September 18, 2009 / 2:44 PM / 8 years ago

L'industrie du jeu vidéo face à la dématérialisation

6 MINUTES DE LECTURE

<p>Festival du jeu vid&eacute;o &agrave; Paris, porte de Versailles. La d&eacute;mat&eacute;rialisation croissante dans le secteur du jeu vid&eacute;o va pousser &eacute;diteurs, fabricants de consoles et distributeurs &agrave; b&acirc;tir un nouveau mod&egrave;le &eacute;conomique d'ici 2015-2020 pour ne pas conna&icirc;tre le m&ecirc;me sort que l'industrie du disque, estiment des analystes. /Photo prise le 17 septembre 2009/Charles Platiau</p>

par Claude Chendjou

PARIS (Reuters) - La dématérialisation croissante dans le secteur du jeu vidéo va pousser éditeurs, fabricants de consoles et distributeurs à bâtir un nouveau modèle économique d'ici 2015-2020 pour ne pas connaître le même sort que l'industrie du disque, estiment des analystes.

Au Festival du jeu vidéo à Paris, si la question est sur toutes les lèvres, Nintendo, Sony et Microsoft se montrent pour l'instant prudents.

"La dématérialisation est déjà une tendance de fond", avertit Tristan Bruchet, analyste chez GfK, en faisant référence à l'abandon de supports physiques comme la pellicule dans la photo et le CD dans la musique.

Longtemps opposée au téléchargement, l'industrie du disque a vu récemment les ventes physiques de CD s'essouffler au profit des sites de piratage sur internet ou de nouveaux acteurs comme Apple, premier revendeur mondial de musique.

La semaine dernière, la marque à la pomme a annoncé qu'avec 21.178 jeux vidéo disponibles en téléchargement pour l'iPod et l'iPhone, son catalogue avait dépassé celui réuni des consoles portables PSP de Sony et DS de Nintendo.

"Apple a créé un éco-système simple où ils maîtrisent tout et où l'éditeur d'un jeu prend peu de risques tout en ayant la possibilité de maximiser ses profits", explique Richard Beaudoux, analyste dans le secteur des jeux vidéos chez Natixis Securities.

Dans le modèle économique actuel, le fabricant d'une console vend son matériel à perte et compense avec les royalties versées par les éditeurs. En outre, dans le prix du jeu, il faut intégrer marge de distribution, frais de stockage, de logistique et d'assurance et le coût de fabrication d'un support physique.

"UN MARCHÉ POUR LE JEU DÉMATÉRIALISÉ"

Dans le système numérique d'Apple, les frais de marketing et de distribution sont pris en charge par le groupe en échange de 30% des recettes générées par chaque titre de l'éditeur.

"30 à 40% du prix hors taxe d'un jeu est récupéré par la distribution et l'éditeur doit encore reverser au moins 15% au fabricant de la console", calcule Brice-François Thébaud, analyste chez Aurel, qui voit un avantage pour l'éditeur de supprimer ces intermédiaires.

Alors que les jeux numériques sur l'AppStore d'Apple sont vendus moins de dix euros, leurs versions en boîte sur la DS ou la PSP coûtent 25 à 40 euros.

"L'iPod a prouvé qu'il y a un marché pour le jeu dématérialisé", reconnait Richard Brunois, directeur de la communication chez Sony. Le groupe va lancer en Europe en octobre la PSP Go, sa première console sans support physique.

D'après Brice-François Thébaud, fabricants de consoles et éditeurs sont obligés de manoeuvrer prudemment pour ne pas froisser la distribution qui génère actuellement l'essentiel des ventes.

"Outre-Manche, de grandes chaînes de la distribution boycottent la PSP Go", observe-t-il, estimant cependant inévitable le passage à la dématérialisation vers 2015.

Selon GfK, le marché du jeu dématérialisé, estimé en France à 100 millions d'euros en 2009 contre 1,250 milliard d'euros pour les titres sur support physique, double de taille tous les ans.

"Il y a un modèle économique à construire autour du jeu dématérialisé, qui pourrait représenter dans quelques années jusqu'à 10% des ventes", avance Tristan Bruchet de GfK, qui imagine des systèmes de forfaits ou d'abonnement.

CONSOLE DÉMATÉRIALISÉE

Si la Xbox Live ou la Playstation Network proposent déjà un accès en ligne, il faut se contenter de vieux jeux ou d'achats de bonus.

Les consoles de la génération de 2020 ne pourront pas faire l'impasse sur la distribution numérique, "les jeux seront dématérialisés", prédit Richard Beaudoux.

"Les éditeurs seront probablement les gagnants de la révolution dématérialisée. Certains comme Ubisoft s'y préparent activement", déclare sous le sceau de l'anonymat un analyste qui suit la valeur.

Onlive, une entreprise de la Silicon Valley, a récemment fait sensation en dévoilant un service en ligne de jeux à la demande via un simple téléviseur ou un ordinateur.

La technologie, qui repose sur le principe de la console dématérialisée, ou "cloud gaming", a reçu le soutien des éditeurs comme Atari, Eidos, Electronic Arts, Ubisoft ou Take Two. D'autres sociétés comme Spawn Labs ou Gaikai se sont lancées sur ce créneau.

"Avec le 'cloud gaming', on peut jouer en très haute qualité sur des machines peu puissantes. Si ça marche c'est la mort assurée des consoles", souligne Richard Beaudoux.

Selon lui, les éditeurs pourront alors compter sur des revenus réguliers, indépendamment du cycle de vie d'une console.

Pour GfK, avec 97% de téléviseurs présents dans les foyers contre 40% pour les consoles, le potentiel du marché est énorme, à condition que la fibre optique se démocratise.

Édité par Gilles Trequesser

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