April 26, 2013 / 11:35 AM / 4 years ago

ECLAIRAGE-La SocGen va être sous pression pour céder Rosbank

6 MINUTES DE LECTURE

* SocGen ne peut plus perdre d'argent à l'international-experts

* Des investisseurs pourraient plaider en faveur d'une cession

* L'économie russe moins vigoureuse que prévu

* Efforts attendus sur la gouvernance et les coûts

* La banque veut croire au potentiel russe

par Matthias Blamont et Lionel Laurent

PARIS, 26 avril (Reuters) - Le temps joue contre la Société générale en Russie où sa filiale Rosbank tarde à dégager des profits solides dans un contexte économique incertain, une fragilité qui conduit plusieurs experts à plaider pour la cession de cet actif, une fois restructuré.

La Société générale a fait de l'Europe de l'Est et de la Russie un axe majeur de sa stratégie internationale ces dernières années et a consacré, selon les analystes, près de quatre milliards d'euros pour entrer en 2006, puis monter au capital de Rosbank. Elle en détient depuis 2010 un peu plus de 80%.

Aujourd'hui, confrontée à une économie européenne déprimée, contrainte de renforcer ses fonds propres, Bâle III oblige, et privée d'une grande partie de ses activités de marché, la SocGen ne peut plus se permettre de perdre de l'argent à l'international, soulignent les experts interrogés par Reuters.

"Cette année, il va vraiment falloir (que SocGen) démontre sa capacité à tirer des profits de cette intégration", déclare Andrew Lim, analyste chez Espirito Santo. "S'ils n'y parviennent pas, la conclusion naturelle serait de fermer ou de vendre."

L'intermédiaire, qui s'attend à ce que Rosbank dégage un bénéfice net de 50 millions d'euros en 2013, estime que le niveau idéal de rentabilité annuelle pour la banque se situe autour de 120 millions d'euros.

La Société générale s'emploie depuis plusieurs années à redresser Rosbank, un effort qui s'est notamment traduit par la suppression de plus de 2.500 postes, des remaniements dans l'équipe dirigeante et la migration de certaines plates-formes de back-office vers celles du groupe français.

"Le Monde a changé"

Rosbank, qui compte près de 700 agences réparties sur tout le territoire russe pour une part de marché dans la banque de détail estimée à un peu moins de 5%, devrait, selon les prévisions, dégager un bénéfice modeste cette année.

La Russie vient toutefois de sabrer sa prévision de croissance, attendue désormais à 2,4% en 2013 contre 3,6% auparavant, ce qui serait la plus mauvaise performance depuis 2009. (voir )

"La logique pour la Société générale aujourd'hui, c'est de recentrer ses actifs. Aujourd'hui, si on veut voir un groupe qui se solidifie, il faut à tout prix céder (Rosbank)", estime Frédéric Rozier, gérant chez Meeschaert. "(L'enjeu), ce n'est pas forcément l'argent (...), c'est la réduction du risque."

"Ce n'est plus dans la vocation des banques françaises, dont le modèle dit 'universel' est plombé, de continuer à se lancer dans des développements à l'étranger, loin de leur base, qui dégagent des synergies faibles et déséquilibrent la liquidité", fait valoir Christophe Nijdam, chez Alphavalue.

"Avant la crise, l'expansion internationale avait du sens mais le monde a changé", résume-t-il.

Le calendrier, toutefois, ne plaide pas en faveur d'une cession, du moins à court terme.

A de rares exceptions, les acheteurs potentiels se méfient des banques compte tenu des incertitudes qui pèsent encore sur le cadre réglementaire. La Société générale vient en outre de boucler deux cessions d'importance avec sa sortie de Grèce et d'Egypte. et

Dans une note de recherche, JP Morgan estime que même si Rosbank dégage un profit en 2013, elle sera à la traîne de ses deux concurrentes Sberbank et VTB, dont les structures de coûts sont en outre moins élevées.

A titre indicatif, JP Morgan a calculé que la vente de Rosbank à ses niveaux actuels de valorisation générerait quelque 2,2 milliards d'euros, environ une fois sa valeur comptable.

Un Pays Sans Dette

Les plus optimistes veulent cependant croire que le plus dur est fait et que SocGen n'aura pas besoin de quitter la Russie, comme l'ont fait en leur temps Barclays, HSBC, Santander ou Morgan Stanley.

"Il y a eu un énorme travail accompli depuis deux ans pour remettre la banque à niveau, elle est sur ses deux pieds", a déclaré à Reuters une source proche de la Société générale.

"Nous sommes très optimistes parce qu'il y a 140 millions d'habitants en Russie et que c'est un pays qui n'a pas de dette. La classe moyenne, même si la population est déclinante, a encore tout à faire : consommer, acheter des appartements et accéder à des produits d'épargne sophistiqués."

Selon le FMI, la dette publique russe représentait 11,7% du PIB fin 2011, un ratio à faire pâlir d'envie les pays du G7.

La Société générale n'a pas souhaité faire de commentaire. La banque a insisté à plusieurs reprises sur le potentiel de sa filiale russe.

"Nous avons beaucoup de choses à faire (en Russie)", disait ainsi en février Bernardo Sanchez Incera, directeur général délégué du groupe. "Maintenant, nous pouvons continuer à le faire tout en générant la croissance, et c'est 2013 qui doit commencer à montrer cette évolution", avait-il ajouté.

Mais plusieurs défis restent à relever, au premier rang desquels celui de la gouvernance.

Un ancien dirigeant relève qu'en dépit des changements récents intervenus dans le management des divergences demeurent entre Paris et Moscou : "Pas une équipe ne travaille ensemble. De manière générale, la stratégie se veut très claire, mais des deux côtés on discute beaucoup, et lorsqu'une décision tombe on ne sent pas qu'elle a été prise par une équipe soudée."

La SocGen devra aussi persuader les cadres locaux de continuer à renforcer le contrôle du risque et à diminuer les coûts. "En France, il faut trois ans pour redresser un réseau. En Russie, ce sera plus long", signale un analyste basé à Paris.

"Vous avez des clients qui avaient l'habitude de déposer leur argent et de partir. Maintenant qu'on leur demande une photocopie de leur passeport, ils quittent la banque." (Avec Katya Golubkova, Oksana Kobzeva, Megan Davies, édité par Dominique Rodriguez)

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