Orange-Bouygues: défiance, petits calculs et grandes manoeuvres

lundi 4 avril 2016 12h58
 

par Mathieu Rosemain et Sophie Sassard

PARIS/LONDRES (Reuters) - Lorsque le Premier ministre Manuel Valls a appelé Martin Bouygues jeudi pour tenter de sauver les négociations en vue d'un rachat de Bouygues Telecom par Orange, il était déjà trop tard.

Le puissant dirigeant du groupe de BTP, de construction et de médias avait déjà pris sa décision : il ne vendrait pas l'opérateur télécoms qu'il a créé en 1994 à l'ancien monopole.

Fin novembre pourtant, c'est Martin Bouygues qui est allé trouver le numéro un d'Orange Stéphane Richard pour discuter mariage, la troisième tentative en deux ans de réduire le nombre d'acteurs sur un marché français des télécoms éprouvé par la guerre des prix déclenchée par l'arrivée de Free (Iliad) dans le mobile.

"C'est probablement en raison de ce premier pas qu'ils ont tous tenté de le dépecer", estime une source proche d'Orange, à l'intersection de l'ensemble des négociations qui ont aussi impliqué les opérateurs concurrents Free et SFR, candidats au rachat d'actifs de Bouygues Telecom, et l'Etat français, premier actionnaire d'Orange avec 23% du capital.

Candidate au rachat de SFR en 2014 avant de devenir la cible du même SFR un an plus tard, la filiale télécoms de Bouygues, déficitaire, était pour la première fois officiellement à vendre en 2016. Certains, dont le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, en ont conclu que Martin Bouygues était dos au mur, ont rapporté plusieurs sources.

La réunion qui s'est tenue le jeudi 24 mars au ministère de l'Economie entre le jeune ministre de 38 ans et le PDG milliardaire de 63 ans marquera une rupture dans les négociations entamées trois mois plus tôt.

La figure du CAC 40 s'est sentie humiliée par l'attitude et les exigences de l'ancien banquier d'affaires de Rothschild & Cie, ce même établissement qui accompagne Bouygues de longue date.

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Lorsque le Premier ministre a appelé Martin Bouygues jeudi pour tenter de sauver les négociations en vue d'un rachat de Bouygues Telecom par Orange, il était déjà trop tard. Le puissant dirigeant du groupe de BTP s'est senti humilié et  avait déjà pris sa décision. L'échec de cette opération est un coup dur pour tous les opérateurs, dont les cours ont dévissé lundi matin, effaçant l'équivalent de 10 milliards d'euros de capitalisation boursière, soit le montant prévu pour l'opération. /Photo prise le 1er avril 2016/REUTERS/Eric Gaillard