2 juillet 2010 / 18:00 / il y a 7 ans

A l'heure du cyberespionnage, le facteur humain reste essentiel

par William Maclean

LONDRES (Reuters) - L‘image traditionnelle de l‘espion n‘est-elle pas dépassée à l’ère de l‘internet, où un pirate informatique peut de chez lui percer les secrets des organisations les plus impénétrables?

Pour qui est intéressé par les secrets militaires ou industriels de Washington, est-il vraiment nécessaire d‘entretenir à grands frais, pendant des années, des agents dormants chargés de s‘infiltrer, patiemment, prudemment, dans les milieux politiques ou économiques?

Ces questions peuvent se poser après le récent démantèlement d‘un présumé réseau d‘espionnage russe aux Etats-Unis.

Le Kremlin devrait comprendre qu‘il pourrait en apprendre autant, probablement, en lisant le Wall Street Journal, en ouvrant un compte Amazon ou en achetant les mémoires des anciens responsables de la CIA, a déclaré un ex-agent américain, Robert Baer, au magazine Time. “Et ça coûterait bien moins cher à Moscou.”

Mais même à l‘heure de Facebook et de LinkedIn, les espions “à l‘ancienne” et le facteur humain restent indispensables pour identifier les faiblesses de l‘adversaire et dénicher les secrets qu‘il voudrait garder sous le boisseau.

“Il ne faut pas sous-estimer l‘aspect humain” malgré le déferlement des technologies nouvelles, souligne Charles Crawford, un ancien diplomate britannique qui a été en poste à Moscou. “L‘important, c‘est de découvrir les faiblesses de l‘adversaire et de les exploiter.”

FACTEUR HUMAIN IRREMPLAÇABLE

Un facteur humain qui a fait ses preuves dans le passé et a par exemple permis à la fin des années 40 à l‘Union soviétique de se doter de l‘arme atomique, grâce aux renseignements obtenus par des agents comme Klaus Fuchs aux Etats-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne.

Sur son site internet, le MI5, le contre-espionnage britannique, estime à une vingtaine le nombre de services étrangers opérant aux Royaume-Uni et cite en premier lieu les Russes et les Chinois.

Si les technologies les plus modernes sont mises à contribution, notamment pour espionner les communications, “la relation humaine entre un officier traitant et son agent reste un élément essentiel de l‘espionnage”.

De plus en plus, de nos jours, les espions cherchent surtout à recueillir des renseignements dans les secteurs économiques, commerciaux et technologiques, et des domaines aussi variés que la communication, la génétique, l‘aviation ou l‘optique, précise le MI5.

Une partie au moins des dix suspects arrêtés dimanche aux Etats-Unis auraient été chargés de se lier à des personnes proches des milieux gouvernementaux dans le but de leur soutirer des informations - soit en les achetant, soit en les faisant chanter.

Pour mener à bien une telle mission, il faut des agents doués pour les contacts humains, patients, ouverts et susceptibles de créer la confiance. Des professionnels, qui ont quand même commis des erreurs et ont finalement été arrêtés.

“Le bon agent au bon endroit peut vous apporter des choses que vous ne pourriez obtenir par n‘importe quel autre moyen”, explique Richard Aldrich, historien de l‘espionnage.

MISSIONS DE LONGUE DURÉE

Les moyens d’écoute ultraperfectionnés d‘aujourd‘hui permettent d‘avoir une idée fiable de ce qui se passe dans un pays à un moment donné, mais seul un agent peut vous permettre de connaître les véritables intentions de l‘adversaire.

“Le rêve, c‘est de recruter par exemple l‘assistant de quelqu‘un qui travaille à la Maison blanche, au cabinet de Barack Obama”, ajoute Richard Aldrich.

“Sur dix ans, il n‘y a pas plus de trois ou quatre agents qui méritent vraiment l‘argent qu‘on leur donne, que ce soit des gens de la CIA, du MI6 (l‘espionnage britannique) ou du SVR russe”, poursuit-il.

Si l‘agent est vraiment efficace, ses employeurs ont tendance à lui demander toujours plus. Et donc à l‘exposer, disent les experts Fred Burton et Ben West, du cabinet de consultants Stratfor.

Selon eux, il n‘est pas impossible que le réseau découvert aux Etats-Unis ait été donné par un officier russe “retourné” en 2000, Sergueï Tretiakov.

Dans une interview accordée en 2007 à la California Literary Review, Alexandre Kouzminov, cadre du KGB puis du SVR dans les années 1980 et 1990, a raconté comment il s’était un moment occupé des agents russes dotés d‘une fausse identité, surnommés les “illégaux” et envoyés à l’étranger pour des missions de longue durée.

“Nous les préparions à travailler pendant quinze ou vingt ans, voire plus, dans ces pays-cibles. Mais les ressortissants de ces pays que nous pouvions recruter, eux, ne cessaient jamais de travailler pour nous.”

Guy Kerivel pour le service français

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