions des européens valent en gros 9,9 fois leurs résultats financiers, quand ce ratio atteint 17,6 pour les américains.

Les deux marchés n‘ont pas grand chose à voir. Les Etats-Unis comptent six opérateurs de téléphonie mobile alors qu‘ils sont une centaine en Europe, soumis à une réglementation plus stricte qui mine leur profitabilité et a contribué à quatre années consécutives de baisse de leur chiffre d‘affaires cumulé.

Or la faiblesse des valorisations boursières n‘est pas sans inquiéter. Faute de confiance des investisseurs, les opérateurs européens ont plus de mal à lever des fonds ou emprunter de l‘argent pour leurs investissements, lesquels sont essentiels pour la croissance économique.

“Si l‘écart de valorisation n‘était que ce 5% ce ne serait pas grave, mais quand il est si large cela a de graves conséquences”, a déclaré Gervais Pellissier, le directeur financier de France Télécom, dans une interview.

“Si les opérateurs européens ne récupèrent pas leurs capacités de financement et ne retrouvent pas des valorisations boursières plus élevées, l‘investissement dans les réseaux pourrait être inférieurs à ce que beaucoup souhaiteraient.”

L‘essor du marché des smartphones et des tablettes suppose que les opérateurs mobiles investissent 800 milliards de dollars dans leurs réseaux d‘ici 2016, selon les calculs de l‘association professionnelle GSMA, notamment dans les technologies de quatrième génération (4G) et de fibre optique qui permettent de multiplier par dix la rapidité d‘internet.

Alors que les opérateurs américains, japonais et sud-coréens investissement massivement, les européens sont occupés à réduire leur endettement pour préserver leur crédibilité sur les marchés financiers. L‘investissement dans la 4G et la fibre optique prend ainsi du retard en Europe, laissant des régions entières du continent peu ou mal couvertes.

Cette situation inquiétante a conduit beaucoup de responsables du secteur à demander une approche plus souple de l‘Union européenne, tant sur les fusions et acquisitions que sur la réglementation.

A la Commission européenne, Neelie Kroes, en charge des questions numériques, est favorable à l‘émergence d‘une poignée de grands groupes leaders, aux épaules solides. Mais son collègue de la Concurrence Joaquin Almunia voit d‘un mauvais oeil des concentrations qui risqueraient de se traduire par des prix plus élevés pour les consommateurs.

Or il y a urgence. Si rien n‘est fait, l‘écart des valorisations pourrait aiguiser l‘appétit de grands groupes américains ou asiatiques pour des opérateurs européens, y compris d‘anciens monopoles au glorieux passé.

Le pari est cependant risqué, comme le montrent les pertes accumulées par le magnat mexicain Carlos Slim, fondateur d‘America Movil, sur ses investissements dans le néerlandais KPN et l‘autrichien Telekom Austria.

QUASI DUOPOLE

Aux Etats-Unis, Verizon Wireless et AT&T contrôlent à eux deux 70% du marché de la téléphonie mobile et leur situation de quasi duopole leur laisse les moyens de croître sans souci, situation inimaginable en Europe.

Leurs investissements dans les réseaux de 4G leur ont permis de fidéliser une clientèle d‘accros des smartphones, qui ne regardent pas à la dépense pourvu que le service soit à la hauteur.

Vodafone a accru son chiffre d‘affaires dans le mobile de 7,7% l‘an dernier, pour une marge de 46,6%. AT&T a fait presque aussi bien avec respectivement un chiffre d‘affaires en croissance de 5,7% et une marge de 39,6%.

De l‘autre côté de l‘Atlantique, Vodafone, le numéro un européen, a vu son chiffre d‘affaires se tasser de 0,4% sur les six premiers mois de son exercice, et sa marge opérationnelle a tout juste dépassé les 30%.

Les numéros trois et quatre du marché américains -Sprint Nextel et T-Mobile USA, filiale de Deutsche Telekom- se partagent 30% du marché mais sont loin d‘afficher les performances ou le niveau d‘investissement des deux leaders. Mais cela pourrait changer rapidement avec l‘arrivée du japonais Softbank, qui a acquis l‘an dernier environ 70% de Sprint. T-Mobile USA, de son côté, est en train d‘absorber son rival plus modeste Metro PCS.

Le revenu moyen par utilisateur (Arpu) a progressé de 25% depuis 2007 pour atteindre 49 dollars (37,14 euros), selon les analystes de Sanford Bernstein. En Europe, il a au contraire décliné de 15%, à 24 euros.

Pour faire face à la baisse des ventes, les opérateurs télécoms européens ont réduit leurs coûts. Mais ces efforts de restructuration ont été insuffisants pour renouer avec les bénéfices, du fait de l‘érosion continue des prix.

Pour Robin Bienenstock, analyste chez Bernstein, le problème est que les opérateurs européens n‘ont pas la certitude de s‘en sortir en investissant massivement pour offrir un service supérieur à la concurrence.

“Du coup ils n‘osent pas investir, ils se contentent de réduire les coûts et de jouer sur les prix, ce qui les enferme dans un cercle vicieux”, explique-t-elle.

“Le consommateur américain, surtout dans les grandes villes, a vu une amélioration tangible dans les vitesses d‘accès aux services mobiles, alors que pour les Européens il y a plutôt eu une détérioration de la qualité.”

Neelie Kroes, présente à la grand-messe de Barcelone, pourra entendre les doléances des opérateurs européens.

“L‘industrie européenne devrait étudier le modèle américain de très près et se demander pourquoi nous ne semblons pas capables de reproduire ici ce modèle qui réussit tant aux clients, aux actionnaires et aux gouvernements”, a affirmé Vittorio Colao, le patron de Vodafone, au Wall Street Journal.

Mais le changement n‘est probablement pas pour demain. “En Europe, j‘ai peu d‘espoir de voir s‘améliorer les valorisations tant que l‘environnement réglementaire et l‘environnement macroéconomique ne changeront pas”, déclare Heinrich Ey, directeur de recherche chez Allianz Global Investors.

Véronique Tison pour le service français, édité par Pascal Liétout

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