19 janvier 2011 / 14:55 / dans 7 ans

Vivendi à la reconquête du marché avec le rachat de SFR

<p>Jean-Bernard Levy, pr&eacute;sident du directoire de Vivendi. Le groupe de t&eacute;l&eacute;coms et de divertissement entend racheter prochainement les 44% de SFR qu'il lui manque, signe d'une strat&eacute;gie visant &agrave; reconqu&eacute;rir les march&eacute;s, moins port&eacute;e sur les acquisitions. /Photo d'archives/REUTERS/Philippe Wojazer</p>

par Gwénaelle Barzic et Marie Mawad

PARIS (Reuters) - Le “nouveau Vivendi” issu du rachat des minoritaires de SFR devrait être plus généreux en dividende et moins porté sur les acquisitions, estiment des experts, pour qui l‘opération, toute proche, permettra au groupe français de retrouver la faveur des marchés.

Vivendi est sur le point d‘encaisser 3,8 milliards de dollars (2,8 milliards d‘euros) pour le solde de sa participation dans NBC Universal, le dernier verrou avant le début de discussions avec Vodafone pour ses 44% dans l‘opérateur télécoms, estimés entre 7 et 8 milliards d‘euros en numéraire.

“L‘opération est très sensée et c‘est le bon moment. Vodafone est vendeur, Vivendi a les moyens d‘acheter et ils sont à peu près d‘accord sur le prix. Ça pourrait se faire en une nuit”, déclare un banquier d‘affaires basé à Paris, qui a requis l‘anonymat.

La reprise de cette machine à “cash”, qui devrait améliorer le bénéfice par action jusqu’à 20% selon des analystes, est d‘abord une opération financière destinée à réduire la décote de conglomérat, évaluée entre 15% et 20%, qui pénalise l‘action Vivendi.

Mais en prenant le contrôle de la totalité de SFR, le géant européen des médias et du divertissement opère également un basculement vers les télécoms, synonyme d‘une croissance moins rapide mais de bénéfices plus élevés.

“On ne peut pas satisfaire tout le monde. Il faut choisir entre être une valeur de croissance ou une valeur de rendement (...) Vivendi a décidé de séduire les investisseurs qui veulent du dividende”, résume Claudio Aspesi, analyste à Bernstein.

Avec la totale maîtrise de la trésorerie de SFR, les analystes s‘attendent à ce que Vivendi relève son taux de distribution du dividende au-delà des 50% auquel il s‘est jusque-là engagé.

L‘HÉRITAGE MESSIER

Après l‘acquisition en 2009 de l‘opérateur brésilien GVT, Vivendi s‘est donné pour priorité, ces derniers mois, de racheter les minoritaires de ses filiales françaises SFR et Canal+, le groupe de télévision payante dont Lagardère détient 20%.

Le conglomérat, pénalisé par les diverses participations héritées de la frénésie d‘acquisitions de l’ère Jean-Marie Messier, espère développer les synergies entre ses filiales et simplifier sa structure, dont la complexité actuelle est considérée comme un point faible.

“Cela pourrait entraîner un changement de perception par les marchés. In fine ça doit réduire la décote. Vivendi sera de moins en moins une ‘holding’ puisqu‘il n‘y aura plus de minoritaires dans les filiales”, estime Benoît Trioux, gérant de fonds à Axa Investment Managers Paris, qui détient des actions Vivendi.

Le titre a sous-performé de façon récurrente les indices télécoms et médias, avec un écart qui, sur cinq ans, trois ans et en 2010, est au minimum de cinq points.

En 2010, l‘action Vivendi a cédé 2,86%, bien en deçà du bond de 13,63% enregistré par l‘indice des médias et sous le gain de 3,10% enregistré dans les télécoms.

“Il est clair que le titre a été puni depuis un certain temps”, commente Jean-François Comte, gérant de fonds à Lutetia Capital, qui voit davantage de potentiel à la hausse qu’à la baisse pour le titre à moyen terme, du fait notamment du rendement élevé offert par l‘action Vivendi.

Le rendement est d‘environ 6,5% sur la base du dividende de 2009, proche de la moyenne de 6,2% observée dans les télécoms mais nettement supérieur aux 3,8% pratiqués dans les médias.

L‘APRÈS-SFR RESTE À DESSINER

Vivendi, qui devra s‘endetter pour financer l‘opération sur SFR, ne se tournera donc pas vers une nouvelle acquisition transformante au cours des deux ou trois ans à venir, disent plusieurs analystes.

“Mon sentiment est que l’ère des importantes acquisitions externes est probablement révolue à Vivendi”, résume Ian Whittaker de Liberum Capital.

Vivendi, qui a donné à ce jour peu d‘indices sur la stratégie qu‘il entendait poursuivre en fusions-acquisitions après l‘opération sur SFR, devrait se concentrer dans un premier temps sur le remboursement de sa dette et la poursuite de la rationalisation de son portefeuille d‘actifs.

“Une grosse acquisition transformative serait immédiatement sanctionnée par le marché. On reviendrait dans les anciens travers de Vivendi et à ce moment-là, il y aurait à nouveau un ‘derating’”, ajoute de son côté Benoît Trioux.

Le groupe ne tire pas pour autant un trait sur les opportunités d‘acquisitions et devrait dans un second temps repartir à la conquête des marchés émergents. D‘autant qu‘il sera, avec SFR, plus exposé au marché mature des télécoms français, au moment où la concurrence s‘intensifie.

“Vivendi a toujours parlé d‘une stratégie double de M&A, centrée sur le rachat de leurs minoritaires français et l‘expansion sur les marchés émergents”, souligne Damien Chew, analyste à l‘agence de notation Fitch. “Pour l‘avenir on verra (...) mais je pense qu‘il devrait conserver cette double approche et tourner leur attention à nouveau vers les émergents.”

Avec Leila Abboud, édité par Jean-Michel Bélot

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