October 9, 2014 / 12:32 PM / in 3 years

Résultats-Euro et pétrole prêts à solder l'ère des dégradations

6 MINUTES DE LECTURE

par Blaise Robinson et Atul Prakash

PARIS/LONDRES, 9 octobre (Reuters) - La récente baisse de l'euro et des prix des matières premières devraient apporter une bouffée d'oxygène à des entreprises européennes aux prises avec le ralentissement économique et mettre bientôt un terme à une période de dégradation des prévisions de bénéfice qui dure déjà depuis trois ans et demi.

Les sociétés européennes, qui ont vu leurs bénéfices diminuer pendant deux années, ont peinent à se redresser en une période où l'économie de la zone euro stagne.

Chaque mois depuis le début 2011, les analystes ont révisé plus de prévisions de bénéfice à la baisse qu'à la hausse pour les sociétés européennes, une tendance accélérée par la forte hausse de l'euro qui a nettement handicapé les exportateurs à ce moment-là.

"En moyenne, nous avons eu une centaine de déclassements chaque jour ouvrable depuis mars 2011", écrit Nick Nelson stratége marché chez UBS, dans une récente note de recherche.

Le repli de 10% de l'euro sur ces cinq derniers mois et la chute brutale des cours des matières premières - du pétrole brut au minerai de fer - pourraient mettre un terme à cette série noire en dopant les recettes et les marges de groupes comme Airbus, Siemens, Air France-KLM, BASF et Daimler.

Les stratèges et les gérants de fonds estiment cependant que les effets de la baisse de l'euro et de la chute de 20% des prix du pétrole depuis la mi-juin ne devraient pas être manifestes lors de la saison des résultats du troisième trimestre, qui s'ouvre la semaine prochaine. Mais les analystes ont d'ores et déjà cesser de réduire leurs prévisions.

"Il y a une très forte corrélation entre le taux de change de l'euro et la tendance des révisions des résultats", estime Jörg De Vries Hippen, co-responsable des placements pour les marchés européens chez Allianz Global Investors, qui gère 373 milliards d'euros.

Restaurer La compétitivité

"Entre 2012 et début 2014, l'euro a été en hausse constante tandis que les prévisions de bénéfice étaient sabrées. Maintenant c'est le contraire. Environ 25% du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro provient de l'extérieur et surtout en dollar. Des groupes comme Airbus deviennent beaucoup plus compétitifs", ajoute Joerg De Vries Hippen.

Selon UBS, l'affaissement de l'euro explique en partie que septembre, 42e mois d'affilée de déclassements nets, ait aussi été le mois qui a compté le moins de révisions à la baisse depuis juin 2012. Dans la plupart des pays européens, le rythme des révisions à la baisse a nettement ralenti depuis avril, montrent les données Thomson Reuters Datastream.

Mardi, Morgan Stanley a relevé sa recommandation sur les groupes cycliques européens, évoquant une amélioration significative des prévisions de bénéfice dans le secteur depuis le début du repli de l'euro. Des exportateurs comme BMW et BASF sont parmi les valeurs préférées du courtier.

"L'effet de change est passé de facteur extrêmement défavorable à facteur de soutien", estime Tim Stevenson, gérant de fonds chez Henderson Global Investors. "A ses niveaux actuels, l'euro facilite la vie des exportateurs. Mais le marché n'en tient pas compte jusqu'à présent."

Tandis que l'euro baisse depuis mai, l'indice de la zone euro EuroStoxx 50 affiche un recul de 4% sur la même période.

Euro en Baisse, Profits en Hausse

Selon des analystes et gérants de fonds, une baisse de 10% de l'euro se traduit par une hausse de 3 à 6% des bénéfices pour les entreprises européennes.

Avec une majorité des économistes prédisant une poursuite du mouvement baissier de l'euro à mesure que se creuse l'écart de trajectoire des politiques monétaires de la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine, l'effet sur les bénéfices en Europe pourrait être encore plus marqué.

Deutsche Bank, deuxième cambiste de la planète, prévoit un euro à 0,95 dollar d'ici 2017, ce qui se traduirait par une hausse de 10 à 19% des bénéfices en Europe. L'estimation de la banque allemande est cependant la plus extrême de celles des grands intermédiaires financiers.

"La baisse de l'euro sera un coup de fouet pour les entreprises, à la fois en termes d'amélioration de la compétitivité et de hausse mécanique des revenus réalisés à l'étranger", déclare Matthieu Groues, responsable des placements chez Lazard Frères Gestion. "Les prévisions de bénéfice sont encore revues à la baisse mais si on examine cela en termes absolus, c'est dans la zone euro que les prévisions pour les deux années à venir sont les plus élevées."

Analystes et gérants de fonds s'accordent sur le fait que la baisse du niveau de l'euro et des cours des matières premières fera plus que compenser le ralentissement de la croissance dans les résultats du quatrième trimestre. "L'effet de change sera un thème majeur au quatrième trimestre", estime Christian Stocker, statège chez Unicredit.

"Les secteurs de la santé, de l'alimentation, des boissons et des biens d'équipement sont mieux placés que les autres en termes de performances des bénéfices parce qu'ils bénéficient d'une demande stable des consommateurs dans la région Asie-Pacifique et dans le monde développé", a-t-il dit.

Les secteurs de l'industrie, de la chimie et de la construction devraient également bénéficier de la baisse des prix, le pétrole, les métaux et l'électricité représentant entre 20 et 45% de leurs coûts de production. Avec un baril de Brent aux alentours de 90 dollars, les secteurs gourmands en énergie constateront une forte baisse de leurs coûts.

Ce sera notamment le cas pour les compagnies aériennes comme Air France-KLM, Ryanair et Lufthansa , dont le kérosène représente un tiers des charges d'exploitation. (Mathilde Gardin pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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