23 février 2015 / 07:59 / il y a 3 ans

LEAD 5-Areva-Perte de E4,9 mds, doutes sur son capital

* Areva plombé par des pertes de valeurs et plusieurs provisions

* Contraint de publier un résultat préliminaire après des fuites

* Le consensus I/B/E/S anticipait une perte de 1,43 milliard

* Les comptes de 2014 ne seront arrêtés que le 3 mars

* Le marché s‘interroge sur une éventuelle augmentation de capital (Actualisé avec source syndicale, cours)

par Alexandre Boksenbaum-Granier et Emmanuel Jarry

PARIS, 23 février (Reuters) - Areva a fait état lundi, avec plus d‘une semaine d‘avance sur le calendrier initial, d‘une perte nette approchant les cinq milliards d‘euros pour 2014, plombée par des pertes de valeurs et plusieurs provisions, ce qui pousse les investisseurs à s‘interroger sur une éventuelle augmentation de capital.

Le groupe d‘énergie nucléaire, qui doit normalement publier ses résultats annuels le 4 mars, précise dans un communiqué qu‘il s‘agit d‘éléments financiers préliminaires et non audités et que les comptes de l‘exercice 2014 ne seront arrêtés par son conseil d‘administration que le 3 mars.

Ces éléments préliminaires font ressortir pour 2014 un résultat net consolidé part du groupe négatif de l‘ordre de -4,9 milliards d‘euros, contre -0,5 milliard d‘euros en 2013 et une perte nette de 1,43 milliard d‘euros attendu par le consensus Thomson Reuters I/B/E/S.

Selon Areva, ce déficit annoncé résulte de pertes de valeur au titre de certains actifs courants et non courants, de provisions pour pertes à terminaison et risques sur projets de construction ou de modernisation de réacteurs et sur contrats dans les énergies renouvelables, ainsi que de provisions en lien avec des évolutions dans l‘application de la réglementation relative aux obligations de fin de cycle.

Areva, qui a suspendu en fin d‘année dernière ses perspectives financières pour 2015 et 2016, avait déjà annoncé au début du mois prévoir de passer de nouvelles charges et dépréciations d‘actifs dans ses comptes annuels.

“AUGMENTATION DE CAPITAL IMMINENTE”

En Bourse, les investisseurs préfèrent sortir d‘une valeur qui pourrait être contrainte à une augmentation de capital pour faire face à ses difficultés financières.

L‘action a clôturé en baisse de 2,09% à 9,371 euros, ramenant à 3,59 milliards d‘euros la capitalisation du groupe, alors que l‘indice SBF 120 a grimpé de 0,68%.

Pénalisée par les interrogations entourant le groupe, l‘action Areva a chuté de 52% en 2014, avant de regagner 2,8% depuis le début de cette année.

“Le montant de la perte est plus élevé que la valeur de l‘entreprise cotée en Bourse (...). Cet aveu forcé va pousser l‘entreprise à devoir annoncer une augmentation de capital imminente”, commente John Plassard, directeur adjoint de Mirabaud Securities.

“Si, officiellement, les chiffres s‘expliquent par la nécessité d‘Areva de réévaluer à la baisse la valeur de certains actifs, l‘on comprend bien que dans ce secteur, l‘entreprise n‘était pas parée à l‘augmentation des réglementations et des mauvais choix en termes de projets (on songe notamment au projet finlandais d‘Olkiluoto3)”, ajoute-t-il.

Le groupe, dont l‘Etat français contrôle près de 87% du capital, n‘a souhaité faire aucun commentaire au sujet d‘une éventuelle augmentation de capital.

Autre piste évoquée, de possibles cessions d‘actifs. Mais avec peu d‘actifs non stratégiques à vendre, les marges de manoeuvre de la direction semblent limitées et les choix difficiles.

Le groupe rappelle lundi “qu‘il travaille à l‘élaboration d‘un plan de compétitivité et d‘une feuille de route stratégique et financière qui feront l‘objet d‘un point spécifique le 4 mars lors de la présentation des résultats annuels”.

“DES COUPES DANS LES EFFECTIFS”

Dans le cadre de son futur plan stratégique, Areva envisage de filialiser ses activités liées aux nouveaux projets de centrales nucléaires à l‘international ainsi qu‘au traitement des combustibles usés afin d‘y faire entrer EDF, a déclaré à Reuters au début du mois une source au fait du dossier.

La ministre de l‘Energie Ségolène Royal a d‘ailleurs estimé ce lundi que l‘avenir du géant du nucléaire passait par des synergies avec EDF et le Commissariat à l‘énergie atomique (CEA), préalable à une possible remise à flot financière.

Les organisations syndicales ont rencontré Philippe Varin, le président d‘Areva, ce lundi après-midi pendant une demi-heure à La Hague (Manche).

Philippe Varin leur a parlé d‘une réflexion sur les énergies renouvelables et sur certaines activités nucléaires, a-t-on déclaré de source syndicale.

Ses propos suscitent des inquiétudes sur le maintien des énergies renouvelables dans le périmètre du groupe et sur le sort d‘activités comme les mines, a poursuivi la même source.

Philippe Varin n‘a mentionné durant la réunion ni la reprise des pertes par l‘Etat, ni une éventuelle recapitalisation, ni une réduction des effectifs, a-t-on ajouté.

Le socialiste François Brottes, spécialiste de l‘énergie et président de la commission des affaires économiques de l‘Assemblée nationale, a insisté sur le fait que Philippe Varin était aussi administrateur du groupe EDF.

“Ce n‘est pas complètement neutre”, a-t-il dit à Reuters en estimant toutefois qu‘il y aurait “plusieurs éléments qui vont s‘imbriquer les uns aux autres”, EDF était selon lui un “colosse aux pieds d‘argile”.

“La particularité du nucléaire français est qu‘il est public et c‘est ce qui a garanti sa performance. Donc, ça, il faut y veiller”, a-t-il ajouté. Mais s‘il n‘a pas exclu que l‘Etat éponge les dettes, ce n‘est selon lui qu‘une “hypothèse”.

L‘annonce d‘Areva intervient à la suite de la publication de plusieurs articles de presse ces dernières semaines ayant fait état des difficultés financières du géant français du nucléaire.

La semaine dernière, Le Figaro et l‘Opinion ont ainsi indiqué qu‘Areva pourrait faire état d‘une perte de quatre milliards d‘euros.

Auparavant, le Journal du Dimanche (JDD) avait avancé le chiffre de plus de trois milliards d‘euros de perte pour 2014 en précisant que l‘Etat ne renflouerait pas l‘entreprise pour le moment.

* Le communiqué :

bit.ly/1w12HPH (Avec Geert De Clerq et Cyril Altmeyer, édité par Dominique Rodriguez et Yves Clarisse)

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