October 19, 2016 / 5:12 PM / 9 months ago

Les banques européennes en retard dans la course à la blockchain

7 MINUTES DE LECTURE

La technologie des chaînes de blocs, ou blockchain, visait initialement à se passer des banques. Ironie du progrès, les banques d'investissement sont désormais lancées dans une course mondiale pour en tirer profit, course dans laquelle les banques européennes risquent de se retrouver à la traîne de leurs concurrentes américaines. /Photo d’archives/Sigtryggur Ari

LONDRES (Reuters) - La technologie des chaînes de blocs, ou blockchain, visait initialement à se passer des banques. Ironie du progrès, les banques d'investissement sont désormais lancées dans une course mondiale pour en tirer profit, course dans laquelle les banques européennes risquent de se retrouver à la traîne de leurs concurrentes américaines.

De ses origines plutôt anarchiques comme support technologique, il y a huit ans, du bitcoin, la plus connue des monnaies numériques, la blockchain a été conçue pour rendre possible l'exécution et le règlement de transactions financières sans l'intervention d'un tiers de confiance.

Elle représente donc un défi de taille pour le secteur bancaire, qui a choisi de l'affronter de front plutôt que de l'ignorer. Les banques s'en sont même saisies à bras-le-corps et 80% d'entre elles devraient avoir lancé des initiatives dans ce domaine d'ici 2017, selon le Forum économique mondial.

Pour toutes les banques , la blockchain - fondée sur la création d'un registre numérisé unique des transactions validées, partagé entre tous les participants d'un réseau - représente un espoir de parvenir à élaborer de nouveaux modèles économiques à même de générer des revenus additionnels tout en réduisant le coût des transactions et en comprimant les délais de règlement, dans le financement du commerce international par exemple.

Mais cette démarche risque de souligner le déséquilibre persistant entre les banques d'investissement américaines, qui ont su se restructurer et se recapitaliser rapidement après la crise financière, et les européennes, qui peinent encore à faire des économies et à renforcer leur bilan.

"Les banques européennes sont concentrées sur les coûts alors que les banques américaines comme Goldman Sachs et JPMorgan cherchent plutôt à générer de nouveaux revenus, parce qu'elles évoluent dans un environnement de marché différent", explique Simon Taylor, précédemment en charge de la blockchain chez Barclays et co-fondateur du cabinet de consultants sur les fintech 11:FS.

Pour lui, la différence d'approche entre banques ne se mesure pas seulement aux montants investis mais aussi dans le comportement des unes et des autres au sein des différents consortiums cherchant à promouvoir des standards communs, les banques européennes optant pour une approche plus collaborative et moins offensive que les américaines, qui privilégient leurs propres produits.

Si des banques américaines comme Goldman Sachs, JPMorgan, Wells Fargo ou Bank of America ont déposé des dizaines de brevets pour de nouveaux produits fondés sur la technologie blockchain, une seule banque européenne, la suisse UBS, en a fait autant.

ruée Vers L'or

Parmi les banques européennes, UBS et Barclays sont considérées comme les plus innovantes.

"Il y a une pression constante pour répondre aux attentes", a dit Alex Batlin, en charge de la blockchain chez UBS mais en passe de rejoindre BNY Mellon, peu active dans ce domaine jusqu'au lancement récent de 37 appels à candidature sur Blocktribe.com, un site internet d'offres d'emplois dédié à la blockchain.

"J'ai toujours considéré cela un peu comme l'expédition de Christophe Colomb: on part chercher de l'or, on ne sait pas vraiment ce qui va se passer mais si on découvre quelque chose, ça peut être quelque chose d'énorme, donc ça vaut le coup d'investir", a dit Batlin.

Aucune des banques interrogées par Reuters n'a souhaité dévoiler le montant de ses investissements dans la blockchain mais le Forum économique mondial estime qu'environ 1,5 milliard de dollars (1,4 milliard d'euros) ont déjà été consacrés à cette technologie, un montant qui ne prend pas seulement en compte les efforts consentis par les banques mais aussi ceux de sociétés de hautes technologie et d'autres investisseurs.

Adam Ludwin, directeur général de Chain, une start-up de la blockchain installée à San Francisco qui travaille avec Citi et le Nasdaq, estime qu'il serait stupide pour les banques d'investir des centaines de millions de dollars dans une technologie qui est encore en phase expérimentale.

"Vous pouvez dépenser des dizaines de millions de dollars mais vous feriez fausse route en investissant des centaines de millions dès maintenant", a-t-il dit. "Le principe en matière d'innovation et de développement logiciel est d'investir progressivement. Il s'agit moins de puissance financière que de surveiller ce qui se passe."

L'avenir Est à La Technologie

S’il est une banque d’investissement particulièrement en pointe dans le domaine de la blockchain , c'est bien Goldman Sachs.

Cette institution américaine a une tradition de développement en interne de plates-formes de négociation qu'elle met ensuite sur le marché, mais aussi une longue expérience d'investissement dans les start-up. Elle a récemment déposé un brevet pour une application transactionnelle sur les devises reposant sur la technologie blockchain.

"Il y a un certain nombre de banques - et Goldman Sachs est la première d'entre elles - qui reconnaissent que l'avenir de la banque passe de plus en plus par la technologie", a dit Charley Cooper, directeur général du consortium R3 Blockchain, qui réunit les plus grands noms de la finance internationale.

Tout empêtrées qu'elles soient dans leurs difficultés, les banques européennes essaient quand même de faire bonne figure.

Le groupe néerlandais ING, qui a annoncé ce mois-ci 7.000 suppressions de postes, a aussi dit qu'il allait consacrer 800 millions d'euros à des investissements dans le numérique.

Le mois dernier, Deutsche Bank a annoncé que son "usine numérique" compterait 800 collaborateurs d'ici 2008, un projet détaillé le jour même de la chute de son action à un plus bas de 30 ans, en raison de la menace d'une lourde amende que lui infligeraient les autorités américaines.

"Nous disons à nos clients qu'ils seraient vraiment stupides de ne pas expérimenter (la technologie blockchain)", a déclaré Bob Contri, en charge du département services financiers du cabinet de consultants Deloitte. "Si vous n'êtes pas dans le coup et que vous ne faites pas d'expériences, vous risquez d'être distancé", a-t-il prévenu.

Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand

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