May 19, 2014 / 3:04 PM / 3 years ago

Cinq militaires chinois inculpés de cyberespionnage aux USA

4 MINUTES DE LECTURE

Un grand jury américain a inculpé lundi cinq membres de l'armée chinoise pour cyberespionnage à l'encontre de plusieurs entreprises américaines impliquées dans les secteurs du nucléaire, des métaux et de l'énergie solaire. C'est la première fois que la justice américaine engage ainsi des poursuites contre la Chine pour cyberespionnage. /Photo d'archives/Régis Duvignau

WASHINGTON (Reuters) - Un grand jury américain a inculpé lundi cinq membres de l'armée chinoise pour cyberespionnage à l'encontre de plusieurs entreprises américaines impliquées dans les secteurs du nucléaire, des métaux et de l'énergie solaire, a annoncé le ministère de la Justice.

C'est la première fois que la justice américaine accuse publiquement la Chine de cyberespionnage.

Pékin a réagi en dénonçant des accusations fabriquées et en annonçant la suspension d'un groupe de travail sino-américain consacré à internet.

Le ministère des Affaires étrangères a fait savoir que la Chine avait émis une protestation auprès des Etats-Unis et dénoncé des "prétendues poursuites" qui nuiront à la coopération et à la confiance mutuelle entre la Chine et les Etats-Unis.

"La position du gouvernement chinois sur la question de la sécurité d'internet est cohérente et claire", lit-on dans un communiqué du ministère, qui exhorte les Etats-Unis à "une rectification immédiate".

"La Chine est un farouche défenseur de la sécurité du réseau et le gouvernement chinois, les militaires et le personnel associé ne se sont jamais livrés à du vol en ligne de secrets commerciaux", ajoute le communiqué.

Malgré ces inculpations, les Etats-Unis entendent maintenir "une relation productive" avec la Chine, a dit le porte-parole de la Maison blanche Jay Carney. Washington veut travailler avec Pékin pour mettre fin aux atteintes à la cybersécurité, a-t-il ajouté.

Les hackers de l'Armée populaire de libération (APL), dit l'acte d'inculpation, ont conspiré pour voler des secrets commerciaux susceptibles d'être utilisés par des concurrents chinois de ces entreprises, y compris des groupes publics chinois.

Six entreprises américaines dont United States Steel Corp, Alcoa et Allegheny Technologies, ainsi qu'un syndicat, ont été victimes de ces cyberattaques, selon les autorités américaines.

"Message Fort"

La décision américaine laisse entendre que le ministère de la Justice "a des preuves flagrantes et qu'il désire présenter ces éléments à un tribunal", estime Franck Cilluffo, directeur de l'institut de politique de sécurité intérieure à l'Université George Washington.

Les Etats-Unis, eux-mêmes mis en cause l'an dernier par les révélations sur le vaste espionnage pratiqué par la National Security Agency (NSA), s'inquiètent depuis longtemps des activités de cyberespionnage en provenance de l'étranger, en particulier de Chine.

Dans un câble diplomatique de 2009 divulgué par le site WikiLeaks, ils imputaient l'origine d'attaques informatiques à une unité spéciale de l'APL.

De telles charges sont avant tout symboliques mais pourraient empêcher les individus inculpés de voyager en territoire américain ou dans les pays ayant un accord d'extradition avec les Etats-Unis.

"Cela envoie un message fort aux Chinois", juge James Lewis, du Center for Strategic and International Studies de Washington. D'autres experts jugent que cela n'aura guère d'effet.

Un responsable du FBI a dit la semaine dernière qu'il fallait s'attendre à de nombreuses inculpations ou arrestations dans des affaires de cybersécurité au cours des prochaines semaines.

Europol a parallèlement annoncé lundi que plus de 80 utilisateurs du logiciel espion "Blackshades" avaient été arrêtés dans 16 pays lors d'une opération menée à la mi-mai après l'interpellation de ses concepteurs aux Etats-Unis.

Dimanche, un haut responsable chinois chargé d'internet a souhaité le renforcement de la cybersécurité dans le pays contre des "forces hostiles à l'étranger".

Avec Jeff Mason et Steve Holland, Jean-Stéphane Brosse et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Guy Kerivel

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