Les banques européennes en retard dans la course à la blockchain

mercredi 19 octobre 2016 19h08
 

par Jemima Kelly et Anjuli Davies

LONDRES (Reuters) - La technologie des chaînes de blocs, ou blockchain, visait initialement à se passer des banques. Ironie du progrès, les banques d'investissement sont désormais lancées dans une course mondiale pour en tirer profit, course dans laquelle les banques européennes risquent de se retrouver à la traîne de leurs concurrentes américaines.

De ses origines plutôt anarchiques comme support technologique, il y a huit ans, du bitcoin, la plus connue des monnaies numériques, la blockchain a été conçue pour rendre possible l'exécution et le règlement de transactions financières sans l'intervention d'un tiers de confiance.

Elle représente donc un défi de taille pour le secteur bancaire, qui a choisi de l'affronter de front plutôt que de l'ignorer. Les banques s'en sont même saisies à bras-le-corps et 80% d'entre elles devraient avoir lancé des initiatives dans ce domaine d'ici 2017, selon le Forum économique mondial.

Pour toutes les banques , la blockchain - fondée sur la création d'un registre numérisé unique des transactions validées, partagé entre tous les participants d'un réseau - représente un espoir de parvenir à élaborer de nouveaux modèles économiques à même de générer des revenus additionnels tout en réduisant le coût des transactions et en comprimant les délais de règlement, dans le financement du commerce international par exemple.

Mais cette démarche risque de souligner le déséquilibre persistant entre les banques d'investissement américaines, qui ont su se restructurer et se recapitaliser rapidement après la crise financière, et les européennes, qui peinent encore à faire des économies et à renforcer leur bilan.

"Les banques européennes sont concentrées sur les coûts alors que les banques américaines comme Goldman Sachs et JPMorgan cherchent plutôt à générer de nouveaux revenus, parce qu'elles évoluent dans un environnement de marché différent", explique Simon Taylor, précédemment en charge de la blockchain chez Barclays et co-fondateur du cabinet de consultants sur les fintech 11:FS.

Pour lui, la différence d'approche entre banques ne se mesure pas seulement aux montants investis mais aussi dans le comportement des unes et des autres au sein des différents consortiums cherchant à promouvoir des standards communs, les banques européennes optant pour une approche plus collaborative et moins offensive que les américaines, qui privilégient leurs propres produits.

Si des banques américaines comme Goldman Sachs, JPMorgan, Wells Fargo ou Bank of America ont déposé des dizaines de brevets pour de nouveaux produits fondés sur la technologie blockchain, une seule banque européenne, la suisse UBS, en a fait autant.   Suite...

 
La technologie des chaînes de blocs, ou blockchain, visait initialement à se passer des banques. Ironie du progrès, les banques d'investissement sont désormais lancées dans une course mondiale pour en tirer profit, course dans laquelle les banques européennes risquent de se retrouver à la traîne de leurs concurrentes américaines. /Photo d’archives/REUTERS/Sigtryggur Ari