13 juin 2012 / 13:08 / il y a 5 ans

Les opérateurs européens contraints à la prudence sur la dette

<p>Gervais Pellissier, directeur financier de France T&eacute;l&eacute;com, estime que les op&eacute;rateurs t&eacute;l&eacute;coms europ&eacute;ens sont contraints &agrave; davantage de prudence vis-&agrave;-vis de leur dette et de leur tr&eacute;sorerie dans un contexte de crise &eacute;conomique qui restreint leur capacit&eacute; &agrave; mener des acquisitions et &agrave; se montrer g&eacute;n&eacute;reux envers leurs actionnaires. /Photo prise le 13 juin 2012/Mal Langsdon</p>

par Gwénaëlle Barzic et Leila Abboud

PARIS (Reuters) - Les opérateurs télécoms européens sont contraints à davantage de prudence vis-à-vis de leur dette et de leur trésorerie dans un contexte de crise économique qui restreint leur capacité à mener des acquisitions et à se montrer généreux envers leurs actionnaires, a déclaré mercredi Gervais Pellissier, le directeur financier de France Télécom.

Les opérateurs télécoms sont particulièrement exposés car ils sont structurellement lourdement endettés, et leur activité souffre en outre de fortes pressions concurrentielles et réglementaires. Cette combinaison conduit à une érosion de leurs bénéfices, faisant grimper leur ratio de dette sur Ebitda qui est surveillé par les agences de notation.

Gervais Pellissier est particulièrement sensibilisé à cette question, France Télécom ayant été au bord du dépôt de bilan en 2002 après une série d'acquisitions lors de la bulle internet.

Le groupe a retenu la leçon et s'est attaché depuis à mieux répartir ses échéances de dette tout en se fixant dès 2008 pour objectif un ratio dette sur Ebitda de 2,0.

"Je me rappelle qu'à l'époque, nos grands investisseurs n'étaient pas contents parce qu'ils pensaient que nous étions trop prudents", a expliqué le directeur financier à l'occasion du sommet des médias et des technologies organisé par Reuters à Londres, New York et Paris.

"Aujourd'hui, lorsque je discute avec Moody's ou Fitch, ils ne le considèrent plus comme conservateur."

Début février, Fitch a révisé à négative sa perspective la note "A-" de France Télécom, imité trois mois plus tard par Standard & Poor's.

Pour justifier sa décision, S&P a évoqué le durcissement de la compétition en France avec l'arrivée de Free sur le marché du mobile début janvier, qui devrait peser sur les revenus et les marges de l'opérateur historique.

France Télécom, dont l'action perd près de 20% depuis le début de l'année, prévoit un net recul de son cash flow opérationnel en 2012 à 8,0 milliards d'euros, imputable à hauteur d'un milliard à la baisse attendue de son Ebitda.

"Nous craignons une dégradation", a déclaré Gervais Pellissier, tout en soulignant que la note de France Télécom ne ferait alors que s'aligner sur celle de ses principaux concurrents européens.

FORCE DE FRAPPE RÉDUITE

Le ratio dette/Ebitda de France Télécom s'est établi à environ 2,1 l'an dernier, un chiffre à comparer à 1,7 pour le britannique Vodafone, également noté "A-" par Standard & Poor's, et à 2,6 pour l'espagnol Telefonica, dont la note BBB est assortie d'une perspective négative par S&P.

Confronté à une lourde dette, le géant espagnol a engagé une série de mesures drastiques avec la mise en vente ou l'introduction en Bourse d'actifs et une forte baisse de la partie en numéraire de son dividende.

"C'est un signe des temps", explique Stuart Reid, analyste crédit à Fitch Ratings. "Si vous regardez ce que Telefonica a fait ces dernières semaines (...), cela montre que même les opérateurs télécoms majeurs et bien diversifiés doivent se montrer plus prudents vis-à-vis de leur dette et de leur trésorerie."

"Ils sont de plus en plus préoccupés par la protection de leur note de crédit compte tenu des pressions dans l'économie et sur les marchés financiers. Ces préoccupations étaient moins présentes par le passé."

La réduction de la marge de manoeuvre financière des opérateurs européens risque de limiter leur puissance de feu en matière d'acquisition à un moment où le secteur est en ébullition sur le Vieux Continent, ranimé par l'offre de l'homme d'affaire Carlos Slim sur l'opérateur néerlandais KPN.

Si le ratio de dette des opérateurs européens était porté à 2,3, ces derniers auraient alors 8 milliards d'euros de capacité d'endettement supplémentaire au total, contre 250 milliards pour leurs concurrents asiatiques, a souligné Gervais Pellissier.

"L'un des plus gros enjeux pour nous est que la force de frappe des opérateurs européens est limitée. M. Slim a de l'argent, China Mobile a de l'argent, Singtel a de l'argent", a-t-il dit.

Prié de dire si les opérateurs télécoms européens pourraient devenir des proies, Gervais Pellissier a répondu : "Mon sentiment est que Bharti serait disposé à racheter un opérateur européen."

L'intérêt d'acteurs extra-européens pour des opérateurs du continent démontre toutefois le potentiel d'une région où les usages de données mobiles sont en forte croissance, a-t-il souligné.

Avec Cyril Altmeyer, édité par Dominique Rodriguez

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