4 février 2008 / 14:23 / il y a 10 ans

A force de manquer ses cibles, Yahoo en est devenu une

<p>La br&egrave;ve histoire de Yahoo, l'un des pionniers de l'internet grand public, est jalonn&eacute;e d'erreurs strat&eacute;giques qui lui laissent peu de marge de manoeuvres face &agrave; l'offre d'achat de pr&egrave;s de 45 milliards de dollars (30 milliards d'euros) pr&eacute;sent&eacute;e vendredi par Microsoft. /Photo prise le 9 janvier 2007/Steve Marcus</p>

par Eric Auchard

SAN FRANCISCO (Reuters) - La brève histoire de Yahoo, l'un des pionniers de l'internet grand public, est jalonnée d'erreurs stratégiques qui lui laissent peu de marge de manoeuvres face à l'offre d'achat de près de 45 milliards de dollars (30 milliards d'euros) présentée vendredi par Microsoft.

Depuis sa création il y a 14 ans, Yahoo, alors l'un des premiers grands annuaires de sites du Web, a cherché à se développer dans des dizaines d'activités différentes, du courrier électronique à la publicité professionnelle.

Mais nombre de ces projets n'ont pas abouti et le groupe n'a pas su se démarquer du modèle des "portails", rapidement devenu obsolète.

Certains l'ont déjà oublié, mais Yahoo a été l'un des premiers grands d'internet à se lancer dans les sites communautaires, popularisés depuis par MySpace et Facebook, ces réseaux qui permettent aux internautes de correspondre et de partager textes, musique et vidéo avec des proches ou des inconnus du monde entier.

Yahoo a souvent promis de changer, sans toujours tenir parole. Et le groupe se trouve aujourd'hui confronté à un choix cornélien: se laisser avaler par Microsoft ou demander la protection de Google.

Cette situation est en partie l'héritage laissé par son ancien patron Terry Semel qui, entre 2001 et la mi-2007, a conduit la "résurrection" du groupe après l'éclatement de la bulle internet, principalement en le développant sur le marché publicitaire. Mais la diversification dans le divertissement a été nettement moins réussie, au point que Yahoo supprime aujourd'hui des emplois, tandis que Google recrute.

"Yahoo se trouve acculé parce qu'il a laissé passer des acquisitions incontournables", estime Jordan Rohan, analyste de RBC. "Il a eu l'occasion d'acheter Google mais il ne l'a pas fait; il aurait pu acheter Facebook pour quelques milliards de dollars à peine et il ne l'a pas fait."

Microsoft ne se prive pas de souligner ces faiblesses: dans une lettre au conseil d'administration de sa cible, le directeur général de Microsoft, Steve Ballmer, explique que Semel a rejeté il y a un an une première proposition de rapprochement en arguant de ses projets de réformes et du potentiel de la nouvelle offre publicitaire de Yahoo, baptisée Panama, susceptible selon lui de rivaliser avec Google.

"Un an s'est écoulé depuis et la situation concurrentielle ne s'est pas améliorée", conclut Ballmer.

<p>YAHOO POURRAIT S'ALLIER &Agrave; GOOGLE</p>

L'OMBRE DE LUI-MÊME

Semel se voit aussi reprocher d'avoir laissé la direction de Yahoo se disperser, tant géographiquement - dans la Silicon Valley, à New York, à Los Angeles et dans des coentreprises - que stratégiquement.

Une note interne adressée aux cadres de Yahoo en novembre 2006 avait plaidé pour une importante réorganisation et pour la suppression de 20% des effectifs afin d'améliorer la compétitivité de l'entreprise.

L'an dernier, les retards accumulés par plusieurs projets importants et le départ de certains dirigeants, comme l'ancien directeur général adjoint Dan Rosensweig et le patron de la recherche, Zod Nazen, ont conduit Semel à abandonner ses fonctions de DG en juin pour laisser son fauteuil à l'un des deux fondateurs, Jerry Yang.

Ce dernier a rapidement lancé un plan de reconquête en 100 jours en assurant qu'il n'y avait pas de "vaches sacrées". Mais si elle a abouti à la fermeture de certaines activités, cette promesse est loin d'avoir convaincu de la capacité de Yahoo à bâtir un nouvel empire réunissant médias et technologie. Et pour certains observateurs, le groupe de Santa Monica (Californie) n'est plus aujourd'hui que l'ombre de lui-même.

La semaine dernière, évoquant les "vents contraires" auxquels il est confronté, Yahoo a annoncé la suppression d'un millier d'emploi, soit 7% de ses effectifs.

Semel a démissionné de la présidence du conseil d'administration jeudi, le jour même où Ballmer informait Yang du projet d'offre de Microsoft.

L'éditeur de Windows assure que le rapprochement entre Yahoo et sa propre division internet aurait la taille critique pour rivaliser avec Google dans la recherche internet comme dans la publicité en ligne.

Mais "aucune entreprise ne semble être seule en mesure de constituer une menace sérieuse pour Google", estime Jordan Rohan. "Un ensemble Yahoo-Microsoft devrait encore résoudre ce problème."

De fait, les activités internet de Microsoft n'ont pas dégagé le moindre profit depuis deux ans et le nouveau moteur de recherche développé par le groupe de Bill Gates n'a pas remis en cause la suprématie de Google.

Version française Marc Angrand

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below