March 18, 2008 / 5:31 PM / 9 years ago

Nokia se tourne vers les services internet, sonde sa clientèle

9 MINUTES DE LECTURE

<p>Stand Nokia au salon du Consumer Electronics Show de Las Vegas. Alors qu'internet prend le virage de la mobilit&eacute; et que des groupes tels qu'Apple ou Google surfent sur les tendances, Nokia est en train de repenser la mani&egrave;re dont il souhaite se d&eacute;velopper. Au lieu de travailler en secret, le groupe finlandais s'essaye au d&eacute;veloppement collaboratif. /Photo prise le 8 janvier 2008/Steve Marcus</p>

par Tarmo Virki

HELSINKI (Reuters) - Une vidéo très populaire sur YouTube montre un téléphone conceptuel malléable s'adaptant au poignet. Appelé Nokia Morph, il est à l'image des changements que souhaite opérer le premier fabricant de téléphones mobiles au monde.

Alors qu'internet prend le virage de la mobilité et que des groupes tels qu'Apple ou Google surfent sur les tendances, Nokia est en train de repenser la manière dont il souhaite se développer. Au lieu de travailler en secret, le groupe finlandais s'essaye au partage.

"Pour Nokia, il s'agit probablement du plus gros coup de poker depuis son entrée sur le marché de la téléphonie mobile", estime Ben Wood, directeur des études chez CCS Insight, qui suit l'entreprise depuis 1994.

Outre la diffusion de ses idées futuristes sur des sites de partage de vidéos - comme le concept Morph qui propose un combiné malléable, flexible, auto-nettoyant, capable de capter des odeurs et fonctionnant à l'énergie solaire - Nokia a invité blogueurs et spécialistes technologiques des médias à imaginer ses futurs produits mobiles.

"Nous avons réalisé début 2005 que si nous étions focalisés uniquement sur l'innovation en interne, nous limiterions notre champ des découvertes", a indiqué Bob Iannucci, responsable technologique du groupe finlandais, dans une interview à Reuters. "Nous voulons plus d'idées folles".

Il faut dire que c'est la participation à la prochaine phase de croissance sur internet qui est en jeu, phase qui ferait contrepoids à la vulgarisation des produits Nokia.

Forrester Research s'attend à ce que le nombre d'utilisateurs de l'internet mobile soit triplé au cours des cinq prochaines années, atteignant 125 millions de personnes pour la seule Europe de l'Ouest. Nokia, de son côté, sait que ses marges à deux chiffres sur les combinés vont fondre.

Pour réaliser cette mue vers les services internet, Nokia prévoit d'utiliser sa base d'un milliard de clients - un sixième de la population mondiale - pour obtenir des indications sur ce qui fonctionne ainsi que sur ce qui est prometteur ou ce qui ne l'est pas.

Comparé à Apple, dont l'iPhone s'est vendu à cinq millions d'exemplaires seulement, cette clientèle place Nokia en position de force.

Le marché de l'internet mobile avoisine les 100 milliards d'euros et Nokia est le premier des grands fabricants mondiaux de téléphones portables à se lancer dans cette activité.

Ses principaux concurrents Samsung et Sony Ericsson pourraient suivre, mais avec deux ans de retard au moins. Le groupe finlandais, qui a déjà la plus grosse capitalisation boursière des valeurs technologiques au monde hors entreprises américaines et contrôle 40% du marché mondial des téléphones mobiles, cherche toujours de nouvelles sources de croissance.

Nouveau Changement

Le changement semble inscrit dans les gènes de Nokia. Créée en 1865, ce fut d'abord une scierie puis sa marque - qui est désormais classée numéro cinq au monde par Interbrand et évaluée à 33,7 milliards de dollars - a été apposée sur de la papeterie, puis des bottes en caoutchouc, des téléviseurs et des moniteurs avant d'investir la téléphonie mobile il y a 16 ans.

Le processus de développement et de mise au point de nouveaux combinés a quant à lui longtemps été digne d'un secret d'Etat et pour des résultats aléatoires.

Ben Wood, de CCS Insight, explique que par le passé Nokia développait ses produits "à huis clos, dans des pièces sans fenêtres. Pour certains de ces produits, il m'est arrivé de leur demander s'ils les avaient un jour montrés à quelqu'un".

En 2003, commentateurs et consommateurs avaient souri du N-Gage, combiné dédié aux jeux, qui devait être utilisé de manière bizarre, sur le côté, pour pouvoir téléphoner.

La même année, Nokia avait présenté son premier téléphone multimedia, l'imposant 7700, mais avait abandonné sa mise en fabrication face aux critiques qu'il suscitait.

Et même si le design très sobre de ses combinés lui a permis de toucher les masses, le groupe est passé à côté de plusieurs grandes tendances ces dernières années, comme celles des téléphones à clapet, ultra-fins ou à écran tactile.

Le concept Morph, sur lequel Nokia travaille avec des chercheurs en nanosciences de l'université de Cambridge, témoigne d'une approche plus ouverte consistant à combiner le savoir-faire en microparticules aux connaissance en électronique pour déterminer si, par exemple, un circuit déformable peut être conçu. Un autre aspect de cette approche s'est matérialisé avec l'idée avancée par Nokia en février d'un téléphone fabriqué entièrement à partir d'éléments recyclés.

Le blogueur Oliver Thylmann, blog.thylmann.net/, qui a participé en mars à l'atelier de développement de produits de Nokia, estime que beaucoup de groupes européens sont susceptibles de faire leur ce modèle plus ouvert. "Travailler avec ses clients est dans le cours des choses", affirme Thylmann, qui écrit sur le secteur technologique depuis 2001.

"Une société ne peut désormais plus se couper du monde. Si vous êtes enfermés dans votre tour d'ivoire et que l'on parle de vous à l'extérieur, il semble normal de sortir et de prendre part à la discussion", ajoute-t-il.

ÉCHOUER POUR MIEUX REBONDIR

Cette tentative de Nokia d'attirer le chaland vers ses services internet plutôt que vers ceux de Google, ou vers ses kiosques musicaux plutôt que vers l'iTunes d'Apple, n'est pas une première.

De grands fabricants de matériels ont déjà tenté par le passé de se muer en société de logiciels et de services, tels IBM ou Hewlett-Packard.

À ceci près que Nokia peut se permettre d'expérimenter en dégageant sur les combinés une marge qui a atteint 23,6% au dernier trimestre 2007, le double de celles de ses concurrents les plus proches.

"Dans les services, il est de première importance de s'implanter sur les marchés le plus tôt possible", explique Niklas Savander, responsable des services internet chez Nokia. "Nous aurons désormais beaucoup de lancements en version bêta, ou avec des fonctionnalités réduites, ou pour une zone géographique limitée", confie-t-il.

Le groupe finlandais cherche en cela à copier la démarche de Google vers les nouveaux marchés consistant à essayer autant que possible, et vite.

Le site Beta Labs de Nokia, www.nokia.com/betalabs, sur lequel le finlandais publie des logiciels pour qu'ils y soient testés par les utilisateurs, enregistre plus d'un million de visiteurs par mois. Et son mot d'ordre interne est: "Echouez vite, apprenez vite, testez vite".

Un kiosque musical en ligne est en phase de test et un service de jeux sur mobiles devrait suivre sous peu. Par ailleurs, des millions de personnes ont téléchargé des programmes ou des contenus du site Mosh, la nouvelle vitrine des activités mobiles de Nokia, elle-aussi dans sa version bêta.

Reste que cette ouverture n'est pas illimitée. Thylman écrivait ainsi sur son blog peut avant le début de l'atelier sur les nouveaux développements technologiques organisé par Nokia: "Malheureusement, je ne serai pas autorisé à écrire sur les sujets abordés".

Pour la vidéo Nokia Morph, here

Tarmo Virki, version française Julien Toyer

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