19 novembre 2010 / 17:56 / dans 7 ans

Net, Twitter, Facebook, SMS: les liaisons dangereuses

<p>Rompre par SMS, se faire licencier &agrave; cause de Facebook, insulter son voisin sur Twitter: cens&eacute;es faciliter les rapports humains, les nouvelles communications ne sont pas sans danger et imposent la vigilance. /Photo d'archives/REUTERS/Mario Anzuoni</p>

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Rompre par SMS, se faire licencier à cause de Facebook, insulter son voisin sur Twitter: censées faciliter les rapports humains, les nouvelles communications ne sont pas sans danger et imposent la vigilance.

C‘est la mise en garde lancée par des chercheurs interrogés par Reuters à l‘intention des quelque 15 millions de Français abonnés à Facebook et autres habitués du net et du téléphone portable.

“On passe du privé au public. Il faut que les gens soient alertés là-dessus, quitte à faire ce qu‘ils veulent après”, prévient Michel Forsé, directeur de recherche au Centre national de recherche scientifique (CNRS).

A l‘heure du virtuel, on peut ainsi avoir plusieurs milliers d‘amis sans sortir de sa chambre, vivre une histoire d‘amour par textos interposés ou condamner à mort “pour rire” son professeur de mathématiques sur son blog.

De nouveaux comportements qui ont leurs conséquences, comme l‘a montré la décision du Conseil des Prud‘hommes de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), qui a confirmé vendredi le licenciement de deux salariés sanctionnés pour avoir critiqué leur direction lors d‘une discussion sur Facebook.

Avoir dénoncé un “club de néfastes” sur le réseau social, espace public par définition, a plaidé contre eux.

Truffés d‘informations en apparence anodines, ces réseaux ne sont pas non plus sans danger pour l‘entreprise et le salarié, prévient Gwendal Delcros, consultant chez Cert Lexsi, société spécialisée dans la sécurité de l‘information.

“Non seulement il y a un risque pour l‘image des sociétés, mais les informations peuvent être exploitées comme des renseignements par des concurrents ou des acteurs malveillants”, souligne-t-il.

Un internaute qui parle de son travail, photo à l‘appui, peut s‘exposer à des risques d‘espionnage industriel qu‘il ne soupçonne pas. Le danger est encore plus grand pour les sociétés présentes dans des pays soumis au risque terroriste.

“Faire cela au Nigeria, par exemple, peut être exploité par des groupuscules”, dit Gwendal Delcros. “Et à partir du moment où on peut imaginer ce risque, c‘est qu‘il existe déjà”.

DIVORCER PAR TEXTO ?

A l’école, on ne compte plus le nombre d’élèves expulsés de leur établissement pour avoir insulté un professeur sur internet ou les enseignants ayant porté plainte pour le même motif.

“De tous temps les élèves sont ‘charrié’ leurs profs, mais ça se faisait dans la cour ou dans une salle. Là, c‘est public”, note Michel Forsé. “Il faudrait dire aux élèves que donner un mauvais surnom à un prof à la récré et l’écrire sur un blog, ce n‘est pas la même chose”.

Dans un registre plus “people”, la presse s‘est fait largement l’écho cette semaine des déboires de l‘actrice américaine Eva Longoria, qui aurait découvert les infidélités de son mari, le basketteur Tony Parker, en inspectant son portable.

Depuis le 17 juin 2009, date d‘un arrêt de la cour de Cassation, un SMS constitue en France une preuve recevable en matière de divorce. Un texto peut aussi prouver un harcèlement psychologique en vertu d‘une loi votée cet été.

Certes, les intrigues à distance se datent pas d‘hier - Choderlos de Laclos en fit au XVIIIe siècle un roman épistolaire à succès, “Les Liaisons dangereuses”.

Mais les choses s‘accélèrent.

“On n’écrit pas un message sur mobile comme une lettre d‘autrefois”, explique dans Le Parisien la sociologue Joëlle Menrath. “C‘est de l’écriture dans l‘urgence et sur tous les sujets, même les plus secrets et les plus intimes de nos vies”.

Michel Forsé rappelle qu‘internet, ce n‘est pas la vraie vie.

“Ça ne crée pas beaucoup de nouveaux liens, les vrais amis sont ailleurs. C‘est comme le téléphone portable, surtout utilisé comme un talkie-walkie, où la principale phrase prononcée est ‘t‘es où ?'”, dit-il.

Le sociologue pense qu‘il revient aux fournisseurs d‘accès de donner l‘alerte sur les risques pris par les internautes.

“S‘il s‘avère qu‘ils sont trop ou totalement réticents à cette idée, il faudra peut-être en passer par un texte législatif”, estime-t-il.

Pour Gwendal Delcros, “un effort de sensibilisation de la part des entreprises et des pouvoirs publics est nécessaire face aux réseaux sociaux, un phénomène désormais bien ancré”.

Edité par Patrick Vignal

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