25 août 2008 / 11:34 / il y a 9 ans

Natixis <CNAT.PA> - L'appel au marché s'annonce délicat

par Matthieu Protard

PARIS, 25 août (Reuters) - Contrainte de renforcer une solidité financière mise à mal par la crise des marchés du crédit, Natixis convoque vendredi ses actionnaires pour se prononcer sur une augmentation de capital de 3,7 milliards d'euros qui s'annonce à haut risque.

Dans un environnement de marché difficile et avec une action qui a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis le début de l'année, la banque semble quasiment obligée de proposer un prix très bas pour séduire les investisseurs et éviter que ses deux principaux actionnaires, les Banques populaires et les Caisses d'épargne, ne soient contraintes, comme elles s'y sont engagées, à souscrire à la totalité de l'opération.

Le prix en serait alors une baisse sensible du flottant, déjà limitée à environ 25% du capital de Natixis, et surtout une dilution massive - un doublement des titres en circulation est envisageable -, dénoncée par avance la semaine dernière par deux fonds américains, Greenlight Capital et Royal Capital.

En cas de diminution du flottant, l'intérêt d'un maintien de la cotation de Natixis ne manquera pas d'être à nouveau soulevé, ce qui a fait naître des spéculations autour de l'entrée de grands investisseurs institutionnels au capital de Natixis.

La Caisse des dépôts (CDC) est évoquée par plusieurs professionnels des marchés comme candidat évident.

"Pour le moment, la Caisse des dépôts n'a pas été sollicitée pour participer à cette augmentation de capital", a simplement commenté un porte-parole de la CDC interrogé par Reuters.

En attendant, Natixis publiera jeudi des comptes du deuxième trimestre que l'on sait déjà fortement dégradés. La banque, qui est en valeur relative l'établissement bancaire le plus touché par la crise des marchés du crédit, a prévenu qu'elle passerait dans ses comptes 1,5 milliard d'euros de nouvelles dépréciations. Celles-ci alourdiront encore la facture de la crise, qui lui a coûté 2,3 milliards d'euros à ce jour.

REDUIRE LE PROFIL DE RISQUE

La banque table également sur un bénéfice courant, avant dépréciations, de 300 millions d'euros pour l'ensemble du premier semestre. Pour le premier trimestre, elle avait fait état d'un bénéfice net courant de 105 millions d'euros.

"Désormais ce ne sont plus l'exposition résiduelle de la banque à la crise ou la publication des comptes que le marché attend, mais plutôt les modalités de l'augmentation de capital, les détails de la réorganisation de Natixis et un calendrier", explique Eric Vanpoucke, analyste chez Sal. Oppenheim.

Cette augmentation de capital de 3,7 milliards d'euros doit permettre à la banque de porter son ratio Tier One à 9% au 30 juin contre 8,4% fin mars.

Greenlight Capital et Royal Capital lui ont demandé de renoncer à son appel au marché et de céder en échange une partie des 20% qu'elle détient dans ses deux principaux actionnaires via des certificats coopératifs d'investissement (CCI, titres sans droit de vote).

Les analystes excluent un tel scénario. "Céder une partie des CCI reviendrait à priver mécaniquement les comptes de Natixis d'une composante de banque de détail, source de revenus plus récurrents et donc mieux valorisés que la banque de financement et d'investissement. Or on demande précisément à Natixis de réduire la part volatile de ses revenus et son profil de risque", commente Eric Vanpoucke.

"Vendre des CCI n'aurait de sens que si la banque obtenait de ses maisons mères la garantie d'une rémunération accrue des parts pour compenser le manque à gagner lié à la réduction du pourcentage de CCI détenus", ajoute-t-il.

FORMALITE

Les Banques populaires et les Caisses d'épargne détenant ensemble près de 70% du capital de Natixis et autant de droits de vote, le vote de l'assemblée générale apparaît comme une formalité et les chances pour les fonds américains d'obtenir gain de cause semblent nulle.

Certains analystes n'excluent pas que le prix de l'augmentation de capital soit supérieur au cours de Bourse actuel de Natixis.

Pour l'analyste d'un courtier américain, "cela répondrait à deux préoccupations : d'abord limiter l'ampleur de la moins-value que pourraient devoir constater les Banques populaires et les Caisses d'épargne, ensuite avoir un impact favorable sur la dilution."

Selon lui, le risque pour les Banques populaires et pour les Caisses d'épargne, qui valorisent dans leurs comptes leur participation dans Natixis au prix du placement des titres fin 2006, soit 19,55 euros, est d'être contraintes d'ajuster la valeur de leur participation et de constater une importante moins-value.

Les analystes attendent aussi que Natixis détaille ses projets de réorganisation dans la banque de financement et d'investissement (BFI). La banque entend diminuer la part des fonds propres alloués à la BFI et réduire ses activités pour compte propre.

"Natixis doit passer moins de temps en banque de financement et d'investissement pour se concentrer davantage sur les services bancaires comme la monétique et la conservation de titres, et sur la gestion d'actifs", explique Alain Tchibozo, analyste d'ING.

Vers 13h00, Le titre Natixis cédait 2,97% à 5,89 euros. A ce prix, il a perdu 55% de sa valeur depuis le début de l'année. L'indice DJ Stoxx .SX7P des banques européennes affiche au même moment un repli de 0,4%, en baisse de plus de 32% depuis fin 2007.

Matthieu Protard, édité par Yann Le Guernigou et Jacques Poznanski

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