21 septembre 2011 / 15:18 / dans 6 ans

Les journaux français veulent reprendre la main face à Apple

<p>Huit quotidiens et magazines d'information fran&ccedil;ais ont fait cause commune dans le num&eacute;rique dans l'espoir de peser davantage dans leurs n&eacute;gociations avec Apple, dont la domination sur la distribution des contenus ne cesse de cro&icirc;tre. /Photo d'archives/REUTERS/Luke MacGregor</p>

par Gwénaëlle Barzic et Leila Abboud

PARIS (Reuters) - Huit quotidiens et magazines d‘information français ont fait cause commune dans le numérique dans l‘espoir de peser davantage dans leurs négociations avec Apple, dont la domination sur la distribution des contenus ne cesse de croître.

L‘initiative, plutôt inhabituelle dans l‘univers de la presse, traduit la frustration des éditeurs face aux conditions imposées par le géant américain, devenu quasiment incontournable grâce au succès de son iPad.

“Nous avons affaire à des acteurs beaucoup plus puissants que nous, éditeurs”, explique Pascal Pouquet, directeur des nouveaux médias du Figaro, qui fait partie du groupement d‘intérêt économique (GIE), appelé ePresse. “Cela nous a paru intelligent, face à eux, d’établir un rapport de force pour pouvoir négocier et essayer d‘avoir des relations plus équilibrées.”

Constitué des principaux quotidiens français à l‘exception du Monde, le consortium vient de lancer un kiosque numérique qui commercialise leurs journaux sur iPad et sur iPhone.

Ce marché commence à décoller en France grâce à l‘engouement pour les tablettes, offrant la perspective d‘un relais de croissance pour la presse dont les ventes physiques s’érodent.

Selon le cabinet GFK, il s‘est vendu 350.000 tablettes au premier semestre dans l‘Hexagone, contre 435.000 pour toute l‘année 2010. Le total d‘ici la fin de l‘année pourrait avoisiner le million.

Dans ce contexte porteur, les projets de kiosques numériques se sont multipliés ces derniers mois.

Lancée au début de l‘année, l‘application du kiosque.fr, qui propose plus de 550 titres sur l‘iPad, a ainsi été téléchargée 170.000 fois, permettant à la société créée en 2008 d‘afficher une croissance de ses revenus de 40% en moyenne par mois.

Les éditeurs sont pourtant aujourd‘hui loin de s‘y retrouver en raison des commissions demandées par ces plates-formes.

LA “DÎME” D‘APPLE SOUS LE FEU DES CRITIQUES

“Au final, aujourd‘hui, quand je vends mon journal en digital, je touche moins que quand je le vends en physique”, dit Xavier Spender, président d‘ePresse et PDG de L‘Equipe 24/24.

Depuis la mise en place en février de sa nouvelle politique d‘abonnements, Apple ponctionne 30% sur chaque transaction, un montant jugé excessif par bon nombre d’éditeurs.

Autres points de friction : le contrôle des données sur les lecteurs et les paliers de prix imposés uniformément par Apple à tous les éditeurs (79 centimes, 1,59 euro, etc...).

“Il y a un mec à Cupertino qui a dit je vais faire 79 (...) et c‘est comme ça”, lance Xavier Spender, qui souhaiterait obtenir un nouveau palier à 99 centimes.

Face à ces blocages est née l‘idée de rassembler dans un GIE des journaux parfois concurrents, dont L‘Equipe, Libération ou encore Le Point, en ciblant le public amateur d‘informations. Le consortium, qui a lancé une première application pour iPad en juin, prévoit une nouvelle version compatible avec Android, le système d‘exploitation de Google, à la fin septembre, puis des offres d‘abonnements couplés courant novembre également sous Android dans un premier temps, Google offrant des conditions plus souples que son rival américain.

“Les tablettes sont un immense espoir pour la presse, après il faut que la valeur soit justement répartie et que l’éditeur trouve son compte”, explique Pascal Pouquet, tout en soulignant que le GIE continue de discuter avec Apple.

Pour Benedict Evans, consultant pour Enders Analysis, il est toutefois peu probable que le leader mondial de la vente d‘applications mobiles fasse des concessions.

LE MONDE PRÉFÈRE FAIRE CAVALIER SEUL

“Toute la question est de savoir qui a le plus besoin de l‘autre. Les gens de la musique avaient besoin d‘Apple, le cinéma pas vraiment, la télévision est entre les deux, mais la presse, elle, en a désespérément besoin”, explique-t-il.

Ken Doctor, spécialiste des médias, souligne de son côté que les quelques tentatives précédentes de consortium, notamment aux Etats-Unis, ont rarement été couronnées de succès.

“C‘est dur de mettre tout le monde autour de la table quand il y a des intérêts divergents”, explique-t-il.

Sans nier l‘existence de débats au sein du GIE, notamment sur la question des données clients, Xavier Spender souligne que les réunions ont lieu généralement au niveau des responsables des activités numériques, ce qui facilite les décisions.

La Tribune et La Croix sont en discussions pour rejoindre le groupement, qui est également en contact avec des journaux francophones à l’étranger.

Quant au grand absent, Le Monde, il préfère pour l‘instant faire cavalier seul, sans exclure plus tard un ralliement.

“Je me méfie beaucoup de ces GIE de presse qui peuvent diluer les responsabilités des uns et des autres, entraîner des investissements importants même s‘ils sont partagés et in fine avec des résultats très faibles”, explique Louis Dreyfus, le président du directoire.

LE FT OUVRE UNE BRÈCHE

Le Monde, qui revendique la première place au classement des applications d‘informations téléchargées sur iPhone, compte rejoindre le kiosque qu‘Apple devrait à son tour lancer courant octobre. Intitulé “NewsStand” (kiosque en anglais), il se rapproche en réalité davantage d‘un gestionnaire d‘applications destiné à améliorer l‘expérience utilisateur.

Le Financial Times a choisi l‘option inverse en prenant son indépendance vis-à-vis de la firme à la pomme avec le lancement de sa propre application en ligne (“web-based”)qui ressemble à une application iPad traditionnelle sans les mêmes contraintes.

Le FT dispose cependant d‘une base solide de plus de 200.000 abonnés en ligne, rappelle Ken Doctor, pour qui couper les ponts avec Apple, qui contrôle 75% du marché des tablettes, n‘est pas sans risque.

“La seule façon d‘avoir de la croissance, c‘est de trouver de nouveaux clients. L‘App Store, l‘Android Store, sont des lieux de découverte et de recrutement de nouveaux lecteurs.”

Libération a l‘intention de suivre l‘exemple du FT dans les prochains mois, au risque d’être déréférencé par Apple, tandis que le GIE étudie la question.

“Nous sommes prêts à assumer les conséquences”, assure Ludovic Blecher, directeur des éditions numériques à Libération.

Pour le sociologue Jean-Marie Charon, c‘est l‘utilisateur qui tranchera au final en plébiscitant le système le plus simple, donnant accès à l‘offre la plus large possible, sans négliger les dimensions ludique et attractive aujourd‘hui parfaitement maîtrisées par Apple.

Edité par Dominique Rodriguez

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