20 octobre 2011 / 19:54 / il y a 6 ans

L'internet français prêt à voir naître son champion

<p>Jean-David Chamboredon, pr&eacute;sident d'ISAI, un fonds d'entrepreneurs qui accompagne des start-up. Une nouvelle g&eacute;n&eacute;ration d'entrepreneurs du web &eacute;merge en France dans un &eacute;cosyst&egrave;me qui, d&eacute;frich&eacute; par une premi&egrave;re vague de succ&egrave;s, facilite le financement de nouveaux projets, m&ecirc;me s'il ne garantit pas encore leur passage &agrave; l'&acirc;ge adulte. /Photo prise le 19 octobre 2011/John Schults</p>

par Gwénaëlle Barzic et Marie Mawad

PARIS (Reuters) - Une nouvelle génération d'entrepreneurs du web émerge en France dans un écosystème qui, défriché par une première vague de succès, facilite le financement de nouveaux projets, même s'il ne garantit pas encore leur passage à l'âge adulte.

S'il reste loin derrière la référence américaine, l'internet français a fait du chemin ces dernières années en posant les bases qui pourraient permettre à un nouveau champion d'émerger, ont estimé les dirigeants et investisseurs invités du Forum Reuters des pépites de l'internet qui s'est tenu à Paris du 18 au 20 octobre.

"Les choses ont énormément progressé depuis dix ans", résume Jean-David Chamboredon, président d'ISAI, un fonds d'entrepreneurs qui accompagne des start-up. "Le monde des 'business angels' s'est développé, les fonds d'investissement se sont professionnalisés et les entrepreneurs sont meilleurs parce qu'ils suivent l'exemple de ceux qui ont réussi."

Qu'il s'agisse de Xavier Niel, patron de Free, de Marc Simoncini, fondateur de Meetic ou de Pierre Kosciusko-Morizet, créateur de Price Minister, une première génération a essuyé les plâtres avant de toucher le jackpot et joue aujourd'hui le double rôle de modèle et de source de capitaux.

"Le fait d'avoir des entrepreneurs qui ont réussi et qui veulent investir, prodiguer leurs conseils, c'est majeur pour l'écosystème. C'est la grande nouveauté de ces dernières années", juge de son côté Nicolas Celier, associé du fonds de capital-risque Alven Capital.

De fait, l'accès au financement n'est pas perçu comme le principal obstacle, au moins pour les jeunes pousses.

CRISE D'ADOLESCENCE

La France est le pays européen ayant reçu le plus de fonds de capital-risque en 2010, selon les données de l'Association européenne du capital-investissement et du capital-risque. Une tendance qui s'explique pour beaucoup par des mesures fiscales comme les fonds commun de placement dans l'innovation (FCPI), qui ont permis d'orienter l'argent des particuliers vers le secteur.

"Aujourd'hui, quand on arrive avec une belle idée et qu'on sait la mettre en oeuvre, il n'a y pas de raison de ne pas trouver d'investisseurs", souligne Gilles Villautreix, qui dirige la start-up MyFab.

Pas étonnant, donc, que l'attrait de l'entrepreneuriat se soit renforcé ces dernières années.

"Ce n'est plus comme il y a dix ans, quand les gens qui sortaient d'école voulaient être banquiers à Londres ou énarques", constate Nicolas Celier, du fonds Alven.

<p>A l'image de Jacques-Antoine Granjon, fondateur et patron du site Vente-Privee.com, une nouvelle g&eacute;n&eacute;ration d'entrepreneurs du web &agrave; succ&egrave;s &eacute;merge en France, o&ugrave; la premi&egrave;re vague de succ&egrave;s facilite la recherche de financements pour de nouveaux projets. /Photo prise le 17 octobre 2011/Charles Platiau</p>

Reste que le passage à l'âge adulte s'avère plus compliqué pour les petites sociétés européennes, faute de fonds d'investissement plus gros, capables d'investir des enveloppes de 50 à 100 millions d'euros dans un seul projet.

Créé il y a trois ans, le Fonds stratégique d'investissement (FSI) français peut parfois servir de relais, notamment pour éviter que des savoir-faire développés en France ne partent à l'étranger, lors d'un rachat par exemple.

"On se trouve légitime pour prendre le relais de fonds présents dans les premières phases d'une entreprise, au moment d'accélérer son développement", explique Marc Julien, directeur des investissements au sein du fonds public.

CULTURE D'INVESTISSEURS

Au final, ce sont souvent des fonds anglo-saxons qui investissent dans des sociétés françaises, comme le fonds Tiger Global, qui détient 90% d'AlloCiné.com.

"Quand SeLoger était coté en Bourse, 85% des actionnaires étaient en fait une quinzaine de fonds anglo-saxons", raconte Roland Tripard, président du directoire de la société d'annonces immobilières, rachetée depuis par l'éditeur allemand Axel Springer.

D'autres reprochent à la France, et plus globalement à l'Europe, de manquer de champions comme Google ou Amazon, qui ont permis de sensibiliser la communauté financière à un domaine dans lequel il n'y avait jusque là aucun repère.

"Les boîtes françaises regardent les résultats d'une belle start-up en regardant les trois derniers exercices, comme le fait un banquier. Un acheteur américain regarde les trois prochains", explique Jean-David Chamboredon du fonds ISAI. "C'est une culture de banquiers, par rapport à une culture d'investisseurs."

Les mentalités sont toutefois vouées à évoluer alors que bon nombre de petites entreprises font le pari de se lancer rapidement à l'échelle internationale, à l'image du site de rencontre Smartdate, fondé en France mais qui a d'emblée lancé sa plateforme en 12 langues.

Signe des temps, les Etats-Unis ne sont plus la destination obligatoire. Deezer, Viadeo et AlloCiné préfèrent se déployer dans les pays émergents en faisant le pari qu'ils rattraperont à terme le marché américain.

"C'est notre stratégie de ne pas y aller", insiste Axel Dauchez, président de Deezer.

Avec Leila Abboud et Benjamin Mallet, édité par Marc Angrand

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