26 juillet 2012 / 15:51 / dans 5 ans

Telefonica contrainte à l'austérité, comme l'Espagne

<p>La d&eacute;cision de Telefonica de supprimer son dividende pour la premi&egrave;re fois depuis la guerre civile espagnole des ann&eacute;es 1930 illustre une menace qui concerne de nombreuses entreprises du pays: celle de voir l'intensification de la crise &eacute;conomique rendre leur endettement insoutenable. /Photo d'archives/REUTERS/Susana Vera</p>

par Clare Kane et Leila Abboud

MADRID (Reuters) - La décision de Telefonica de supprimer son dividende pour la première fois depuis la guerre civile espagnole des années 1930 illustre une menace qui concerne de nombreuses entreprises du pays: celle de voir l‘intensification de la crise économique rendre leur endettement insoutenable.

Le groupe de télécoms a choqué les investisseurs mercredi soir avec cette décision inattendue, censée lui permettre de conserver une note financière en catégorie d‘investissement, un statut aujourd‘hui remis en cause par deux agences de notation, alors que sa dette avoisine 57 milliards d‘euros.

Telefonica avait pourtant, comme d‘autres géants espagnols tels le pétrolier Repsol et la banque Santander, longtemps vu dans sa présence internationale un bouclier contre les vicissitudes du marché espagnol, fragilisé par l’éclatement de la bulle immobilière il y a quatre ans.

Mais alors que l‘Espagne est sous le feu de la crise de la dette en zone euro, les entreprises du pays peinent elles aussi à se financer sur les marchés et s‘activent pour réduire un endettement massif hérité des années fastes.

Les coûts d‘emprunt de l‘Espagne, auxquels sont étroitement liés ceux des entreprises du pays, se sont détendus jeudi après les déclarations de Mario Draghi selon lesquelles la Banque centrale européenne est prête, dans le cadre de son mandat, à faire tout son possible pour assurer la pérennité de l‘euro.

Ces coûts restent néanmoins à un niveau jugé insoutenable à moyen terme et pour Telefonica, la question clé est de savoir si la suppression de son dividende et son programme de cessions d‘actifs suffiront à préserver sa note de crédit.

Standard & Poor’s a abaissé la note du groupe à BBB en mai et Moody’s l‘a placée sous surveillance négative.

Telefonica, qui doit lever sept à huit milliards d‘euros par an jusqu‘en 2015 pour honorer ses échéances, a assuré mercredi soir que ses remboursements étaient couverts jusqu’à fin 2013 par les liquidités dégagées grâce à la suppression du dividende et à celle des rachats d‘actions cette année.

Le groupe a également annoncé viser un dividende de 1,50 euro par action en 2013, deux fois moins que ce qui était envisagé jusqu‘alors.

Il a fait savoir jeudi que, dans ses derniers échanges avec les agences de notation, celles-ci avaient salué l‘initiative.

À la Bourse de Madrid, la réaction des investisseurs a été plus mitigée. Le titre a plongé de plus de 8% à l‘ouverture, avant de revenir dans le vert. Il gagnait 3,8% vers 15h00 GMT, mais reste en baisse de plus de 30% depuis le début de l‘année.

EFFET DOMINO

Les analystes ont jugé le plan de Telefonica prudent, tout en notant que ses mesures reflétaient la gravité de sa situation, même s‘ils sont peu nombreux à juger que la note de crédit du groupe est désormais immunisée contre toute dégradation.

A leurs yeux, Telefonica a néanmoins gagné du temps pour vendre ses actifs et introduire en Bourse sa filiale allemande avant une crise de liquidités attendue plus tard dans l‘année.

“Ils ont fait ce que les actionnaires, les marchés en général et les agences de notation leur demandaient”, commente Ivan San Felix, analyste pour Renta4 à Madrid.

Dans le communiqué de résultats publié jeudi, Telefonica a dit qu‘il restait concentré sur ses cessions d‘actifs et qu‘il espérait retirer jusqu’à 1,5 milliard d‘euros de la vente de son activité de centres d‘appels Atento et d‘autres actifs.

Il a par ailleurs dit lors d‘une conférence avec des analystes qu‘il prévoyait d‘introduire en Bourse sa filiale allemande au cours du dernier trimestre 2012. Le groupe a enfin annoncé une réduction de 20% des rémunérations de ses administrateurs et d‘environ 30% pour les membres de sa direction.

Mais pour certains analystes, l‘incertitude entourant la dette de l‘Espagne est trop grande et une nouvelle dégradation de sa note souveraine pourrait, par un effet domino, se répercuter sur celle de Telefonica.

“Il semble à présent très probable que l‘Espagne soit déclassée et si cela se produit, Telefonica le sera également, en dépit de l’écrasement du dividende annoncé hier”, commente un gérant de fonds qui a vendu ses titres il y a dix jours.

La suppression de son dividende soulève en outre la question de l‘engagement de ses principaux actionnaires, les banques BBVA (6,2%) et CaixaBank (5,4%), à son capital alors que les banques du pays, qui s‘apprêtent à être recapitalisées à l‘aide de fonds européens, sont priées d‘alléger leurs bilans.

Natalie Huet pour le service français, édité par Marc Angrand

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