18 mars 2011 / 16:55 / il y a 6 ans

L'e-book, invité virtuel au Salon du Livre

<p>Un exposant devant ses rayons, au Salon du Livre, qui a ouvert ses portes vendredi &agrave; Paris. iPad, e-readers et autres tablettes &eacute;lectroniques risquent de rester dans leurs pochettes lors de ce salon, car l'e-book peine toujours &agrave; se frayer une place dans les biblioth&egrave;ques fran&ccedil;aises. /Photo prise le 18 mars 2011/Charles Platiau</p>

par Marie Mawad

PARIS (Reuters) - IPads, e-readers et autres tablettes électroniques risquent de rester dans leurs pochettes au Salon du Livre de Paris, qui a ouvert ses portes au public vendredi, alors que l'e-book peine toujours à se frayer une place dans les bibliothèques françaises.

Les livres numériques génèrent quelque 40 millions d'euros en France, soit seulement 1% des ventes des éditeurs, et les experts pointent du doigt une offre d'e-books jugée trop réduite avec environ 100.000 références françaises, contre plus de 800.000 en anglais téléchargeables chez le leader mondial Amazon.

Ce n'est pourtant pas faute d'appétit des consommateurs.

Au Salon, les visiteurs affluent sur les stands des fabricants de tablettes, mais, du côté des éditeurs, aucun de ces gadgets n'est en vue sur les rayons.

Impossible pour un lecteur d'acheter sur place la version numérique de livre préféré, car aucune borne de téléchargement n'a été prévue.

"C'est vrai que le marché français est difficile, mais les consommateurs commencent à connaître les e-books et il y a un appétit évident", déclare Alexandre Shabaev, porte-parole de Pocketbook, un groupe entré en France il y a six mois et qui revendique un dixième du marché mondial des tablettes.

Dans l'Hexagone, les éditeurs avancent prudemment sur le segment numérique car ils redoutent de voir les ventes d'e-books, moins chers que le livre traditionnel, grignoter celles du papier.

Mais ils craignent surtout de voir une guerre des prix éclater et s'inquiètent de l'émergence d'un réseau de distribution qui serait capté par quelques géants, étrangers pour la plupart, dont Apple, Google ou encore Amazon.

"Il n'y a pas vraiment de réticence. La plupart des éditeurs aujourd'hui ont intégré le facteur numérique, mais je dirais qu'il y a une prudence, notamment quant à la fixation des prix", explique Agnès Fruman, secrétaire générale de l'éditeur Albin Michel.

La décote des e-books par rapport au papier est actuellement de 25% à 30%, selon Marc Leiba, analyste de l'institut d'étude Idate, qui estime que l'e-book comptera en 2014 pour moins de 8% des ventes en France, sauf si l'offre s'élargit considérablement et si les prix baissent.

RETARD FRANÇAIS

Alors que les tablettes se démocratisent, le prix de certains modèles précisément destinés à la lecture étant tombé à 150 euros environ, le développement des e-books devrait, en théorie, s'accélérer.

Mais, dans les conditions actuelles, les analystes ne voient pas de décollage immédiat du livre numérique qui permettrait à l'Hexagone de rattraper son retard par rapport aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni.

Dans ces pays, la part du numérique dans les ventes de l'édition est jusqu'à dix fois plus importante qu'en France, et l'e-book pourrait représenter 14% du marché américain en 2014, dit l'Idate.

Toutefois, pour certains éditeurs, les Etats-Unis ne devraient pas servir d'exemple car, sur ce marché, Amazon s'est d'abord imposé en vendant des livres papier à prix cassés sur internet.

"Est-ce qu'il faut enlever 10%, 15%, 40% sur le prix (des livres numériques par rapport au papier) ? Franchement on n'en sait rien. (Mais) il faut tout faire pour éviter le scénario du pire, d'une concurrence sauvage et d'un Amazon qui casse les prix comme c'est arrivé aux Etats-Unis", déclarait vendredi François Gèze, P-DG des éditions La Découverte, lors d'une conférence au Salon.

GUERRE DES PRIX

Si certains éditeurs restent frileux, c'est aussi parce que le numérique engendre des coûts supplémentaires jugés significatifs.

"Aujourd'hui le numérique coûte clairement de l'argent aux éditeurs et ne rapporte rien", explique la secrétaire générale d'Albin Michel.

"Les ventes du numérique ne servent qu'à amortir une toute petite partie des frais engagés", ajoutait de son côté François Gèze.

Alors que le prix reste le nerf de la guerre pour le livre numérique, les débats récents se sont concentrés sur la transposition de la loi sur le prix unique, qui existe pour le papier et garantit aux éditeurs de pouvoir fixer le prix de vente des ouvrages distribués par les libraires.

Une proposition de loi, qui doit être examinée prochainement par le Sénat, ne s'appliquerait toutefois qu'aux distributeurs français, parmi lesquels la Fnac (PPR), Gibert Joseph, ainsi que les plateformes Numilog, Epagine et Eden. Elle ne toucherait pas les e-libraires étrangers.

"Ce point est toujours en débat et c'est le plus épineux, c'est celui qui est susceptible de faire capoter ou au moins de retarder (le déploiement)", a expliqué François Gèze.

Edité par Jean-Michel Bélot

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