29 mars 2008 / 09:31 / il y a 9 ans

L'homme qui avait le téléphone dans la peau

<p>Lorsque Martin Cooper inventa le t&eacute;l&eacute;phone cellulaire il y a 35 ans, il avait la vision d'un monde dans lequel l'homme &eacute;pouserait la technologie mobile au point que les appareils sans fil seraient implant&eacute;s dans le corps. Aujourd'hui &acirc;g&eacute; de 79 ans, l'ing&eacute;nieur retrait&eacute; est bien forc&eacute; de convenir que l'industrie des t&eacute;l&eacute;coms n'a pas r&eacute;pondu &agrave; ses espoirs. /Photo d'archives/REUTERS</p>

par Sinead Carew

NEW YORK (Reuters) - Lorsque Martin Cooper inventa le téléphone cellulaire il y a 35 ans, il avait la vision d'un monde dans lequel l'homme épouserait la technologie mobile au point que les appareils sans fil seraient implantés dans le corps.

La téléphonie mobile a parcouru énormément de chemin depuis ce jour d'avril 1973 où l'ancien chercheur de Motorola a passé le premier appel au monde, sans fil, depuis un coin de rue à New York, mais Cooper, aujourd'hui âgé de 79 ans, est bien forcé de convenir que l'industrie des télécoms n'a pas répondu à ses espoirs.

"Notre rêve était qu'un jour plus personne ne passe d'appels avec un téléphone filaire", a expliqué à Reuters l'ingénieur en électronique retraité.

Son premier appel sans fil l'avait rendu si enthousiaste qu'à l'époque il aimait imaginer qu'un jour les numéros de téléphone deviendraient incontournables et que, raconte-t-il, "on vous attribuerait un numéro de téléphone à votre naissance et le jour où vous ne répondriez pas à un appel, vous en mourriez".

"L'idée était que le téléphone devienne une part de vous", souligne Cooper, qui attend toujours le jour où il pourra passer un appel automatiquement, simplement en pensant à la personne qu'il souhaite contacter.

Aujourd'hui, plus de 3 milliards de personnes possèdent un téléphone portable, contre seulement 300.000 en 1984.

"Trente-cinq ans plus tard, l'idée de voir les gens communiquer librement lorsqu'ils se déplacent s'est finalement imposée mais malheureusement nous n'en sommes qu'à peine au stade de maîtriser cela pour les communication vocales", a souligné Cooper lors d'entretiens téléphoniques depuis la Californie et New York.

SCIENCE FICTION ?

D'ici 15 à 20 ans, l'ingénieur retraité prédit que le corps humain abritera des appareils sans fil qui aideront à diagnostiquer des maladies et à les soigner. "Imaginez un instant à quoi ressemblerait le monde si vous pouviez surveiller les caractéristiques de votre corps quand vous tombez malade et les transmettre directement à un médecin ou un ordinateur. Vous pourriez obtenir un diagnostic et être soigné instantanément et à distance."

L'implantation physique d'appareils électroniques sans fil pourrait également apporter une solution à la consommation d'énergie des téléphones, qui a néanmoins fait d'énormes progrès au cours des trois dernières décennies mais reste une source de frustration alors que les appareils deviennent de plus en plus complexes et donc gourmands en énergie.

"Vous avez là cette merveilleuse source d'énergie qu'est le corps humain, qui en produit en permanence. Ne serait-ce pas formidable d'avoir ces appareils implantés en soi et alimentés par votre corps ?", lance Cooper, aujourd'hui P-DG d'ArrayComm, une société éditrice de logiciels sans fil qu'il a fondée en 1992.

Il reste cependant un certain nombre d'obstacles à l'accomplissement de sa vision d'être humains aux fonctions sans fil intégrées, ce qu'il concède.

LES GENS SONT CONFORMISTES

"Ce n'est pas une question de technologie, ce sont les gens. Ils sont vraiment très conformistes", dit-il.

Si l'idée que l'homme utilise son corps pour recharger son téléphone semble être tirée d'un roman de science fiction, Cooper évoque une incrédulité similaire des passants à le voir téléphoner avec un appareil sans fil au coin de la 56e rue et de Lexington Avenue le 3 avril 1973.

Il se souvient que le prototype de combiné pesait presque un kilo, avait une autonomie d'à peine vingt minutes et qu'il avait fallu près de trois mois pour l'assembler.

Son premier appel avait été pour l'opérateur rival de l'époque, Bell Labs, passé depuis sous la houlette d'AT&T, histoire de narguer la concurrence.

Si la compagnie AT&T fut la première a concevoir un téléphone pour voiture dans les années 1940, il a fallu attendre 1978 pour que l'opérateur mette en place un réseau cellulaire commercial. Cinq années encore passèrent avant que Motorola ne mettent en vente le premier téléphone portable, surnommé "la brique".

Cooper convient de ce que les appels sans fil sont beaucoup plus fiables aujourd'hui que la technologie et la couverture des réseaux est meilleure.

Présent à Las Vegas en avril dernier, pour le salon mondial du secteur, il n'en a pas moins appelé les industriels américains des télécoms sans fil à simplifier l'utilisation des combinés, qui sont parfois si complexes que les manuels d'utilisation sont plus lourds que l'appareil lui-même.

Pour ce qui est de Motorola, dont il fut l'employé 29 ans durant, Cooper a dit avoir le "coeur brisé" à l'annonce mercredi de sa scission.

Pour contrecarrer ses pertes de parts de marché, Cooper estime que l'opérateur doit être plus audacieux, comme lorsqu'il mobilisa toutes ses ressources d'ingénierie pour construire le premier téléphone cellulaire.

"C'était un réelle prise de risque", se souvient-il. "Les gens pensaient que j'étais fou à vouloir un téléphone qu'on puisse mettre dans sa poche."

Version française Patrice Mancino

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