8 mars 2008 / 15:27 / il y a 9 ans

Un accord Microsoft-Yahoo affaiblirait Google en Asie

par Mayumi Negishi et Sophie Taylor

TOKYO/SHANGHAI (Reuters) - Si l'offre de Microsoft sur Yahoo venait à être couronnée de succès, elle pourrait sérieusement ralentir la croissance de leur rival Google en Asie, où le premier moteur de recherche mondial est toujours à la traîne derrière ses concurrents locaux.

Pour Microsoft, dont le portail MSN bataille dur pour gagner des parts de marché sur le continent asiatique, un tel accord, évalué à 41 milliards de dollars, créerait des opportunités pour coopérer avec le premier site chinois de commerce en ligne Alibaba.com et avec le premier moteur de recherche japonais Yahoo Japan.

Yahoo et Microsoft sont dans l'expectative après le rejet par le conseil d'administration de Yahoo d'une offre de Microsoft de rachat de chaque titre du portail et moteur de recherche pour 31 dollars payables en liquide et en actions, estimant que celle-ci sous-estimait la valeur du groupe.

Si finalement l'accord était signé, Microsoft pourrait prendre une longueur d'avance sur Google grâce à la coopération avec Alibaba et Yahoo Japan, dans lesquels Yahoo détient respectivement 39% et un tiers du capital.

"Si j'étais Google, je commencerais à m'intéresser à des acquisitions ou à des rapprochements en Asie pour m'assurer une meilleure part de marché", estime Hiroshi Naya, analyste pour la cabinet japonais Ichiyoshi Research Institute.

Au Japon, le nombre d'utilisateurs de Google représente environ deux-tiers de ceux de Yahoo, selon Nielsen Online, tandis qu'en Chine, le moteur se classe loin derrière son concurrent local Baidu.com, qui monopolise pas moins de deux-tiers du marché chinois.

Les analystes estiment néanmoins qu'un grosse inconnue demeure quant à la capacité de Microsoft d'apprendre de Yahoo et de s'adapter aux marchés locaux pour permettre à un groupe fusionné Microsoft-Yahoo de se développer en Asie et d'empêcher Google de s'y imposer.

LES PLUS DE YAHOO

"La principale préoccupation est de savoir si Microsoft respectera ou pas la culture d'entreprise de Yahoo Japan, très particulière, où s'il cherchera à lui imprimer sa marque", a dit sous couvert d'anonymat un responsable de l'opérateur mobile japonais Softbank.

Softbank détient 41% de Yahoo Japan, 3,9% du groupe Yahoo et 33% d'Alibaba.

S'il est bien connu que les marques locales doivent savoir s'adapter pour rencontrer le succès dans d'autres pays ou régions du monde, ceci est particulièrement vrai en Asie, où les barrières linguistiques et culturelles sont encore plus prononcées qu'ailleurs.

"Les modèles économiques doivent être modifiés pour s'adapter aux besoins locaux", affirme Robin Li, directeur général de Baidu.

"Les détails comptent et il faut du temps pour faire disparaître certaines aspérités", a-t-il dit en marge d'une conférence de lancement du moteur de recherche chinois au Japon, en janvier.

Grâce à une arrivée précoce sur le marché japonais, Yahoo Japan et Alibaba ont eu le temps d'établir et de cultiver des liens solides avec leurs usagers.

Mais, au-delà du fait de développer sa présence sur internet en Asie, Microsoft pourrait également s'allier à Alibaba dans le domaine de la publicité et du commerce en ligne, bénéficiant ainsi de la large clientèle du groupe chinois, affirme Liu Bin, analyste pour le cabinet chinois BDA.

"L'un des scénarios les plus probables serait d'utiliser la plate-forme MSN ainsi que MSN Live pour des campagnes de publicité pour Alibaba", a-t-il dit.

Enfin, la filiale de logiciels d'Alibaba, Alisoft, offre également une suite bureautique en ligne qui viendrait à la fois renforcer Microsoft sur un terrain sur lequel la firme de Redmond brille par son absence et concurrencer le service similaire développé avec succès par Google.

DES RISQUES DEMEURENT

De telles synergies pourraient cependant en rester au stade des hypothèses si le gouvernement chinois, qui redoute que Microsoft ne s'empare d'Alibaba, pose ses conditions au transfert de la participation dans ce dernier, notamment en limitant le nombre d'étrangers admis au conseil d'administration.

Par ailleurs, les succès de Yahoo Japan et d'Alibaba sur leurs marchés locaux respectifs ne leur garantit pas les lauriers dans les autres pays de la région, sur lesquels ils sont de nouveaux venus.

Yahoo Japan, qui est également fournisseur d'accès à internet à haut débit, devra s'employer pour reproduire son modèle à l'échelle du continent alors qu'il est en toujours à rechercher des synergies entre ses activités. De son côté, le modèle économique d'Alibaba est adapté aux industriels chinois, de l'avis des analystes.

"La dynamique n'est pas forcément la même lorsque l'on sort des frontières chinoises. Ils n'auront pas vraiment cette taille qui fait leur force à l'heure actuelle sur leur marché domestique", affirme Claus Mortensen, analyste chez Emerging Technologies Research, la branche d'IDC sur la région Asie-Pacifique.

Mais l'argent frais et les armées de chercheurs de Microsoft représentent un attrait très fort pour Softbank, qui manque de liquidités, et pour Yahoo Japan, qui n'aurait rien contre le fait de solidifier encore sa position dominante.

Ce dernier est certes méfiant vis-à-vis de Microsoft, mais il n'oublie pas qu'il pourrait tirer grand profit de la taille du géant mondial de l'informatique pour réduire ses coûts en matière de marketing et rendre plus rapide son moteur de recherche.

En face, Google ne devrait pas rester les bras croisés et pourrait profiter d'une bataille entre Microsoft et Yahoo pour distancer ses rivaux.

Il a déjà développé plusieurs collaborations en Asie, notamment avec les deux principaux opérateurs mobiles japonais, NTT DoCoMo et KDDI Corp, et a pris des participations dans Xunlei Networking, un site de téléchargement, et dans Tianya.cn, un site de réseaux sociaux. Google a également un partenariat avec le portail Sina.

Les analystes estiment que le site japonais de réseaux sociaux Mixi et des agences de marketing en ligne pourraient également être dans le viseur du moteur de recherche.

"Google est un sacré concurrent. La menace commune, c'est Google. Je le dis avec beaucoup de respect", a averti en février le président de Softbank Masayoshi Son.

Version française Julien Toyer

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