February 14, 2009 / 4:06 PM / 8 years ago

Les Bagdadis goûtent timidement aux joies de la Saint-Valentin

4 MINUTES DE LECTURE

<p>Dans un parc &agrave; Bagdad. Profitant d'une paix relative et d'une certaine &eacute;volution des mentalit&eacute;s apr&egrave;s cinq ans de violence, les amoureux de Bagdad go&ucirc;tent timidement aux joies de la Saint-Valentin en se tenant par la main dans les parcs ou en &eacute;changeant des cadeaux. /Photo prise le 14 f&eacute;vrier 2009/Saad Shalash</p>

par Missy Ryan et Aseel Kami

BAGDAD (Reuters) - Profitant d'une paix relative et d'une certaine évolution des mentalités après cinq ans de violence, les amoureux de Bagdad goûtent timidement aux joies de la Saint-Valentin en se tenant par la main dans les parcs ou en échangeant des cadeaux.

Après des années d'intolérance croissante, les marques publiques d'affection et les vêtements féminins à la mode deviennent plus courants, signe peut-être que le sectarisme qui a marqué les affrontements intercommunautaires perd du terrain.

"Vous ne pouvez imaginer combien je suis heureux aujourd'hui", soupire Oussama Abdoul-Wahab Khatab, un jeune diplômé assis au côté de sa promise dans un parc en bordure du Tigre.

Il y a un an, le parc retentissait des tirs d'artillerie dirigés contre la "zone verte", sur l'autre rive du fleuve, et les milices religieuses contrôlant alors le terrain maintenaient une stricte ségrégation entre hommes et femmes.

Bien que l'Irak soit très majoritairement musulmane, la célébration de la fête des amoureux, d'origine occidentale, est devenue populaire après le renversement de Saddam Hussein par les forces américaines, en 2003.

Mais les violences qui ont suivi ont incité de nombreux Irakiens à fuir leur pays.

Khatab, parti en Syrie, a non seulement abandonné ses études et ses amis mais aussi Nada Issam, la douce jeune femme lovée contre lui, coiffée d'un élégant foulard à sequins.

Il est revenu il y a un an et les tourtereaux aiment se rendre dans des endroits où ils peuvent passer un moment seuls, au bord du Tigre ou sur les rives d'un lac voisin.

ÉVOLUTION VESTIMENTAIRE

Mais même à ces endroits, il leur arrive de devoir soudoyer des policiers qui leur font grief de ne pas garder leurs distances ou de se tenir la main.

Comme bien d'autres Irakiens, ils sont pris entre le désir de jouir d'une plus grande liberté et d'exprimer leur affection et une culture islamique conservatrice qui a prédominé pendant les six ans de guerre.

Lorsque les milices religieuses et les insurgés contrôlaient des quartiers de Bagdad, les hommes surpris avec une femme avant le mariage étaient fouettés et la jeune fille était reconduite chez ses parents, explique Abbas Jouad, mais les temps ont changé.

"Mon fils, qui a seize ans, passe la Saint-Valentin avec sa petite amie. Je n'aurais jamais permis cela auparavant", dit-il.

Les téléphones Bluetooth qui n'existaient pas ou qui n'étaient pas accessibles sous Saddam Hussein permettent désormais à de nombreux Irakiens de nouer discrètement contact avec des inconnus.

A l'époque où les milices islamistes régnaient en maîtres, même les Irakiens les moins religieux prenaient soin de respecter le code vestimentaire en vigueur pour éviter l'ire des activistes, mais les vêtements ont aujourd'hui tendance à devenir plus moulants et plus courts, à mesure que se réduit le pouvoir des milices.

Cependant, l'évolution culturelle est lente et inégale en Irak où la population craint une résurgence des violences et les attitudes concernant les relations entre hommes et femmes et le mariage varient beaucoup.

Version française Nicole Dupont

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