December 1, 2008 / 2:14 PM / 9 years ago

Alcatel-Lucent, le dilemme de la division mobile

4 MINUTES DE LECTURE

par Matt Gil

PARIS (Reuters) - Alcatel-Lucent pourrait rapidement redresser ses résultats en quittant la téléphonie mobile pour se recentrer sur les services en forte croissance mais ce remède est pour l'instant rejeté par le groupe et pourrait être pire que le mal, jugent de nombreux analystes.

L'entreprise dit officiellement ne pas envisager cette voie qui, dans de l'esprit des observateurs, scellerait l'échec d'une fusion de 34 milliards de dollars (26,9 milliards d'euros) et qui a accouché d'un groupe qui en vaut cinq, soit trois fois à peine le niveau des synergies annuelles envisagées.

Dans la revue stratégique qu'il devrait présenter le 12 décembre, le nouveau directeur général, Ben Verwaayen, devra convaincre les investisseurs de sa détermination à rationaliser ses lignes de produits et à resserrer ses coûts pour survivre à la crise.

"Ben Verwaayen aura-t-il l'énergie et la volonté de passer en force ? C'est la grande inconnue. Car les quatre à six prochains trimestres vont être très durs", souligne Pierre Ferragu, analyste chez Bernstein.

"Il va falloir prendre des décisions très dures sur les coûts dans des marchés de moins en moins porteurs. Les 16.000 suppressions de postes déjà décidées risquent de devoir être revues à la hausse."

Les mesures prises depuis l'arrivée de Ben Verwaayen en septembre - la mise en vente rapide des 20% de Thales pour 1,6 milliard d'euros afin d'apaiser les craintes sur ses liquidités et la nomination de dirigeants rompus aux réductions de coûts - augurent bien de son action future, estiment les analystes.

Pour autant, les Credit default swaps (CDS), portant sur la dette d'Alcatel, se négocient actuellement aux environs de 1.200 point de base - un niveau qui reste extrêmement élevé - et le titre de l'entreprise a déjà abandonné près de 55% cette année après une chute de 66,30% en 2007.

REMÈDE PIRE QUE LE MAL ?

"Contrairement à d'autres observateurs je n'attends pas d'Alcatel de se séparer de ses activités mobiles, ce serait suicidaire", tempère Alexandre Peterc, d'Exane BNP Paribas, pour qui l'entreprise doit garder la panoplie entière de ses produits si elle veut rester un leader du secteur.

"Perdre la division mobile c'est aussi perdre le fixe", argumente-t-il en soulignant que les grands groupes de télécoms comme France Telecom souhaitent avoir affaire à des groupes possédant l'ensemble des technologies.

Si la division mobile d'Alcatel est la troisième au niveau mondial derrière celles d'Ericsson et de Nokia Siemens Networks, la co-entreprise entre Nokia et Siemens, elle n'en a pas moins généré 30% du chiffre d'affaires en 2007.

Si Alcatel décide de garder cette division, plusieurs analystes pensent que le nouveau management devra définir un plan pour dépenser les budgets de recherche et développement sur les technologies de nouvelles générations comme Long Term Evolution (LTE), au lieu de CDMA.

Avec la contribution de Nathalie Meistermann, version française Julien Ponthus, édité par Benjamin Mallet

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