19 octobre 2011 / 09:18 / dans 6 ans

L'iPad, un outil de vente d'art devenu banal

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - En juin dernier, la galerie parisienne Daniel Templon n‘a présenté qu‘une oeuvre du sculpteur chilien Ivan Navarro à la foire d‘art contemporain de Bâle, en Suisse.

Pourtant, grâce à des visuels présentés sur sa tablette numérique iPad d‘Apple, c‘est une douzaine de sculptures lumineuses de cet artiste conceptuel qui ont été vendues sur son stand, pendant les cinq jours de la foire.

Anne-Claudie Coric, directrice de la galerie, estime qu‘aujourd‘hui, 10 à 20% de ses ventes en foire sont conclues après une présentation sur tablette numérique.

Un outil très “banal” depuis quelques années, et considéré par de nombreux galeristes comme “indispensable” sur les foires internationales, comme la Fiac de Paris consacrée à l‘art contemporain qui s‘ouvre jeudi.

“Les gens veulent voir beaucoup de tentes, très rapidement. (Avec l‘iPad), il y a une rapidité qu‘on ne peut pas avoir avec un livre ou un catalogue”, explique Anne-Claudie Coric.

Tout comme un classeur, cet outil permet de présenter des oeuvres non exposées ainsi que des vues d‘ateliers et d‘expositions. Mais Anne-Claudie Coric y voit surtout un outil “convivial” qui “accroche les collectionneurs” tout en offrant des images de “très grande résolution”.

“Les gens connaissent l‘objet donc ils le prennent devant eux, tournent les pages eux-mêmes, zooment, etc. Ils se l‘approprient beaucoup plus facilement”, raconte-t-elle. “Etrangement, maintenant, (les acheteurs) savent mieux se décider sur une image numérique que sur une photo imprimée”.

VENTES IMMATÉRIELLES

C‘est armée de trois tablettes numériques que Nathalie Obadia, qui dirige la galerie éponyme à Paris et Bruxelles, se présentera jeudi à la Fiac de Paris.

Pour elle, la proposition sur iPad n‘est que “la prolongation de ce qui se faisait avant sur ektachrome”, ces diapositives que les galeries utilisaient encore il y a une dizaine d‘années pour présenter leurs oeuvres.

“En période de marché fort, pour des artistes très demandés, si on a le bon outil de travail, l‘ektachrome il y a vingt ans, puis l‘ordinateur et aujourd‘hui l‘iPad, (...) on peut conclure des ventes de manière immatérielle”, explique-t-elle.

En témoigne le succès, en janvier dernier, de la VIP Art fair, première foire d‘art contemporain entièrement virtuelle qui a, selon son directeur, généré des ventes “à six chiffres”.

Plus de 40.000 personnes ont visité son site internet lors de sa première édition, et près de 100 galeries sont déjà inscrites pour sa deuxième édition, en février 2012.

“L‘idée de cette foire est venue en partie d‘une prise de conscience que les exposants utilisent de plus en plus l‘email, les iPads et d‘autres moyens numériques pour présenter leurs oeuvres et faciliter les ventes”, explique Noah Horowitz, directeur de cette foire créée à New York début 2011.

LA RENCONTRE AVEC L‘OEUVRE IRREMPLAÇABLE

Pour lui, l‘avantage de cette foire, au même titre que la proposition sur iPad, est l‘absence de contraintes d‘exposition.

“Pour notre première foire, de nombreux marchands ont présenté de très larges sculptures, des vidéos et des installations qui sont difficiles à présenter sur un stand traditionnel”, raconte-t-il.

Le support numérique peu également apparaître comme un outil de choix pour présenter des oeuvres multimédia.

D‘octobre 2010 à janvier 2011, c‘est sur iPhone et iPad que l‘artiste britannique David Hockney avait choisi de présenter à la fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent à Paris, sa série de “fleurs fraîches” réalisées sur ces supports.

Mais de nombreux professionnels soulignent que l‘iPad sert avant tout de “rappel visuel” sur les foires, complémentaire d‘un contact direct avec l‘oeuvre.

“Si on connaît bien le travail d‘un artiste, on peut très bien apprécier ses oeuvres sur des supports virtuels”, estime Katia Raymondaud, qui conseille trois collectionneurs.

Mais, ajoute-t-elle, acheter uniquement de cette façon n‘est pas satisfaisant pour “des collectionneurs qui sont vraiment passionnés et qui vont vivre longtemps avec leurs oeuvres”.

“C‘est peut-être lié à des gens qui achètent avec leurs oreilles, qui achètent des signatures, des artistes dont ils savent que c‘est une valeur montante”.

Pour Jennifer Flay, directrice de la Fiac, “la rencontre avec l‘oeuvre ne pourra jamais être remplacée”.

“L‘art est une expérience sensorielle, sensuelle, physique, c‘est précieux et irremplaçable. Appréhender une oeuvre avec ses sens, ses yeux, fait partie de l‘expérience d‘une oeuvre”, dit-elle.

Avec Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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