31 juillet 2008 / 06:58 / il y a 9 ans

Serge Tchuruk, un départ d'Alcatel-Lucent au goût amer

<p>L'annonce du d&eacute;part en octobre de Serge Tchuruk de la pr&eacute;sidence d'Alcatel-Lucent, moins de deux ans apr&egrave;s la fusion de l'am&eacute;ricain Lucent avec le fran&ccedil;ais Alcatel qu'il avait dirig&eacute; pendant plus d'une d&eacute;cennie, conclut sur une fausse note la carri&egrave;re de ce redresseur d'entreprises. /Photo d'archives/John Schults</p>

PARIS (Reuters) - L'annonce du départ en octobre de Serge Tchuruk de la présidence d'Alcatel-Lucent, moins de deux ans après la fusion de l'américain Lucent avec le français Alcatel qu'il avait dirigé pendant plus d'une décennie, conclut sur une fausse note la carrière de ce redresseur d'entreprises.

Nommé président non exécutif de l'équipementier télécoms franco-américain, numéro un mondial des réseaux fixes, Serge Tchuruk avait laissé aux commandes l'ex-patronne de Lucent, Patricia Russo, qui partira elle aussi d'ici la fin de l'année.

Serge Tchuruk avait empoché au passage une indemnité de départ de 5,6 millions d'euros, soit deux années de rémunérations fixes et variables.

Créé le 30 novembre 2006, le nouvel ensemble a multiplié depuis les avertissements sur les résultats et les suppressions d'emplois, dans un marché difficile et alors même que la fusion s'avérait plus complexe que prévu, notamment en raison des différences culturelles.

Lors de l'assemblée générale du 30 mai, Serge Tchuruk, visiblement peu à l'aise, avait une nouvelle fois tenté de convaincre les actionnaires que le groupe, déficitaire trimestre après trimestre, pouvait bénéficier du potentiel de croissance considérable de son secteur, notamment dans les pays émergents.

Force est de constater que la greffe n'a pas pris : le groupe a annoncé mardi une nouvelle perte nette trimestrielle de 222 millions d'euros et confirmé anticiper une baisse de 2 à 5% de son chiffre d'affaires annuel à taux de change courant.

Serge Tchuruk, 71 ans, crédité de l'énergie d'un marathonien, a connu une carrière mouvementée.

Donné plusieurs fois "fini" dans un secteur des équipements de télécommunications où les ruptures technologiques sont fréquentes, critiqué pour sa gestion des hommes, brocardé pour le montant de ses émoluments, ce sexagénaire au regard acéré est resté imperturbable.

Né en 1937 à Marseille, ce fils d'Arméniens est diplômé de l'Ecole Polytechnique et devient ingénieur de l'armement. Sa carrière est toute tracée : il devrait jouer un grand rôle dans les programmes de défense. Mais son mariage avec une Polonaise en 1960 met fin à ses ambitions. En ces temps de guerre froide, il n'est pas considéré comme un élément sûr. Il quitte l'administration pour rejoindre le groupe pétrolier américain Mobil où il gravit les échelons en Europe et aux Etats-Unis.

Ce n'est qu'en 1980 qu'il revient en France pour intégrer Rhône-Poulenc. Directeur général, il est en droit de réclamer le poste de P-DG mais le nouveau gouvernement socialiste, qui a nationalisé le groupe, préfère un fidèle, Loïk Le Floch Prigent. Serge Tchuruk prend la tête de CDF-Chimie qu'il restructure et redresse contre toute attente avant le rebaptiser Orkem.

"LE 30E RUGISSANT"

En 1990, il devient P-DG de Total. L'ancienne Compagnie Française des Pétroles (CFP) sommeille alors que son rival Elf Aquitaine se déploie partout où il peut. Serge Tchuruk secoue la compagnie et impose ses méthodes de management. Ses colères sont célèbres. Il est surnommé "Le 30e rugissant", son bureau étant situé au 30e étage d'une tour du quartier de La Défense.

Peu expansif, il peut littéralement exploser s'il juge qu'un dossier n'est pas satisfaisant, selon certains collaborateurs. Avare en compliments, il ne supporte pas l'amateurisme.

Malgré ce caractère peu commode, sa réputation est faite : il peut sauver des causes perdues. Au milieu des années 1990 alors que l'ancienne puissante et tentaculaire Compagnie générale d'Electricité (CGE) est déstabilisée par les ennuis judiciaires de son P-DG Pierre Suard, le conseil d'administration sacrifie ce dernier et supplie Serge Tchuruk d'accepter le poste dans l'intérêt de la France.

Il fait le ménage dans les centaines de filiales (médias, vins, câbles, TGV, centrales nucléaires, etc.) pour recentrer le groupe sur les équipements de télécoms, qui totalisent déjà 40% du chiffre d'affaires.

A la fin des années 1990, le développement de l'internet dope l'ensemble du secteur technologique. Alcatel en profite. Son cours de Bourse s'envole et frôle les 100 euros en 2000. Mais la bulle spéculative explose et les commandes chutent.

Au printemps 2001, Alcatel et Lucent discutent d'une fusion mais le groupe américain recule quand il comprend qu'il sera absorbé par le groupe français, une perspective qui hérisse le Congrès, soucieux de préserver une pépite de l'industrie américaine.

Serge Tchuruk restructure son groupe. Les pertes s'accumulent et le cours tombe à 2,05 euros en septembre 2002. En moins de quatre ans, le chiffre d'affaires est divisé par plus de deux tout comme l'effectif global.

Considéré comme une proie de concurrents comme mondiaux comme Cisco ou Ericsson, Alcatel pensait sauver sa peau en s'adossant à Lucent. Mais le fait de savoir s'il y parviendra ou pas se fera sans l'artisan de son redressement.

Service Economique, édité par Jacques Poznanski

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