25 août 2011 / 05:13 / dans 6 ans

Steve Jobs, incarnation d'Apple

<p>En deux passages &agrave; la t&ecirc;te d'Apple, Steve Jobs, qui a d&eacute;missionn&eacute; mercredi de ses fonctions de directeur g&eacute;n&eacute;ral du groupe, est devenu une figure embl&eacute;matique du secteur des nouvelles technologies, au point de faire vaciller son groupe &agrave; chaque annonce concernant son &eacute;tat de sant&eacute;, objet de nombreuses sp&eacute;culations. /Photo prise le 24 ao&ucirc;t 2011/REUTERS/Beck Diefenbach</p>

par Georgina Prodhan et Poornima Gupta

LONDRES/SAN FRANCISCO (Reuters) - Steve Jobs, difficile à comprendre, difficile à cotoyer au travail et jugé irremplaçable par nombre des fans et des investisseurs d‘Apple, a toujours défié les conventions et les attentes.

L‘annonce soudaine de sa démission de la direction générale du groupe qu‘il a cofondé en 1976 n‘a pas failli à cette règle. Elle a coupé le souffle. Le cours de l‘action Apple a immédiatement plongé dans les transactions électroniques d‘après-clôture à Wall Street.

Ce départ pouvait pourtant sembler prévisible en raison des problèmes de santé récurrents de Steve Jobs, qui est âgé de 56 ans et était en congé maladie depuis janvier, le deuxième en deux ans, après avoir guéri d‘un cancer du pancréas quelques années auparavant. Il avait brièvement réapparu en mars, amaigri, pour présenter la nouvelle version de l‘iPad, la tablette d‘Apple.

“Steve Jobs n‘est pas un patron typique. C‘est à la fois un visionnaire du point de vue technologique et un manager. Dire qu‘il a joué un rôle décisif ou essentiel dans la résurrection d‘Apple, c‘est un doux euphémisme”, a commenté Ashok Kumar, analyste à Rodman & Renshaw.

Le succès d‘Apple depuis que Steve Jobs en avait repris les commandes après douze ans d‘absence apparaît indissociable de sa personne. “Steve Jobs est considéré par les marchés comme la force directrice majeure de la stratégie d‘Apple”, jugeait en janvier Richard Windsor, spécialiste des nouvelles technologies chez Nomura.

Sous sa houlette, Apple est devenue la deuxième capitalisation boursière mondiale et talonne celle de la major pétrolière Exxon Mobil.

VISIONNAIRE ET DICTATORIAL

“Steve Jobs est le patron qui a le mieux réussi aux Etats-Unis ces 25 dernières années”, a dit le président de Google Eric Schmidt, qui siégea un temps au conseil d‘administration d‘Apple. “C‘est un mélange unique, une touche d‘artiste et la vision d‘un ingénieur qui a bâti une société exceptionnelle, parmi les plus grandes de l‘histoire des USA.”

Charismatique, visionnaire, perfectionniste, mais aussi qualifié d‘implacable, voire dictatorial, Steve Jobs possède une personnalité exceptionnelle. Ce rêveur peut aussi être très dur en affaires.

Pour Meg Whitman, ex-directrice générale d‘eBay, Steve Jobs est le “génie en affaires de notre génération”. Bill Gates, cofondateur de Microsoft, le décrit comme l‘individu le plus stimulant de la profession, tandis que le président Barack Obama voit en lui l‘incarnation du “rêve américain”.

En conséquence, ces dernières années, le groupe Apple a été scruté à travers le prisme de l’état de santé de son dirigeant.

Après s’être remis en 2004 d‘une forme rare de cancer du pancréas, Steve Jobs a pris un congé maladie au premier semestre 2009, expliquant alors que ses problèmes de santé étaient plus complexes que le “déséquilibre hormonal” qu‘il avait évoqué auparavant.

La blogosphère avait alors véhiculé quantité de rumeurs, avant que l‘intéressé n‘explique avoir subi durant cette période une greffe de foie.

CHANGER LE MONDE

Steve Jobs a fondé Apple à la fin des années 1970 avec son ami Steve Wozniak, dans le garage de la famille Jobs, dans la Silicon Valley.

Ils ont rapidement lancé leur premier ordinateur, l‘Apple 1, suivi de l‘Apple 2 dont l‘immense succès a placé la nouvelle entreprise parmi les leaders du marché naissant de l‘informatique personnelle.

L‘introduction d‘Apple en Bourse en 1980 fait de Steve Jobs un multimillionnaire. En 1983, il débauche John Sculley, alors directeur général de Pepsi, pour prendre la tête du groupe en lui posant une question entrée dans la légende d‘Apple : “Voulez-vous passer le reste de votre vie à vendre de l‘eau sucrée, ou voulez-vous changer le monde?”

Malgré le succès, dès 1984, année du lancement du Macintosh, des tensions apparaissent entre Steve Jobs et John Sculley. Les deux hommes s‘affrontent même en public, et à ce titre la première grand-messe commerciale d‘Apple, en 1985 à Hawaï, est restée mémorable. Au point que Steve Jobs s‘en va peu après, en disant qu‘il a été “viré” du conseil d‘administration.

Il quitte alors Apple, vend l‘ensemble de ses actions à l‘exception d‘une seule, et part fonder une nouvelle entreprise, NeXT. En 1997, Apple rachète NeXT et Steve Jobs fait son retour dans l‘entreprise de ses débuts, dont il devient officiellement le directeur général en 2000.

Le groupe lance l‘année suivante l‘iPod, le baladeur numérique dont les différentes versions se sont depuis vendues à plus de 250 millions d‘exemplaires.

Suivent notamment l‘iPhone, qui lance en 2007 Apple dans la téléphonie mobile, puis l‘iPad qui crée le marché entièrement nouveau des tablettes numériques.

Steve Jobs est également le cofondateur en 1986 du studio d‘animation Pixar, qui a produit en 1995 le long-métrage “Toy Story”, premier d‘une série de succès à la fois critiques et commerciaux.

Avec Peter Henderson, Gregory Schwartz, Bertrand Boucey et Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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