2 septembre 2009 / 18:23 / dans 8 ans

Une fois redressé, Alcatel pourrait devenir une cible

<p>Une fois redress&eacute;, Alcatel-Lucent pourrait faire figure de cible dans un secteur qui doit se consolider, mais des experts privil&eacute;gient un sc&eacute;nario occidental, en d&eacute;pit de la rumeur de reprise par un concurrent chinois qui a fait flamber le titre jeudi dernier. /Photo d'archives/REUTERS/Charles Platiau</p>

Par Marie Mawad et Leila Abboud

PARIS (Reuters) - Une fois redressé, Alcatel-Lucent pourrait faire figure de cible dans un secteur qui doit se consolider, mais des experts privilégient un scénario occidental, en dépit de la rumeur de reprise par un concurrent chinois qui a fait flamber le titre jeudi dernier.

Une alliance du groupe franco-américain avec Nokia-Siemens Networks, Ericsson ou même Cisco Systems paraît plus plausible qu‘un rapprochement avec les groupes chinois Huawei ou ZTE, très improbable sur le plan politique, mais Alcatel doit redresser sa performance opérationnelle et venir à bout de ses restructurations avant d‘intéresser un acquéreur.

A moyen terme, les experts estiment que la chute des ventes ainsi que des pressions accrues sur les prix devraient accélérer la concentration dans l‘industrie des équipements télécoms, qui compte aujourd‘hui cinq grands acteurs dans le monde, alors que “il y a de la place pour trois”, a indiqué à Reuters Rajeev Suri, le nouveau directeur général de Nokia-Siemens.

“Il est encore prématuré de parler d‘Alcatel comme de la possible cible d‘un rachat”, mais un prédateur pourrait être tenté de sauter le pas avant que l‘assainissement des comptes ne se traduise pleinement dans le prix de l‘entreprise, résume un banquier à Londres, tandis que Sébastien Sztabowicz, analyste chez Kepler, estime que “le groupe a probablement atteint le point bas en 2009 en terme de rentabilité”.

LA RUMEUR CHINOISE

La rumeur d‘une reprise par un concurrent chinois, elle, risque d‘avoir la vie courte. L‘Etat français, qui détient 2,07% du capital d‘Alcatel à travers le Fonds stratégique d‘investissement (FSI), regarderait probablement l‘opération d‘un mauvais oeil en raison des conséquences potentielles sur l‘emploi, disent les syndicats. Mais c‘est surtout du côté du gouvernement américain, qui a signé des contrats notamment militaires avec l‘ex-Lucent, qu‘un blocage est à attendre.

“La tentative ratée de Huawei, qui avait voulu racheter 3com, est une bonne leçon en la matière”, observe Alexander Peterc, analyste chez Exane BNP Paribas.

Huawei n‘a pas l‘intention d‘entrer au capital d‘Alcatel et ZTE n‘a pas entendu parler d‘une prise de participation, selon les porte-parole respectifs des deux groupes chinois.

Monté jusqu’à 97 euros au plus haut de la bulle internet, le titre Alcatel est tombé sous le seuil d‘un euro en mars dernier. Multiplié par plus de deux en six mois, le cours de l‘action s‘est réveillé depuis la mise en place d‘une nouvelle équipe dirigeante qui s‘est fixé pour objectif de ramener le groupe à l’équilibre opérationnel en 2009, après trois ans de pertes qui ont suivi la fusion difficile avec Lucent.

L’émission d‘obligations convertibles annoncée mercredi vise à assainir le bilan du groupe, grâce à un refinancement de la dette dans des conditions plus avantageuses.

Affichant une capitalisation boursière d‘un peu plus de six milliards d‘euros, Alcatel-Lucent vaut 0,8 fois sa valeur d‘entreprise et un peu plus de 20 fois le bénéfice net récurrent estimé pour 2010 (consensus Reuters Estimates), à comparer avec 1,2 fois et un PER de 11,8 pour Ericsson, ainsi que 1,2 fois et un PER de 16 fois pour Cisco.

DES FUSIONS DIFFICILES À METTRE EN OEUVRE

Rajeev Suri estimait mardi que Nokia-Siemens ferait partie des “survivants” à l‘issue de la consolidation du secteur des équipements télécoms, mais les analystes doutent que le groupe, en prise avec ses propres difficultés, soit aujourd‘hui capable d‘absorber un concurrent.

Le numéro deux mondial en termes de parts de marché pourrait être tenté de s‘allier à Alcatel-Lucent pour multiplier les économies d’échelle et pouvoir se mesurer au numéro un Ericsson.

Une telle fusion lui permettrait aussi de renforcer sa technologie de quatrième génération dans le mobile, perçue dans le secteur comme un relais de croissance majeur.

Toutefois, “Nokia-Siemens est engagé dans ses propres restructurations”, rappelle Alexander Peterc, analyste chez Exane BNP Paribas, et le groupe pourrait peiner à trouver les fonds nécessaires, ajoute un banquier à Londres.

En mettant la main sur Alcatel, ses concurrents gagneraient une base installée importante, des relations plus étroites avec les opérateurs télécom, ainsi qu‘un portefeuille de technologies fourni, mais c‘est un secteur dans lequel “les fusions sont particulièrement difficiles à mettre en oeuvre”, explique un analyste, qui évoque notamment la lenteur des réductions d‘effectifs.

En France, Alcatel emploie 77.000 personnes à travers le monde, dont près de 11.000 personnes en France.

Ericsson aurait la force de frappe financière pour s‘offrir son concurrent franco-américain, mais l‘opération paraît peu cohérente sur le plan de la rentabilité, disent des analystes.

Le groupe suédois réalise les meilleurs marges parmi les équipementiers télécoms grâce surtout à son positionnement centré sur le mobile. La base de coûts d‘Alcatel est nettement plus élevée et son portefeuille d‘activités diversifié pèserait sur les marges d‘Ericsson, résume Richard Windsor de Nomura Securities.

Reste l‘hypothèse Cisco Systems, dont le portefeuille d‘actifs est particulièrement complémentaire de celui d‘Alcatel, indique un analyste.

Cisco privilégie plutôt des cibles de petite taille, selon une porte-parole du groupe. Néanmoins, le groupe disposait d‘une trésorerie d‘environ 25 milliards d‘euros à fin juillet, qui lui donnerait les moyens de racheter un plus gros concurrent.

Cisco et Alcatel n‘ont pas souhaité commenté une éventuelle opération.

Avec la participation de Tarmo Virki à Helsinki et Victoria Howley à Londres

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