September 25, 2010 / 8:54 AM / 7 years ago

Un manga provoque une déferlante nipponne sur les vins bordelais

5 MINUTES DE LECTURE

<p>Jean-Pierre Amoreau, propri&eacute;taire du ch&acirc;teau Le Puy, doit au manga "Les gouttes de Dieu" d'&ecirc;tre le vigneron fran&ccedil;ais le plus connu au Japon, signe d'un engouement asiatique plus g&eacute;n&eacute;ral pour les vins du Bordelais./Photo prise le 23 septembre 2010/R&eacute;gis Duvignau</p>

par Claude Canellas

SAINT-CIBARD, Gironde (Reuters) - Jean-Pierre Amoreau doit au manga "Les gouttes de Dieu" d'être le vigneron français le plus connu au Japon, signe d'un engouement asiatique plus général pour les vins du Bordelais.

Le propriétaire du château Le Puy, situé en appellation côtes de Francs à Saint-Cibard, en Gironde, n'en croyait pas ses oreilles quand, en mars 2009, il fut assailli de coups de téléphone en provenance d'acheteurs japonais qui voulaient à toute force acquérir son millésime 2003.

C'est son agent au Japon qui l'informa que la cause se trouvait dans une série télévisée diffusée dans ce pays.

L'auteur raconte l'histoire d'un célèbre oenologue dont le testament dit que sa cave reviendra à celui de ses deux fils qui résoudra 12 énigmes concernant 12 vins.

L'héritier devra ensuite découvrir un 13e vin, le vin ultime, inconnu, surnommé "les gouttes de Dieu".

"Lors du dernier épisode qui devait révéler le nom de ce château, des millions de Japonais étaient devant leur écran et allaient découvrir qu'il s'agissait du château Le Puy, que l'auteur Tadashi Agi considérait parmi les milliers de vin qu'il avait goûtés de par le monde celui lui procurant le plus de bonheur", dit Jean-Pierre Amoreau.

De la série a été tiré un manga écrit par Tadashi Agi et dessiné par Shu Okimoto, qui a conforté le succès du breuvage.

"Aujourd'hui, nous sommes les vignerons les plus connus au Japon", dit-il.

L'heureux propriétaire du domaine créé en 1610, patriarche de la quatorzième génération de vignerons qui s'y sont succédé, n'est pas peu fier.

Apôtre de la biodynamie, il a poursuivi l'engagement des ses aïeuls qui, dès les années 1930, avaient choisi de bannir les traitements chimiques de plus en plus présents.

UN MARCHÉ ASIATIQUE D'AVENIR

Face à l'engouement, Jean-Pierre Amoreau a refusé d'alimenter la spéculation et son 2003 s'est vendu à 18 euros la bouteille alors qu'il a eu vent d'achats à 1.000 euros au Japon.

"Nous avons retiré le 2003 de la vente jusqu'à ce que la déferlante soit passée pour ne pas défavoriser nos clients habituels", dit-il l'oeil brillant.

Grâce au manga, Château Le Puy s'est ouvert le marché chinois mais aussi ceux de Taïwan et de Corée du Sud. Sur 120.000 bouteilles produites à Saint-Cibard, environ 80% partent à l'exportation.

D'autres crus du Bordelais apparaissent dans la série, comme le château Calon-Ségur, un Saint-Estèphe, le château Palmer, appellation Margaux et le château Poupille (Côtes de Castillon).

Philippe Carille, propriétaire de Poupille, a lui aussi été largement arrosé par les "Gouttes de Dieu".

Trois ans après l'apparition de son nom dans le tome 4 de la série, la propriété bénéficie toujours de son effet positif.

"J'ai augmenté mes ventes en Asie de 20 à 30%. Rien que sur Taïwan, je suis passé de 0 à près de 100.000 euros de chiffre d'affaires cette année grâce au manga", dit Philippe Carille.

Le marché asiatique est désormais une des cibles principales pour les vins de Bordeaux qui ont connu une forte dépression à l'exportation en 2009 (-14% en volume et -23% en valeur) et commencent à ressentir un redressement selon le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB).

A la fin du mois de juin, sur douze mois, bien qu'encore déficitaires surtout en Europe (-9% en volume), les exportations se sont accrues hors Union européenne (+11% en volume).

Les exportations vers Hong-Kong ont progressé de 45% et la Chine, qui explose (+94%), est devenue le premier client hors Union européenne, détrônant les Etats-Unis.

La forte présence d'acheteurs chinois pour la première fois lors de la semaine des primeurs au mois d'avril dernier a confirmé cette tendance lourde.

Le Japon, qui fut longtemps le premier client en Asie, a lui aussi connu la crise mais bien que toujours déficitaire (-13%) il est en train de redresser la barre, selon le CIVB.

Toujours l'effet "Gouttes de Dieu" ?

Edité par Yves Clarisse

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