October 10, 2011 / 11:39 AM / 6 years ago

Les "flashcodes" envahissent la France

10 MINUTES DE LECTURE

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Les petits carrés en damier noir et blanc sont désormais partout: sur les affiches publicitaires, dans le métro, au supermarché, dans l'édition, et même sur certains monuments.

Avec quelques années de retard par rapport aux géants japonais et américains, les codes-barres en deux dimensions, appelés "QR codes" ou "flashcodes", s'ancrent dans le paysage français.

En les scannant avec un smartphone, les consommateurs accèdent à du contenu mobile : un jeu-concours, une fiche technique, un site mobile, de la vidéo, du son, ou encore un coupon promotionnel.

Le constructeur de mobile homes O'Hara s'en sert pour renvoyer vers un comparateur de prix. L'assureur Groupama redirige les siens vers des documents d'aide aux constats.

"C'est un pont qui permet d'emmener les gens vers la sphère digitale", explique Gaël Colmet-Daage, directeur du développement chez CB'a Design. "Le packaging devient la clé d'un deuxième univers qui va être déployé par la marque".

Héritière du code-barres traditionnel, cette technologie a vu le jour en 1994 au Japon sous le nom de "QR code", pour "Quick Response". Créée par l'entreprise Denso Wave, elle devait servir à tracer les pièces automobiles dans les usines de Toyota.

En France, elle a été commercialisée en 2008 par l'Association française du multimédia mobile (AFMM) sous le nom de "flashcode".

"Il y a un vrai changement en France", explique Philippe Askienazy, directeur pour la France de Scanbuy, compagnie qui crée des codes-barres et développe des lecteurs en partenariat avec Orange. "Il y a un véritable engouement, et on voit une croissance exponentielle en termes d'utilisation de (ces) technologies par les annonceurs".

Avec leur utilisation, la notoriété des codes-barres 2D augmente en France. En juillet, 89% des 803 "mobinautes" Français interrogés par TNS Sofres pour le TopCom consumer 2011 - ces utilisateurs qui surfent sur le web avec leur téléphone - en avaient déjà vu un et 42% déclaraient en avoir déjà utilisé.

PILOTER L'INFORMATION EN TEMPS RÉEL

"Le gros intérêt c'est de pouvoir piloter à distance et en temps réel l'information qu'on met derrière le code", explique Christophe Fischer, président de la société QR Mobile, qui crée des contenus mobiles.

Ouverte, cette technologie est pratiquement sans coût. De quoi expliquer l'engouement des entreprises et des pouvoirs publics, d'autant plus intéressés que le marché du smartphone ne cesse de grossir en France. Il représentait 33,4% du marché mobile en juillet, selon une étude de comScore.

Sylvie Altier, attachée de direction du café Fauchon à Paris, utilise des QR codes sur ses menus et cartes de visite depuis deux ans. Elle y voit un "moyen non intrusif" de communication et de fidélisation de ses clients.

Même écho chez Casino qui utilise des codes-barres 2D dans le cadre de l'étiquetage carbone et de l'affichage environnemental expérimenté par 168 entreprises depuis juillet.

"C'est un moyen très rapide d'avoir une information complète, déportée, pour ne pas encombrer nos magasins avec des petites affichettes", explique Corinne Mercadié, responsable environnement et emballages des supermarchés Casino.

"(Les utilisateurs) ne savent pas forcément comment ça s'appelle, mais leur réflexe va être de dire, tiens, je vais chercher une information derrière", explique Philippe Askienazy.

Début octobre, l'une des applications permettant de lire ces codes, l'application flashcode, avait été téléchargée plus de 90.000 fois sur Android et près de 900.000 fois sur iPhone, d'après l'AFMM.

"Les gens sont séduits, et des personnes de tous âges. Je vois les progressions de nos sites, on a de plus en plus de connexions", raconte Thierry Burtin, maire adjoint à la communication à Suresnes où des QR codes sont déployés depuis plus d'un an sur les documents et panneaux municipaux et dans les théâtres et cinémas.

UNE À DEUX ANNÉES DE DÉCALAGE

Renvoyer vers du contenu mobile, c'est également possible grâce aux traditionnels codes-barres, que les utilisateurs peuvent aujourd'hui scanner avec leur smartphone. Mais cela n'a pas toujours été le cas. Les codes-barres en une dimension ne sont lisibles sur téléphone que depuis peu.

C'est pourquoi la technologie des codes-barres 2D a aujourd'hui la faveur des annonceurs, même si les codes-barres ont l'avantage d'être déjà présents sur les emballages.

"Le code 1D est très lié, dans l'inconscient collectif, à un code de passage en caisse", explique Cédric Houlette, responsable de projets chez GS1 France, organisation qui élabore des standards pour le commerce, notamment les codes-barres.

Si les codes-barres 2D sont de plus en plus utilisés, difficile de comparer leur pénétration sur différents marchés, et de positionner la France par rapport à ses voisins.

Plusieurs lecteurs existent et aucun acteur neutre ne mesure l'utilisation de cette technologie de manière globale.

Selon une étude de 3GVision News, qui recense le nombre de codes-barres scannés à l'aide de son lecteur, l'i-nigma, la France est ainsi le 7e utilisateur mondial des codes-barres au deuxième trimestre de 2011. Mais l'AFMM, qui rappelle que le lecteur "flashcode" est plus utilisé en France, estime que la France est "plutôt en avance par rapport à d'autres pays".

"On suit la même tendance (de croissance forte) qu'aux Etats-Unis avec une à deux années de décalage", explique Philippe Askienazy.

Certains acteurs du secteur pointent un "retard" français, à imputer selon eux à la création, par les opérateurs de téléphonie mobile français, d'une norme locale, le flashcode, quand la technologie a été commercialisée en 2008, alors que la norme QR japonaise était ouverte et libre de droits.

Cette norme aurait, selon certains observateurs, "freiné" le développement de la technologie en France, où la marque flashcode désigne depuis fin 2010 tous les code-barres 2D utilisant les normes internationales les plus répandues.

"Ça a fait du mal à la lisibilité du marché pour les entreprises", estime Christophe Fischer. "Aujourd'hui c'est de histoire ancienne, mais ça a perturbé le démarrage".

Un Retour Sur Investissement Prometteur

Un démarrage d'autant plus délicat que cette technologie présente "énormément de barrières" à l'entrée, souligne Laurent Sanchez, qui anime le blog QR dress code.

"Il faut comprendre ce que c'est, comprendre qu'il faut une application, la télécharger, savoir comment scanner, avoir une connexion internet, et il faut que l'expérience proposée vous apporte une valeur ajoutée, ce qui est rarement le cas."

Une critique rejetée par l'AFMM, qui estime que la création du flashcode "a plutôt aidé" la croissance du marché.

"Il faut se replacer en 2005 (quand la technologie a été développée en France), le contexte était complètement différent", explique Agnès Boattin, chef de produit à l'AFMM. "Le code 2D, personne n'en avait entendu parler". A l'époque, le QR code ne s'était pas encore imposé comme le code-barres de référence."

Pour Philippe Askienazy, "on va rattraper rapidement les autres pays". "Tout porte à croire que ça deviendra un réflexe quotidien pour les usagers."

Et si l'intérêt économique de cette technologie reste incertain pour les entreprises françaises, certains exemples font rêver les agences de communication.

C'est le cas de la chaîne de supermarchés coréenne HomePlus, filiale du groupe Tesco, qui a fait grimper ses ventes en ligne de 103% après avoir installé des supermarchés virtuels dans le métro de Séoul, où elle vendait ses produits via des QR codes.

Quant aux développeurs, ils rêvent déjà des prochains usages de ce petit code carré dans les domaines de la traçabilité, de la sécurité, ou encore de la lutte contre la contrefaçon.

Edité par Yves Clarisse

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