17 juillet 2012 / 09:39 / dans 5 ans

Tout le monde peut-il vraiment devenir trader ?

<p>Alors que les succ&egrave;s et d&eacute;boires des "golden boys" suscitent fascination et rejet de la part de l'opinion, certaines plates-formes en ligne proposant aux particuliers de devenir traders pr&eacute;occupent de plus en plus les pouvoirs publics en France. /Photo d'archives/REUTERS/Jo Yong-Hak</p>

PARIS (Reuters) - Alors que les succès et déboires des “golden boys” suscitent fascination et rejet de la part de l‘opinion, certaines plates-formes en ligne proposant aux particuliers de devenir traders préoccupent de plus en plus les pouvoirs publics en France.

A plusieurs reprises, l‘Autorité des marchés financiers (AMF) a ainsi publié des mises en garde contre des sites proposant du trading d‘options binaires, des produits financiers dérivés, le 3 février 2012 et le 11 mai 2011, et contre des plates-formes donnant accès au marché des devises, le Forex.

Pourtant, des annonces publicitaires disséminées sur la toile continuent de faire miroiter des possibilités de gains faciles aux internautes.

Depuis l‘entrée en vigueur dans l‘Hexagone en 2007 de la directive européenne “marchés d‘instruments financiers” (MiFID, 21 avril 2004), de nombreux produits financiers sont désormais accessibles aux particuliers. Néanmoins, ces instruments sont généralement complexes, et inadéquats pour des utilisateurs inexpérimentés.

Les options binaires, produits les plus régulièrement épinglés par l‘AMF, sont des dérivés financiers rattachés à une variation sur les marchés, par exemple l‘augmentation du prix d‘une action et paient un rendement élevé s‘il y a lieu. Mais ils présentent surtout le risque majeur pour les traders en herbe de ne pas garantir le capital engagé. Par exemple, lorsque l‘investisseur achète une option binaire payant une prime pour l‘augmentation du CAC 40, si l‘indice boursier français chute, il perdra toute sa mise.

De même, l‘effet de levier, souvent mal compris par les néophytes, est vanté par les annonceurs comme pouvant multiplier les gains jusqu’à 400 fois. Mais il expose aussi l‘investisseur à des multiplications de pertes équivalentes, insoutenables si son patrimoine financier s‘avère trop faible.

“ARRÊTEZ DE TRAVAILLER”

En théorie, la directive européenne oblige les prestataires de services d‘investissement à n‘ouvrir de compte qu’à des clients avertis. Les opérateurs autorisés en France s‘y conforment en soumettant les clients à des tests préalables. Mais certains acteurs exerçant hors de l‘UE, ou dans des Etats de l‘Union à la régulation plus lâche, comme Chypre, n‘en tiennent pas compte.

“Comme ces produits ne sont pas agréés par un régulateur, les clients ne bénéficient d‘aucune des protections habituelles lorsqu‘ils passent par un établissement financier autorisé. (...) Par exemple, les plates-formes non autorisées n‘appliquant pas les règles de la directive des marches d‘instruments financiers sur l‘adéquation du produit au besoin des clients, il n‘y aura que peu de possibilités de recours. si le client estime ne pas avoir été correctement conseillé et informé sur les risques du produit”, observe Natalie Lemaire, directrice des relations épargnants à l‘AMF.

Si les prestataires agréés visent une clientèle dotée de connaissances financières approfondies, et surtout d‘un patrimoine consistant, les sites non autorisés se tournent au contraire vers un public plus fragile par une réclame agressive sur le net.

“Nous avons des conversations téléphonique ahurissantes avec leurs plates-formes commerciales. Les gens vous racontent tout et n‘importe quoi, (...), que de toute façon, les autorités de marché (...) dans d‘autres pays sont des escrocs qui les rackettent, (...) qu‘ils ont préféré ne pas être régulés, que bien sûr ils ne diront rien au fisc français. On va très loin dans l‘argumentation commerciale fallacieuse” note Arnaud Poutier, directeur général adjoint d‘IG Markets France, un courtier installé à Paris.

“Ce qui est très choquant et tout à fait anormal, c‘est lorsque vous avez une communication publicitaire manifestement décalée par rapport à la cible de ce produit, et c‘est typiquement le cas lorsque les publicités visent le grand public néophyte avec des promesses qui sont irréalisables du type ‘devenez trader en 24h’ voire immorales, du style ‘arrêtez de travailler’”, ajoute Natalie Lemaire.

“BAD BROKERS”

Pour lutter contre le phénomène, l‘AMF, qui ne peut pas agir directement contre les sites non agréés ou référencés hors de France, se tourne vers la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), ainsi que l‘Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) qui peuvent s‘attaquer aux publicités abusives. Le 18 janvier dernier, le jury de déontologie publicitaire rattaché à l‘ARPP avait ainsi qualifié de non conforme la réclame de deux sites, Ikko Trader, et Trader 369 qui ne mentionnaient pas les risques liés au trading.

Les disparités de régulation à l’échelon européen sont également en cause. “Il y a autant de formes de régulation que d‘autorités nationales, et elles ne se valent pas entre elles...(...) Cela fait le jeu de ce que j‘appelle les ‘bad brokers’”, note Pierre Antoine Dusoulier, président de Saxo Banque, établissement agréé. Erwan Seznec, de l‘UFC Que Choisir, parle même de “fiction juridique” pour qualifier l‘action des autorités de régulation de certains Etats de l‘UE.

Des négociations sont actuellement en cours au sien de l‘ESMA, l‘agence de régulation européenne, en vue d‘harmoniser les pratiques de contrôle.

François Charlottin, édité par Jean-Michel Bélot

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