9 février 2010 / 06:45 / dans 8 ans

Les cyberopposants iraniens restent actifs en terrain miné

par Reza Derakhshi

TEHERAN (Reuters) - Leurs cheminements sur internet sont de plus en plus gênés par les multiples filtres mis en place par les autorités iraniennes, mais Nooshin et d‘autres partisans de l‘opposition assurent recevoir encore les informations sur les prochaines manifestations, par e-mail.

Seulement, ils ne savent pas de qui proviennent ces messages.

Des appels à manifester le 11 février, pour le 31e anniversaire de la révolution islamique de 1979, circulent sur internet. Mais le climat de répression est bien plus dur aujourd‘hui qu‘il l’était avant les manifestations qui ont suivi la présidentielle en juin dernier.

A l’époque, les sites de socialisation et de micro-blogging étaient salués en Occident comme la promesse d‘un outil de ralliement anonyme et instantané pour les opposants à la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad.

Aujourd‘hui, les utiliser relève d‘une tactique à haut risque pour les Iraniens qui continuent à défier les avertissements et les sanctions sévères des autorités.

Les perturbations du réseau dans la République islamique sont de plus en plus fréquentes, rapportent les militants du camp réformateur. La vitesse de connexion est ralentie par les autorités, et plusieurs sites internet de l‘opposition ont été fermés.

De plus, le pouvoir affirme à présent être capable de pister les internautes dissimulant leur identité derrière des serveurs mandataires (serveurs “proxy”).

“LE CHAT ET LA SOURIS”

Dans le cyber-café du centre de Téhéran où elle tente d‘accéder à un site internet, Nooshin soupire. “Celui-là aussi est bloqué. Ce n‘est plus internet, c‘est filternet.”

Nooshin est le pseudonyme choisi par cette jeune Iranienne de 22 ans, qui parle à voix basse sous son foulard islamique bleu.

Après le scrutin de l’été dernier, les journaux des principaux chefs de file de l‘opposition, Mirhossein Moussavi et Mehdi Karoubi, avaient été interdits. Ils avaient alors lancé des sites internet, que les autorités ont à leur tour bloqués. L‘opposition en a ouvert d‘autres.

Ces événements et les manifestations qui les accompagnaient étaient suivies de près sur les sites sociaux, notamment Twitter.

A présent, de plus en plus d‘internautes craignent de pouvoir être identifiés même en prenant la précaution de passer par un serveur “proxy”.

“Les gens ont peur d’être identifiés et ne veulent plus les utiliser”, constate un vendeur d‘un grand magasin informatique du Nord de Téhéran, qui souhaite rester anonyme.

Mais cela ne signifie pas que les efforts des opposants pour planifier et faire connaître leurs actions ont été réduits à néant.

Afshin, un créateur de sites internet soutenant l‘opposition, estime que les efforts des autorités sont voués à l’échec.

“Peu importe ce que le gouvernement bloque sur internet, les gens trouveront un autre chemin. C‘est un jeu du chat et de la souris que le gouvernement ne peut pas gagner.”

SANCTIONS DE PLUS EN PLUS DURES

Toutefois, les autorités disposent des dernières technologies de surveillance, qui permettent de pister les ordinateurs établissant des connexions sécurisées, souligne quant à lui Mikko Hypponen, chef de recherche du groupe F-Secure Corporation, à Helsinki.

De plus, si les services de police ne peuvent voir quel est le contenu des sites contactés par liaison sécurisée, il leur suffit d‘une perquisition sur les serveurs pour le constater physiquement.

En janvier, le chef de la police nationale, Esmail Ahmadi-Moghaddam, a prévenu les opposants que l‘envoi de sms et de courriels pour organiser des manifestations serait considéré comme un crime plus grave que le fait de participer aux rassemblements.

Il a de plus assuré que rien n‘empêchait d‘identifier les internautes se cachant derrière des serveurs mandataires.

La plupart des milliers de personnes arrêtées depuis les manifestations de juin dernier ont été remises en liberté, mais plus de 80 personnes ont été condamnées à des peines de prison allant jusqu’à quinze ans, dont de haut dirigeants de l‘opposition.

Le 28 janvier, l‘exécution de deux personnes condamnées à mort après la contestation du scrutin a été annoncée.

Mais les autorités ont devant elles un mouvement déterminé.

L‘interdiction imposée aux journalistes de couvrir les manifestations n‘a ainsi pas empêché que des vidéos des rassemblements soient mises en ligne.

“C‘est extrêmement important pour moi de vérifier mes e-mails pour être informée des derniers développements, puisqu‘il n‘y a pas de médias libres et indépendants dans le pays”, souligne Nooshin.

Sur son écran, le même message en persan s‘affiche régulièrement: “L‘accès à cette page est interdit par la loi”.

Selon Mikko Hypponen, l‘isolement international de l‘Iran, et notamment son absence de relations avec les Etats-Unis, gêne vraisemblablement les forces de l‘ordre dans leur traque des cyber-opposants.

“Il est plus facile de se cacher pour un militant iranien que pour un cyber-criminel. Dans la chasse aux criminels, les pays s‘entraident”, note-t-il.

Avec Tarmo Virki, version française Gregory Schwartz

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