October 31, 2008 / 7:26 PM / 9 years ago

SYNTHÈSE Aérien - Les compagnies vont affronter un rude hiver

6 MINUTES DE LECTURE

par Tim Hepher et Helen Massy-Beresford

PARIS, 31 octobre (Reuters) - Les compagnies aériennes européennes se préparent à un hiver considéré par l'ensemble des acteurs du secteur comme celui de tous les dangers alors que la solution des surcharges carburant, jusqu'ici utilisées par certains avec habileté, vient à s'épuiser avec le repli des cours pétroliers et le ralentissement économique qui s'installe.

Les avertissements ont été nombreux tout au long de la 17ème édition du World Air Transport Forum qui s'est achevée vendredi à Paris. Les experts ont été unanimes : la crise va faire de nombreuses victimes dans l'industrie du transport aérien et ne laisse aucun choix aux transporteurs, lesquels devront poursuivre leurs réductions de coûts, amorcer des fusions ou disparaître.

"Je suis pessimiste à l'approche de la saison (hivernale). Notre environnement est bien pire que celui né du 11 septembre 2001, il y a urgence de répondre aux surcapacités", a déclaré Marc Rochet, fondateur de la compagnie française L'Avion rachetée début juillet par British Airways BAY.L pour 68 millions d'euros [ID:nL02358127].

"Chacun se dit : 'j'attends que mon concurrent s'effondre en premier, histoire d'obtenir un peu plus d'oxygène'", a-t-il dit. Les intervenants du World Air Transport se sont demandés si une major pouvait faire défaut alors que le spécialiste suédois du low cost Sterling a rejoint la longue liste des compagnies s'étant déclarées en faillite cette année.

Certains transporteurs gardent le moral et affichent des prévisions optimistes, affirmant qu'une reprise du marché sera forte. Elle ne devrait toutefois pas avoir lieu avant 2010 d'après les prévisions les plus enthousiastes.

Ralph Kaiser, P-DG de la société de paiement UATP, a accusé ces compagnies de jouer la partie de poker : "Personne ne veut être le premier à commmuniquer de mauvaises nouvelles et tout le monde se ment."

Plusieurs compagnies aériennes européennes ont néanmoins révisé en baisse leurs prévisions de résultats annuels, à l'instar d'Air France-KLM (AIRF.PA) [ID:nLO675413] ou de Lufthansa (LHAG.DE) [ID:nLS588835].

Au cours des dernières décennies, la croissance du trafic aérien a été en moyenne deux fois plus rapide que celle du produit intérieur brut. En septembre, le trafic international a néanmoins reculé de 2,9%, une première depuis 2003, selon les données de l'Association internationale du transport aérien (Iata).

Robert Crandall, ancien directeur général d'American Airlines AMR.N et réputé à l'origine de l'utilisation du yield management (gestion informatique des capacités), a jugé que la corrélation entre trafic et croissance économique était vouée à s'effacer, du moins momentanément, et averti que le secteur devait se préparer à une longue crise.

"Les difficultés financières mondiales vont être bien pires que ce que la majorité d'entre nous veut penser", a-t-il prédit.

Cure De Desendettement

Habituées à des niveaux de marge faibles, les compagnies aériennes devront trouver des réponses durables à la baisse attendue de la consommation des ménages.

Jean-Cyril Spinetta, P-DG d'Air France-KLM, a jugé qu'un vaste mouvement de désendettement des entreprises s'imposait.

"Nous allons vers un monde économique différent. La consolidation se fera et sera certainement très forte dans les prochains mois, elle avait trop tardé", a-t-il plaidé.

Les grandes compagnies européennes ont commencé à s'organiser et à se positionner sur certains dossiers mais l'incertitude planait une nouvelle fois vendredi soir sur l'avenir d'Alitalia AZPIa.MI, dans l'attente d'un accord entre les syndicats et un consortium d'investisseurs désireux de redresser la compagnie et de l'adosser à un éventuel partenaire européen tandis que des doutes se sont fait jour sur le périmètre exact de la privatisation d'Austrian Airlines AUAV.VI [ID:nLR387606].

Carburant

Un autre enjeu majeur pour les compagnies résidera dans leur capacité à trouver une réponse adaptée à la volatilité des cours du pétrole. Le baril de brut a culminé à plus de 147 dollars en juillet, un niveau record, avant de décliner au cours des semaines suivantes pour repasser sous le seuil de 70 dollars.

Les "surcharges fuel" ayant permis de compenser l'augmentation des prix ne vont donc plus trouver leur justification, du moins à court terme, à un moment où le trafic aérien devrait continuer à refluer.

Jean-Cyril Spinetta a néanmoins estimé que les cours étaient condamnés à remonter.

La seule note encourageante de la semaine dans le secteur, aux yeux des spécialistes, est venue des compagnies aériennes du Moyen-Orient. Tous leurs représentants au World Air Transport Forum ont évoqué des perspectives de croissance soutenues, motivés selon eux par la diversification des économies de la région.

Les experts n'ont pas tous été convaincus. /MB

(Avec la contribution de Matthias Blamont)

Edité par Jean-Michel Bélot

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