Le dissident chinois Ai Weiwei entame une carrière musicale

mercredi 22 mai 2013 10h01
 

PEKIN (Reuters) - L'artiste Ai Weiwei, dissident le plus célèbre de Chine, a ajouté une corde à son arc mercredi avec la sortie d'un "single" extrait de son premier album de "heavy metal", une chanson appelée "Dumbass" ("Abruti"), inspirée par son séjour en prison en 2011.

Tourné par le réalisateur australien Christopher Doyle, le clip de "Dumbass" décrit les 81 jours de détention au secret d'Ai Weiwei, qui avaient valu à Pékin de vives critiques internationales. L'artiste y apparaît à un moment en uniforme de la police chinoise, fouettant des prisonniers enchaînés.

"Quand j'étais détenu, j'étais surveillé avec une grande attention par un gardien qui m'a un jour demandé très calmement si je pouvais lui chanter une chanson", a raconté Ai Weiwei à Reuters dans sa maison du nord-est de Pékin.

"A l'époque, j'étais très frustré, parce que je me sentais impuissant, et j'ai réalisé que dans une situation comme celle-là, les gardiens étaient comme moi, ils avaient envie d'écouter de la musique."

Truffée de propos grossiers, "Dumbass" est une charge contre les violations des droits de l'homme par les autorités chinoises.

L'album, nommé d'après le poème de Dante "Divina Commedia" - un clin d'oeil au surnom dont l'artiste chinois est affublé par ses admirateurs - doit sortir le mois prochain.

Il comprend six titres, dont une chanson dénonçant la censure sur internet et une autre à la gloire du dissident aveugle Chen Guangcheng, qui s'est réfugié à l'ambassade des Etats-Unis le mois dernier après s'être évadé de son domicile où il était placé en résidence surveillée.

Ai Weiwei sait que ses chansons ne marqueront pas l'histoire de la musique par leur qualité sonore. "Ce n'est pas très agréable à écouter car je n'ai pas de réel talent. J'ai éprouvé beaucoup de difficultés à faire de la musique", a-t-il confié à Reuters.

Il se montre aussi philosophe face à l'interdiction vraisemblable de son album en Chine. "Mon nom et mes photographes sont aussi censurés, donc ce n'est pas un problème."

Ce qui ne l'empêche pas de nourrir un rêve: donner un jour un concert sur la place Tiananmen, théâtre de la répression sanglante du mouvement pro-démocratie en 1989. "Je suis sûr que cela arrivera", assure-t-il.

Ben Blanchard; Tangi Salaün pour le service français

 
Ai Weiwei à Pékin. L'artiste dissident le plus célèbre de Chine, a sorti mercredi un "single" extrait de son premier album de "heavy metal", une chanson appelée "Dumbass" ("Abruti"), inspirée par son séjour en prison en 2011. /Photo prise le 22 mai 2013/REUTERS/Petar Kujundzic