18 février 2011 / 06:21 / il y a 7 ans

LEAD 5 Lafarge prend à bras-le-corps le problème de sa dette

   * Lafarge veut réduire sa dette d'au moins E2 mds en 2011
 * Dividende réduit de moitié, E750 mlns de nouvelles cessions d'actifs prévues
 * Vers une hausse de 3 à 6% de la demande en 2011
 * CA 2010 E16,2 mds, consensus 16,1 milliards
 * Le titre réagit positivement
  
 (Actualisé avec conférence de presse et cours)
 par Gilles Guillaume
 PARIS, 18 février (Reuters) - Lafarge LAFP.PA a annoncé vendredi un ambitieux programme visant à réduire d'au moins deux milliards d'euros sa dette en 2011, grâce à une baisse de moitié de son dividende, de nouvelles cessions d'actifs et une limitation de ses investissements.
 Le premier cimentier mondial, qui a également annoncé dans la matinée le regroupement de ses activités britanniques avec celles du groupe minier Anglo American (AAL.L) (Voir [ID:nLDE71H081], a pâti l'été dernier d'un regain d'inquiétudes sur le niveau de son endettement et de ses conséquences potentielles sur la note du groupe.
 Lafarge est noté BBB- par Standard & Poor's et Baa3 par Moody's, dans les deux cas juste au-dessus de la catégorie spéculative.
 Pour se désendetter, le groupe prévoit de verser un dividende limité à un euro, en espèce, au titre de l'exercice écoulé, contre deux euros l'année précédente, et de réaliser 750 millions d'euros de cessions d'actifs non stratégiques après avoir sécurisé plus de 500 millions de désinvestissements en 2010 et 919 millions en 2009, .
 Le groupe a réalisé en cours d'année une série de cessions de tailles modestes: des carrières de granulats en Alsace, des centrales à béton en Suisse et des actifs au Portugal pour 120 millions d'euros, ou encore une participation minoritaire dans les activités en Malaisie, moyennant 141 millions d'euros.
 Cette année, Lafarge pourrait poursuivre dans cette voie à moins qu'il ne se décide à céder sa division plâtre, dont le maintien ou non dans le périmètre du groupe fait l'objet de rumeurs récurrentes.
 Vers 14h00, le marché saluait par une hausse de 4,1% à 47,90 euros du titre - de loin la plus forte hausse du CAC 40 - les initiatives du groupe.
 "C'est possible parce que nous avons déjà pris des décisions de limitation des Capex, parce que nous annonçons la décision de diminuer le dividende, et ceci nous permet déjà d'anticiper une réduction d'au moins un milliard d'euros de l'endettement par rapport à 2010", a déclaré le PDG de Lafarge, Bruno Lafont, au cours d'une conférence téléphonique.
  
 REBOND DES VOLUMES EN 2011
 La lourde dette de Lafarge, héritée en grande partie de l'acquisition du cimentier égyptien Orascom Cement fin 2007, flirtait encore avec les 14 milliards d'euros au 31 décembre dernier (+1% par rapport à fin 2009).
 L'opération Orascom, destinée à renforcer la présence du groupe sur les marchés émergents où la majeure partie de ses capacités de ciment sont désormais installées, avait entraîné un quasi-doublement de la dette entre fin 2007 et fin 2008 et le groupe s'efforce depuis de se désendetter.
 Lafarge vise aussi cette année 200 millions d'euros de nouvelles réductions de coûts, contre 220 millions en 2010, et compte réduire de 400 millions d'euros ses dépenses d'investissement, autant de mesures qui réduisent aux yeux des investisseurs le risque de voir le groupe procéder à une nouvelle augmentation de capital.
 Une baisse de deux milliards d'euros de la dette du groupe représenterait une réduction de 14% environ par rapport au niveau de 13,99 milliards affiché fin 2010.
 "La question sur Lafarge est la faiblesse de la génération de free cash flow pour réduire une dette qui reste excessive", souligne Frédéric Buzaré, responsable de la gestion actions chez Dexia AM, pour qui l'opération au Royaume-Uni va par ailleurs dans le bon sens et permet d'extraire des synergies.
 Le groupe, dont le cash flow libre est ressorti l'an dernier à 2,1 milliards d'euros, avait procédé à une augmentation de capital de 1,5 milliard d'euros début 2009 pour renforcer sa structure financière face à la crise économique et du crédit.
 A l'automne dernier, Bruno Lafont avait exclu d'augmenter à nouveau le capital pour réduire la dette.
 Lafarge compte aussi sur un rebond des volumes, puisqu'il table cette année sur une croissance de la demande de ciment sur les marchés où il est présent comprise entre 3% et 6%, grâce aux pays émergents, contre de -1% à +3% attendu en 2010.
 L'an dernier, les volumes de ciment du groupe ont reculé de 4%, mais progressé de 2% sur le seul quatrième trimestre.
 Lafarge a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 16,2 milliards d'euros, en hausse de 2%, un résultat opérationnel courant (ROC) de 2,4 milliards, en repli de 1% et un résultat net, part du groupe, de 827 millions, en progression de 12%.
 Les analystes interrogés par la rédaction de Reuters attendaient en moyenne respectivement 16,1 milliards d'euros; 2,4 milliards et 849 millions.
 Depuis le début de l'année, le titre Lafarge, également numéro deux pour les granulats et numéro trois pour le béton et le plâtre, est quasiment stable, après avoir perdu près de 20% sur l'ensemble de 2010.
  
 * Voir aussi :  Les communiqués sur les résultats et la JV avec Anglo-American :  link.reuters.com/syd28r  link.reuters.com/tyd28r    les principales données financières du groupe :  link.reuters.com/vyd28r     Graphique de la performance boursière de Lafarge depuis janvier  link.reuters.com/vuf28r
  
(Avec Juliette Rouillon, édité par Jean-Michel Bélot)  

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