24 février 2016 / 14:36 / il y a 2 ans

Inquiétudes sur l'usage des fréquences libres proches du Wifi

BARCELONE (Reuters) - La décision des opérateurs télécoms d‘utiliser le spectre de fréquences libres situées sur la même bande passante que les réseaux Wifi suscite des inquiétudes sur les risques d‘interférences avec les appareils domestiques connectés.

La décision des opérateurs télécoms d'utiliser le spectre de fréquences libres situées sur la même bande passante que les réseaux Wifi suscite des inquiétudes sur les risques d'interférences avec les appareils domestiques connectés. Le LTE-U est une bande de fréquence libre des 5 GHz également utilisée par les réseaux Wifi, peut être un moyen économique de répondre à l'explosion du trafic des données, en particulier dans la couverture intérieure des bâtiments. /Photo prise le 24 février 2016/REUTERS/Albert Gea

Pour les opérateurs, qui ont dépensé des milliards d‘euros pour acquérir les fréquences 4G LTE sous licence, utiliser le LTE-U, une bande de fréquence libre des 5 GHz également utilisée par les réseaux Wifi, peut être un moyen économique de répondre à l‘explosion du trafic des données, en particulier dans la couverture intérieure des bâtiments.

“C‘est un peu le Far West en ce moment”, a déclaré Todd Mersch, co-fondateur de XCellAir, une start-up spécialisée dans l‘usage du Wifi, à l‘occasion du salon Mobile World Congress qui se tient cette semaine à Barcelone.

“N‘importe qui peut l‘utiliser (le LTE-U) et les paramètres changent beaucoup plus rapidement que lorsqu‘on utilise le spectre sous licence”,

Selon lui, le risque d‘interférence peut être cependant évité car seulement environ 15% du spectre Wifi de la bande des 5 Ghz est actuellement utilisé.

La technologie pour utiliser le spectre Wifi dans le cadre d‘un usage mobile à grande échelle est toutefois loin d‘être au point mais des experts du secteur prévoient son déploiement dans moins de deux ans.

L‘opérateur télécoms américain Verizon mène actuellement des tests avec le fabricant de semi-conducteurs Qualcomm. L‘an dernier, l‘opérateur télécoms allemand Deutsche Telekom a également fait un essai dans la ville de Nuremberg.

Selon Deutsche Telekom, ce test n‘a montré aucune interférence en utilisant la technologie connue sous le nom de LTE-Licence Assisted Access (LAA).

“Ce serait insensé de créer quelque chose de nouveau qui finisse par être un handicap pour les autres, non?”, relève Bruno Jacobfeuerborn, directeur technique chez Deutsche Telekom.

APPAREILS PERTURBÉS

Mais en cas d‘interférence, le problème peut aller au-delà de la coupure de connexion, observe Todd Mersch de XCellAir, faisant référence à un incident rencontré dans le cadre de son propre travail sur les signaux Wifi.

“Les interférences amènent le système de sécurité à accroître la consommation électrique de chacun des capteurs situés au niveau des fenêtres et des portes”, dit-il.

“Les batteries se déchargent plus rapidement, si bien que les clients reçoivent constamment de fausses alertes et alarmes batterie.”

Au tout début du Wifi, les consommateurs étaient déjà confrontés à ce genre de problèmes avec notamment les micro-ondes qui perturbaient les “babyphones”, les téléphones sans fil et même certains appareils Bluetooth d‘ancienne génération.

En ce temps là, la diffusion d‘une vidéo en ligne pouvait être interrompue simplement avec la sonnerie d‘un téléphone sans fil.

Nest, le fabricant d‘appareils domotiques racheté par Google, filiale d‘Alphabet, met encore actuellement en garde ses clients sur les risques d‘interférences liées aux micro-ondes et d‘autres appareils avec ses systèmes de détection d‘incendie ou de thermostat.

Pour l‘Electronic Frontier Foundation, une organisation américaine non gouvernementale, personne ne sait si le LTE-U et le Wifi peuvent coexister dans un déploiement à grande échelle.

Dans un livre blanc adressé l‘an dernier à la Commission fédérale des communications américaine (FCC), Google a exprimé ses inquiétudes sur le LTE-U.

“Les détenteurs de spectre sous licence ne devraient pas être en mesure de convertir la bande sans licence de 5 GHz dans une bande de spectre sous licence de facto, et ils ne devraient certainement pas avoir la capacité d‘éjecter les autres utilisateurs sans licence”, avait fait valoir Google.

Cependant avec un trafic mondial mensuel qui devrait atteindre 30,6 exaoctets (30,6 millions de téraoctets) d‘ici 2020, les opérateurs télécoms cherchent désespérément le moyen de satisfaire la demande sans pour autant investir davantage.

Le trafic mobile a augmenté de 74% en 2015 à 3,7 exaoctets par mois à la fin de l‘an dernier, contre 2,1 exaoctets par mois fin 2014, selon les données de Cisco.

Avec Eric Auchard and Peter Maushagen; Claude Chendjou pour le service français, édité par Véronique Tison

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