4 mars 2010 / 19:10 / il y a 8 ans

LEAD 1 A400M - Madrid et Londres se bagarrent sur l'emploi

* L‘Espagne veut récupérer davantage d‘emplois liés à l‘A400M

* En contrepartie le Royaume-Uni n‘assumerait pas la totalité de sa part des surcoûts du programme

* Nouvelle réunion ministérielle des pays clients prévue vendredi à Berlin

par Tim Hepher

PARIS, 4 mars (Reuters) - L‘Espagne et le Royaume-Uni pourraient s‘affronter sur la localisation de plusieurs centaines d‘emplois liés à l‘A400M alors que les pays clients de l‘avion s‘emploient à finaliser un accord sur son financement, ont déclaré à Reuters des sources proches du dossier.

Madrid a accentué la pression sur le gouvernement britannique pour que celui-ci renonce partiellement à des emplois à haute valeur ajoutée situés au Royaume-Uni s‘il décide de ne pas assumer à 100% sa participation au partage des surcoûts de l‘avion de transport militaire.

L‘A400M, mis en difficulté par des retards et des dérapages de budgets estimés à 55% de son prix initial, fait actuellement l‘objet de négociations entre les pays clients, EADS EAD.PA et sa division Airbus, constructeur de l‘appareil.

Selon plusieurs sources, l‘Espagne a soumis une proposition écrite qui vise à transférer vers la péninsule ibérique des emplois, des outils industriels et des équipements actuellement localisés à Filton, près de Bristol.

Alors que les pays clients de l‘A400M se préparent à apporter deux milliards d‘euros d‘argent frais au programme et débattent de la forme exacte d‘une enveloppe publique complémentaire de 1,5 milliard d‘euros, Londres hésite à engager sa participation sur ladite enveloppe et sa position diffère sur le sujet de celle de la France, de l‘Espagne et de l‘Allemagne.

“La proposition des Espagnols est le résultat refus des Britanniques à participer à la solution commune retenue par les autres pays”, a déclaré une source.

Selon elles, l‘Espagne pourrait aller jusqu’à prendre à sa charge le transfert d’équipements sensibles comme les échafaudages élévateurs qui assurent le maintien des ailes de l‘avion pendant son assemblage.

Ces propositions, si elles devaient être défendues publiquement, pourraient déclencher la polémique alors que des élections législatives doivent se tenir début mai au Royaume-Uni.

Londres a indiqué plusieurs fois tenir à l‘A400M mais pas à n‘importe quel prix. A ce jour, le pays a commandé 25 exemplaires de l‘avion, très attendu des états-majors pour organiser du transport de troupes et de matériel en Afghanistan.

TENSIONS A MAJORQUE

Une nouvelle réunion ministérielle des pays clients est prévue vendredi à Berlin.

Lors d‘une rencontre informelle des ministres de l‘Union européenne à Palma de Majorque les 24 et 25 février, les négociateurs ont à nouveau abordé la question de l‘emploi.

Un représentant de l‘un des pays clients a déclaré à Reuters que les pays qui ne prendraient pas pleinement part au partage des surcoûts de l‘avion devraient faire des concessions sur l‘emploi.

Dans le cadre de la répartition actuelle, le Royaume-Uni assure la production des ailes, étape stratégique qui fait appel à de nombreux matériaux composite assemblés à partir de fibres de carbone. L‘usine de Filton, lieu historique de la production de Concorde, a été retenue pour le programme et 800 des 5.000 collaborateurs du site pourraient être concernés par un éventuelle délocalisation.

De son côté, l‘Espagne a consenti à des investissements importants ces dernières années pour développer son industrie aéronautique. Les environs de l‘aéroport de Séville ont été choisis pour construire l‘usine d‘assemblage finale (Final Assembly Line) de l‘A400M.

Le développement des 180 premiers A400M, initialement évalué à 20 milliards d‘euros - un audit établit désormais que la facture totale est susceptible d‘atteindre 31,2 milliards d‘euros -, fait travailler 10.000 personnes, un chiffre qui pourrait totaliser 40.000 lorsque la production de l‘avion atteindra sa vitesse de croisière.

Les pays partenaires d‘Airbus se sont souvent disputés sur la destination des investissements nécessaires à la conduite des programmes du constructeur mais les tensions sur la répartition des emplois (workshare), une fois qu‘un avion a été lancé, est beaucoup plus rare.

L‘initiative de l‘Espagne met en tous cas en lumière les ambitions du pays dans le domaine aéronautique et sa volonté d‘attirer les investissements en faveur de projets de haute technologie.

EADS a été constitué en 2000 à l‘issue du regroupement d‘actifs aéronautiques espagnols, français, allemands. En 2006, BAE Systems (BAES.L) a cédé une participation de 20% qu‘il détenait au capital d‘Airbus.

Cette sortie a soulevé des questions sur le concours effectif des britanniques aux avions du constructeur à long terme. Airbus a néanmoins souligné à plusieurs reprises qu‘il n‘entendait pas se retirer des ses sites au Royaume-Uni.

Le ministère britannique de la Défense et le ministère espagnol de l‘Industrie se sont refusés à tout commentaire. Un porte-parole d‘EADS a déclaré ne pas être au courant de la proposition.

Voir aussi: A400M - Accord de principe trouvé, répartition à discuter [ID:nLDE61O13K]

Avec la contribution de Julien Toyer et de Matthias Blamont, édité par Cyril Altmeyer

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