16 janvier 2013 / 07:38 / il y a 5 ans

Armstrong pourrait être confronté à un casse-tête judiciaire

Lance Armstrong, à Montréal. Les aveux que le cycliste aurait faits lors d'une interview qui doit être diffusée jeudi soir par la télévision américaine ne mettent pas fin à sa chute. Armstrong étant désormais confronté à un casse-tête judiciaire. /Photo prise le 29 août 2012/Christinne Muschi

par Joseph Ax

NEW YORK (Reuters) - Les aveux que Lance Armstrong aurait faits lors d'une interview qui doit être diffusée jeudi soir par la télévision américaine ne mettent pas fin à la chute du cycliste confronté désormais à un casse-tête judiciaire sans totalement écarter l'hypothèse d'une peine de prison.

Le coureur a déjà été sanctionné sur le plan sportif: il a été radié à vie et déchu de ses sept succès dans le Tour de France entre 1999 et 2005 après la publication par l'agence américaine antidopage (Usada) d'un rapport le plaçant au centre du système de dopage le plus sophistiqué jamais organisé dans le cyclisme.

Sous la pression de ses sponsors, dont Nike, il a quitté le conseil d'administration de sa fondation Livestrong, créée après avoir vaincu un cancer des testicules en 1997.

C'est maintenant la phase judiciaire qui devrait s'ouvrir et certains experts en droit estiment que le coureur texan devrait échapper à des inculpations de parjures ou de faux témoignages.

Ce sont ces poursuites qui apparaissent comme les plus menaçantes pour le coureur qui peut s'appuyer sur les exemples de la sprinteuse Marion Jones et du joueur de base-ball Barry Bonds.

Poursuivie pour parjure et pour avoir menti à un grand jury, Marion Jones qui risquait jusqu'à cinq années d'emprisonnement avait été condamnée à six mois, une peine purgée entre mars et septembre 2008 à Fort Worth au Texas.

Le dernier témoignage sous serment au cours duquel Armstrong a nié avoir fait usage de substances prohibées pour améliorer ses performances date de 2005 lors d'une audience d'arbitrage qui devait déterminer s'il était autorisé à recevoir ses primes de course en raison des rumeurs de dopage.

Les faits sont aujourd'hui prescrits.

OBSTRUCTION

Le département américain de la Justice avait classé en 2012 une enquête de deux années sans retenir de charges contre le coureur. Il pourrait décider de rouvrir le dossier à la lumière des aveux du cycliste, bien que les spécialistes du droit doutent d'une telle possibilité.

"Après avoir témoigné sous serment et nié les accusations de dopage, les aveux d'Armstrong offrent au procureur un cas assez facile de parjure ou d'obstruction de la justice", a jugé Andrew Stoltman, avocat de Chicago.

Les choses ne sont pourtant pas tout à fait aussi simples et la véritable question est de savoir ce qu'a dit Armstrong aux agents fédéraux lors de cette enquête.

"Ne connaissant pas les détails de l'entretien, il est difficile d'extrapoler les implications de ses aveux", explique l'ancien procureur fédéral Matthew Rosengart. "Mais il est raisonnable de penser que les risques s'inscrivent dans le domaine civil plutôt que dans le domaine pénal".

Pour Stoltman, spécialisé dans la défense d'athlètes professionnels, il demeure une possibilité de voir le gouvernement envisager d'ouvrir un dossier pénal pour fraude.

Le principal danger pour Armstrong vient de l'action intentée par son ancien équipier Floyd Landis qui accuse le Texan de fraude au fisc pour avoir accepté plusieurs dizaines de millions de dollars provenant du partenariat de l'US Postal, sponsor de son ancienne équipe.

L'action a été introduite en justice suivant le False Claims Act qui permet à des particuliers d'engager des poursuites au nom du gouvernement pour un certain pourcentage des fonds récupérés.

OFFRE DE COMPENSATION

La chaîne CBS rapportait mardi qu'Armstrong a proposé aux gouvernement américain d'acquitter une compensation de cinq millions de dollars au titre d'un remboursement des primes versées par l'US Postal.

Il aurait également proposé de coopérer à titre de témoin dans une enquête mais le département de la Justice a refusé son offre, ajoute CBS.

L'autre affaire au civil est la plainte déposée par le Sunday Times qui réclame à Armstrong 500.000 dollars pour diffamation découlant d'un article dans lequel le journal londonien l'accusait de dopage.

La société SCA Promotions, installée à Dallas, pourrait elle réclamer au coureur les 7,5 millions de dollars qu'elle lui a versés au titre de primes à chacune de ses victoires dans le Tour de France.

Le département de la Justice pourrait décider de se joindre à l'un des plaignants dans ces affaires, une possibilité de plus en plus probable, estiment plusieurs médias, ce qui rendrait le combat d'Armstrong particulièrement ardu.

"La différence entre une affaire dans laquelle le gouvernement intervient et une affaire dans laquelle il est absent est gigantesque", affirme Matt Orwig, ex-procureur. "C'est une tout autre histoire".

Enfin, les sponsors pourraient envisager de réclamer des dommages à l'ancien champion et exiger une restitution de l'argent qu'ils lui ont versés.

Bien que les contrats sportifs comportent pour la plupart des clauses de moralité, les sponsors se lancent rarement sinon jamais dans ce genre de procédure.

Pierre Sérisier pour le service français

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