19 septembre 2008 / 09:14 / il y a 9 ans

Le marché attend que le DG de Thomson vende des actifs

par Dominique Vidalon

PARIS (Reuters) - Tout juste nommé, le nouveau directeur général de Thomson SA ne bénéficie d‘aucun “état de grâce” auprès des investisseurs qui l‘exhortent à vendre des actifs pour financer la dette, un démantèlement du groupe par des fonds de private equity n’étant pas non plus écarté.

Frédéric Rose est arrivé le 1er septembre à la tête de Thomson, après 15 ans passés chez Alcatel-Lucent, avec pour mission de redresser le leader mondial des décodeurs numériques, qui cumule les pertes depuis plusieurs années.

“L‘arrivée de Frédéric Rose devrait marquer un changement de stratégie et il devrait y avoir des cessions d‘actifs”, estime Eric Beaudet, analyste de Natixis Securities.

Frédéric Rose a remplacé Frank Dangeard, à l‘origine de la coûteuse transformation d‘un groupe d’électronique grand public en un fournisseur de DVD, de vidéos et d’équipements télécoms à des clients aussi divers que Disney, Time Warner ou France Télécom

Le titre Thomson a perdu plus de 70% de sa valeur depuis le début de l‘année, sa capitalisation boursière est passée en dessous du milliard d‘euros et sa dette a été dégradée dans la catégorie “junk bonds” (obligations à haut risque).

Nombre d‘investisseurs s‘inquiètent du manque de synergies entre les différentes activités du groupe et le niveau du titre en Bourse valorise aujourd‘hui Thomson nettement en dessous de la somme de ses parties, soulignent des analystes.

“Thomson doit changer de périmètre. L‘organisation en trois divisions n‘a pas fait ses preuves”, dit l‘un d‘entre eux.

Les analystes espèrent avoir quelques éclaircissements sur la nouvelle stratégie du groupe le 16 octobre, à l‘occasion de la présentation du chiffre d‘affaires du troisième trimestre.

Frédéric Rose a déjà simplifié les structures de décision. Il a ramené le comité exécutif de 10 à sept personnes et remplacé le responsable de la division “systèmes”, dont les ventes ont chuté de 12% au premier semestre.

DETTE

“A court terme, je n‘attends pas de changement radical de périmètre mais de petites cessions pour rassurer les investisseurs sur la dette”, poursuit l‘analyste de Natixis.

A la fin juin, la dette nette du groupe totalisait 1,3 milliard d‘euros, pour un ratio de dette sur fonds propres de 0,85, tout proche de la limite de 1,0 imposée par les clauses d‘emprunt.

“Une simplification autour de branches spécialisées comme les services au cinéma, les équipements de réseaux et les services vidéo, ça serait un minimum”, estime Loïc Sabatier, analyste de CA Cheuvreux dans une note de recherche.

Plusieurs analystes s‘attendent à ce que Thomson conserve des actifs comme la copie de DVD, la fabrication de copies de films ou les brevets, qui représentent près de 30% du chiffre d‘affaires mais 70% de la génération du free cash flow.

En revanche, le réseau publicitaire PRN, Screenvision (film publicitaire) et Smartvision/Cirpack (équipements télécoms) pourraient figurer en bonne place sur la liste des cessions.

Ces divisions, qui comptent pour à peu près 8% des ventes, n‘ont pas encore apporté les synergies escomptées.

PRN pourrait rapporter environ 285 millions d‘euros, Screenvision 90 millions et Smartvision/Cirpack 110 millions, selon Natixis.

ITV, qui détient la moitié de Screenvision, pourrait être acheteur. D‘autres, comme Antena 3, pourraient tout aussi bien être intéressés.

Ericsson, Nokia et Nortel pourraient quant à eux vouloir reprendre les équipements télécoms.

Cependant, des décisions plus radicales pourraient s‘avérer nécessaires si l‘endettement et les pertes n’étaient pas endigués.

Il pourrait s‘agir d‘une fusion avec un autre groupe, avec les activités mobiles et réseaux de Motorola ou d‘une scission du groupe, une option qui a jusqu‘ici toujours été rejetée par Thomson.

CA Cheuvreux évoque notamment, dans une note, la vente de la division “produits d‘accès”, qu‘il valorise à 829 millions d‘euros sur la base de multiples 2008. La division, qui fabrique des décodeurs, pourrait intéresser Motorola ou Sagem Communications.

Les activités d’équipements vidéo professionnels, valorisées à 683 millions d‘euros, pourraient quant à elles intéresser Sony, Panasonic, Avid ou Harris.

Thomson assure pouvoir remplir les clauses attachées à ses emprunts (covenants) et a affirmé, la semaine dernière, qu‘il verserait le prochain coupon de ses 500 millions d‘euros d‘emprunts perpétuels le 25 septembre.

“La situation financière est tendue. La question c‘est de savoir s‘il va y avoir une charge de dépréciation de goodwill (...) si oui, ça peut forcer le break-up”, note un analyste.

Pour Cheuvreux, seul un démantèlement par un fonds de private equity peut apporter plus de valeur aux actionnaires.

Dominique Vidalon, version française Pascale Denis, édité par Jean-Michel Bélot

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below