12 juin 2008 / 06:48 / dans 9 ans

AT&T a-t-il fait une mauvaise affaire sur l'iPhone d'Apple ?

<p>Steve Jobs pr&eacute;sente le nouvel iPhone d'Apple. Les analystes estiment que la d&eacute;cision d'AT&amp;T de subventionner la vente de l'iPhone 3G va tr&egrave;s certainement faire grossir la client&egrave;le du premier op&eacute;rateur am&eacute;ricain et doper ses revenus mais qu'en retour, AT&amp;T para&icirc;t avoir pris dans cette affaire un risque bien plus grand qu'Apple. /Photo prise le 9 juin 2008/REUTERS/Kimberly White</p>

par Sinead Carew

NEW YORK (Reuters) - Apple a-t-il récidivé ? Après avoir dicté ses tarifs de vente pour la musique en ligne davantage en fonction de son agenda que de celui de l‘industrie du disque, le fabricant de l‘iPod vient de conclure un accord sur l‘iPhone avec l‘opérateur AT&T qui pourrait lui permettre de faire la même chose sur le marché de la téléphonie mobile.

La décision d‘AT&T de subventionner la vente du nouvel iPhone va très certainement faire grossir la clientèle du premier opérateur américain et doper ses revenus tirés des transferts de données, comme la navigation sur l‘internet mobile. Mais en retour, le groupe de téléphonie paraît prendre dans cette affaire un risque bien plus grand qu‘Apple.

La version 3G de l‘iPhone sortira sur le marché américain le 11 juillet au prix de 199 dollars (128 euros) pour le modèle à 8 gigaoctets, et 299 dollars (192 euros) pour le double de mémoire.

Au lieu de reverser à Apple une part des revenus liés aux services optionnels de transferts de données, comme c’était le cas pour la première version du combiné à la pomme, AT&T va supporter une partie du prix de vente de chaque iPhone, entre 200 et 500 dollars (entre 128 et 321 euros) selon les estimations des analystes.

AT&T a annoncé que cette subvention, conçue pour doper le volume de ventes, réduirait de 10 à 12 cents (6 à 7 centimes d‘euro) son bénéfice par action en 2008 et 2009.

Apple, d‘un autre côté, devrait voir son bénéfice baisser seulement de 3 cents par action (2 centimes d‘euro), selon certaines estimations, le groupe de Cupertino intégrant la fin de la rente mensuelle versée par AT&T.

Même si le nouvel accord, faisant augurer une augmentation du nombre de clients mobiles dans un marché en ralentissement, a été applaudi, les investisseurs ont revu à la baisse l‘action AT&T et les analystes ont dit craindre que ces réductions inhabituelles dans les bénéfices ne signalent de trop fortes concessions de la part de l‘opérateur.

“Nous pensons qu‘AT&T prend un risque plus grand que celui que lui faisait courir le précédent accord”, écrit dans une note Michael McCormack, analyste chez JPMorgan. “Nous nous demandons dans quelle mesure l‘exclusivité de la vente d‘un combiné doit justifier un impact financier aussi dramatique, alors que d‘autres opérateurs ne l‘ont pas jugé nécessaire.”

UNE PRATIQUE REPANDUE

Le fait de prendre en charge une partie du prix du combiné pour doper la demande est une pratique très répandue parmi les opérateurs américains, qui offrent parfois des téléphones gratuits en échange de contrats longue durée. Malgré tout, les investisseurs ne sont pas habitués à voir un opérateur réduire ses prévisions de bénéfices à cause de ce genre de subventions, et encore moins pour un seul modèle.

“Il est clair qu‘Apple a la haute main sur les négociations”, estime Chris King, analyste chez Stifel Nicolaus. “C‘est un gros contrecoup sur les bénéfices pour un seul produit.”

Alors que 85% des consommateurs américains possèdent déjà un téléphone, Chris King estime qu‘AT&T est plus que jamais sous pression pour attirer les clients de ses concurrents Verizon Wireless, Sprint Nextel Corp et T-Mobile USA, filiale de Deutsche Telekom. L‘opérateur Verizon Wireless est détenu par Verizon Communications et Vodafone.

“AT&T va devoir vendre beaucoup d‘iPhone pour compenser cette dispersion”, juge-t-il.

D‘autres analystes estiment que la décision de l‘opérateur leader aux Etats-Unis est le signe d‘une concurrence croissante sur le marché mobile américain, où les subventions à l‘achat sont l‘un des rares moyens d‘augmenter sa croissance.

Pour l‘analyste du Crédit Suisse Chris Larsen, cet accord est “légèrement négatif” mais nécessaire à l‘heure où les concurrents d‘AT&T courtisent eux aussi les clients qui ont le profil de l‘utilisateur moyen de l‘iPhone, capable de payer un combiné très cher et de souscrire des services optionnels payants comme les e-mails.

“Ils ont pris la bonne décision car elle leur donne une rente de situation vis-à-vis des consommateurs qui veulent des smartphones” (combinés multimédias), déclare-t-il.

Même en supposant qu‘AT&T subventionne l‘achat de chaque iPhone à hauteur de 350 dollars (225 euros), Larsen note que l‘opérateur pourrait au final dégager un bénéfice d‘environ 200 dollars (128 euros), le coût de la subvention initiale étant compensée par les revenus des services optionnels et l‘arrêt de la rente versée à Apple.

DE NOUVELLES PASSIONS ?

Selon les calculs de Larsen, AT&T aurait payé 250 dollars par iPhone en deux ans si les termes de l‘ancien contrat avaient été maintenus.

AT&T a augmenté de 20 à 30 dollars (19,3 euros) par mois le coût de ses services de transferts de données. Davantage d‘utilisateurs d‘iPhone devraient vraisemblablement souscrire un abonnement SMS coûtant 5 dollars par mois.

Ces nouveaux tarifs sont alignés sur ceux qu‘AT&T pratique déjà pour ses clients utilisateurs d‘autres smartphones, amenant peut-être certains investisseurs à demander si l‘iPhone méritait un tel traitement de faveur.

Autre problème: l‘iPhone avait donné lieu à des files d‘attentes lors de sa sortie l‘an passé, mais déclenchera-t-il les passions jusqu‘en 2010, date à laquelle AT&T espère que son nouveau modèle économique portera enfin ses fruits en termes de bénéfices ?

“Comment être sûr que la concurrence ne va pas être plus rude au cours de ces deux années ?”, demande Larsen, ajoutant que les autres fabricants de combinés tentent déjà de copier l‘iPhone.

Même si, par rapport à Apple, AT&T assume la plus forte baisse des prévisions de bénéfices, certains analystes pensent que l‘opérateur pourrait avoir fait pression pour la signature du nouvel accord, faisant un choix calculé pour augmenter le nombre de ses clients.

“Je crois que c‘est AT&T qui a amené les négociations jusqu’à cet accord. Je pense qu‘ils voulaient modifier le contrat car ils comptent profiter du volume des ventes”, juge John Hodulik, analyste chez UBS.

Hodulik a déclaré qu‘AT&T l‘avait assuré que les conséquences chiffrées des deux accords étaient similaires.

Mais il n‘est pas très rassurant pour les investisseurs de ne pas pouvoir faire eux-mêmes les calculs, AT&T n‘ayant pas détaillé les tarifs pratiqués sous l‘ancien modèle ou la somme qui sera prise en charge sur le prix de chaque iPhone.

Version française Jean Décotte

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below