27 février 2015 / 17:43 / il y a 2 ans

Les géants européens des télécoms reprennent du poil de la bête

Les géants européens des télécoms se sont refait une santé financière après plusieurs années de résultats médiocres et de pressions réglementaires, séduisant des légions de nouveaux investisseurs au grand dam de leurs concurrents qui craignent la reconstitution de monopoles. /Photo d'archives/Alessandro Bianchi

PARIS (Reuters) - Les géants européens des télécoms se sont refait une santé financière après plusieurs années de résultats médiocres et de pressions réglementaires, séduisant des légions de nouveaux investisseurs au grand dam de leurs concurrents qui craignent la reconstitution de monopoles.

L'allemand Deutsche Telekom et l'espagnol Telefonica anticipent une hausse des chiffres d'affaires cette année tandis que le français Orange et le norvégien Telenor ont laissé miroiter des augmentations futures de dividendes, une motivation majeure pour les investisseurs dans ce secteur.

Cette renaissance des opérateurs historiques constitue un retournement majeur après cinq années de baisses répétées du chiffre d'affaires sous le coup de mesures réglementaires et de la concurrence d'acteurs du câble comme Liberty Global ou à bas coûts comme le français Iliad.

Plusieurs dirigeants attribuent ce redressement à l'essor de la technologie 4G dans le mobile et à l'attitude plus souple des autorités de régulation en matière de fusions-acquisitions.

Le directeur général de Deutsche Telekom, Tim Hoettges, attribue quant à lui le retour en force des anciens monopoles d'Etat au succès des offres associant téléphonie fixe, mobile, internet et télévision.

"C'est la convergence qui porte les historiques", a déclaré le dirigeant jeudi.

Pour la première fois en huit ans, ces opérateurs ont gagné des parts de marché dans le haut débit entre janvier et juillet 2014, selon des chiffres de la Commission européenne, surpassant la concurrence en mettant en avant la vitesse de leurs réseaux.

L'indice des télécoms européens affiche un bond de 15% depuis le début de l'année après une hausse de 7,5% l'an dernier.

Par voie de conséquence, l'écart autrefois béant de valorisation entre les opérateurs télécoms européens et leurs pairs américains s'est renversé. Le secteur européen se traite désormais à 19,3 fois le ratio cours sur bénéfices contre 14 fois pour leurs homologues européens comme AT&T et Verizon.

LA RÉGULATION S'ASSOUPLIT

Après la récession de ces dernières années, le nouveau président de la Commission, Jean-Claude Juncker, veut soutenir la croissance en encourageant notamment les opérateurs à investir dans les infrastructures très haut débit.

Pour les y inciter, Bruxelles a décidé que les acteurs qui construisent des réseaux de fibre à grande vitesse pourront pratiquer des prix de marché vis-à-vis de leurs concurrents souhaitant les emprunter au lieu des prix régulés instaurés dans les années 1990.

"Certains opérateurs peuvent user de leur réseau comme d'une forteresse", a dit jeudi le patron de Vodafone, Vittorio Colao. "Nous ne pouvons nous permettre une remonopolisation de l'Europe".

Cela étant, le renforcement des positions des poids lourds signifie-t-il forcément une hausse des prix pour le consommateur? Pour les responsables des grands groupes augmenter les tarifs de façon généralisée ne va pas de soi et il vaut mieux se concentrer sur les consommateurs les plus fortunés pour leur vendre de plus gros paquets de données mobiles ou du haut débit maximal, deux éléments qui génèrent plus de revenus.

Banquiers et professionnels prédisent plus de fusions- acquisitions en Europe et même peut-être transfrontalières.

"Certains tels Deutsche Telekom, Telenor, Teliasonera en viendront à consolider le marché en dehors de leur territoire national", a expliqué un banquier.

Il ajoute toutefois que les intervenants tels qu'Altice, Hutchison ou encore Xavier Niel, le fondateur d'Iliad, sont mieux placés pour faire leur marché.

Bruno Grandsard, d'Axa Investments Managers, dit qu'il y a encore du potentiel haussier pour le secteur des télécoms européen en raison de rendements intéressants en période de taux d'intérêt bas. "La baisse continue de la rentabilité, c'est fini; on peut commencer à rêver de croissance future et l'histoire des M&A n'est pas encore achevée", dit-il.

Avec Sophie Sassard, Gwénaëlle Barzic et Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Matthias Blamont

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