11 janvier 2013 / 15:02 / dans 5 ans

Handball: Sylvain Nouet, âme de l'ombre des Experts

Homme de l'ombre, Sylvain Nouet (à gauche, devant le sélectionneur Claude Onesta) n'en est pas moins, en sa qualité de responsable de l'entraînement, un élément clé des succès de l'équipe de France de handball qui entame samedi la défense de son titre de champion du monde. /Photo prise le 4 janvier 2013/REUTERS/Jean-Paul Pélissier

par Sophie Greuil

TOULON (Reuters) - Homme de l‘ombre, Sylvain Nouet n‘en est pas moins, en sa qualité de responsable de l‘entraînement, un élément clé des succès de l‘équipe de France de handball qui entame samedi la défense de son titre de champion du monde.

Ce professeur de sports agrégé de 56 ans dit aujourd‘hui ne prendre “absolument pas ombrage d‘être dans l‘ombre de mon Claude (Onesta, le sélectionneur), le chef de la meute ou le chef d‘orchestre”.

Pourtant, Sylvain Nouet, qui compose et dirige tous les entraînements depuis juin 2001, a dû apprendre à ne pas être toujours reconnu à sa juste valeur.

“Pendant longtemps, j‘ai vomi, haï ce terme d‘entraîneur-adjoint me faisant passer, surtout en interne, pour une plante verte”, dit-il à Reuters.

“Jusqu‘en 2009, quand Claude Onesta a dû préciser que c‘était bien moi l‘entraîneur des Bleus, j‘ai souffert de cette non-reconnaissance, un mal-être trop longtemps pas exprimé.”

“Même si j‘avais accepté de ne pas être dans la lumière pour favoriser la réussite des joueurs, même si je n‘ai pas un ego surdéveloppé, je souffrais de ne pas être reconnu, de ne pas être crédible.”

PREMIER VIOLON

Sylvain Nouet, qui a fait ses débuts sur un banc à la Jeanne d‘Arc de Villemomble (Seine-Saint-Denis) et a connu la majorité des joueurs au Bataillon de Joinville, est pourtant l‘entraîneur le plus diplômé du handball français, l‘un des deux titulaires d‘un brevet d‘état du troisième degré.

Ancien international - il compte 105 sélections en bleu et a participé à trois championnats du monde -, il reste un inconnu pour le grand public mais pas dans son milieu : il intervient comme expert auprès de la Fédération internationale et le Qatar lui fait les yeux doux.

Mais il a réussi à se détacher du manque d‘intérêt pour sa personne et sa fonction, même s‘il affirme ne pas se cacher, au contraire.

“A une époque, j‘allais en conférence de presse. Et, aucune question pour moi. Du coup, je n‘y vais plus. Mais, si on vient vers moi, je suis disponible”, dit-il.

Surtout, il rappelle que la sélection est une mécanique de précision, ou chacun doit trouver sa place et la garder.

“L‘équipe de France est un orchestre philarmonique. Après avoir été bien défini, chaque rôle est important. Si on change une personne, sur le terrain ou dans le staff, un déséquilibre se créera”, expose Sylvain Nouet.

“Premier violon, j‘ai appris à m‘épanouir dans l‘ombre, seule clé de la réussite de notre machine. Si je voulais franchir la ligne, être moi aussi dans la lumière, je ferai tout foirer.”

MERLIN L‘ENCHANTEUR

Pour l‘heure, ce Manceau d‘origine, installé à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), a surtout fait réussir les Bleus, doubles champions du monde et doubles champions olympiques en titre.

Il a rencontré Claude Onesta en 1973, lorsque les deux hommes se sont “croisés sur une plage pour une rencontre amicale de hand”.

Depuis cette date, ils ne se sont plus quittés, se font “entière confiance”, se comprennent “d‘un coup d‘oeil” quand l‘un est assis sur le banc et l‘autre debout, au bord du terrain, à diriger sa meute.

“Je connais mon Claude par coeur”, sourit Sylvain Nouet qui sait le divorce impossible - tant qu‘il ne force pas le sélectionneur à un footing trop matinal.

Technicien hors pair, il a appris aux côtés d‘Onesta le meneur d‘hommes “à prendre de la distance avec les événements”.

Les joueurs, Sylvain Nouet les voit peu. Il les réunit quarante petits jours par an pour une vingtaine d‘entraînements entre les matches.

“En si peu de temps, si j‘arrive avec une réunionite aiguë, et mon kit de Merlin l‘Enchanteur en pensant tout révolutionner, j‘aurais tout faux”, note-t-il.

“Les joueurs d‘aujourd‘hui, évoluant dans les plus grands championnats, en connaissent au moins autant que moi. La clé de notre réussite est le partage de nos connaissances. Eux et moi sommes actionnaires de notre projet”, affine-t-il.

Sylvain Nouet dit mener “une équipe unique au monde, du fait de sa richesse pluriculturelle phénoménale. Du coup, je dois être le plus adaptable possible pour créer une alchimie entre tous ses joueurs, si singuliers.”

Il y est si bien parvenu qu‘il est le plus récompensé des entraîneurs français, tous sports confondus : champion olympique en 2008 et 2012, champion du monde 2009 et 2011 et champion d‘Europe en 2006 et 2010.

Son secret pour durer, cet autodidacte le cultive, là encore, loin des lumières : “Quand je suis fatigué, Claude (Onesta) et les autres me disent que j‘ai besoin d‘aller faire le Chinois, d‘aller faire la sieste”.

Edité par Gregory Blachier

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