February 11, 2013 / 11:44 AM / 4 years ago

AVANT-PAPIER-Investissements et dividende sous tension chez EDF

6 MINUTES DE LECTURE

(Répétition titre)

* EDF subit toujours un déficit tarifaire en France

* Des dépenses de maintenance inévitables

* Les investissements de croissance risquent d'être réduits

* Les objectifs d'endettement sont mal engagés

* Le dividende risque de baisser

par Benjamin Mallet

PARIS, 11 février (Reuters) - EDF risque de limiter ses investissements et de céder encore des actifs pour tenter de contenir sa dette, faute de pouvoir relever suffisamment ses tarifs en France pour financer les dépenses colossales qu'il consacre à son parc nucléaire.

L'électricien public, dont l'Etat détient 84% du capital, pourrait faire des annonces dans ce sens lors de la publication de ses résultats 2012, jeudi 14 février.

Il devrait également faire le point sur sa politique de dividende - jugée de plus en plus intenable - et sur ses perspectives financières, qui s'annoncent décevantes dans un contexte de crise européenne pesant sur la demande et les prix de l'électricité, estiment des analystes.

"Contraint par le maintien du dividende et un déficit tarifaire en France, EDF sera obligé de réduire ses investissements de développement, grevant sa croissance à moyen-terme, et de procéder à des cessions d'actifs dilutives, vidant le groupe de sa substance", a estimé dans une note récente Julien Desmaretz, analyste chez Bryan Garnier.

La croissance des investissements est particulièrement sensible en France - qui représente près de 60% du résultat brut d'exploitation du groupe (Ebitda) - dans la maintenance du parc nucléaire, à un niveau estimé début 2012 à 55 milliards sur la période 2011-2025. (voir )

La révision à la hausse de la facture de l'EPR de Flamanville (Manche) va elle aussi peser sur les comptes d'EDF, dont la dette est estimée à près de 42 milliards d'euros à fin 2012 et 43 milliards à fin 2013, selon Thomson Reuters I/B/E/S.

Les ratios de dette sur Ebitda atteindraient alors 2,6 et 2,7 respectivement, dépassant l'objectif de 2,5 fixé par le groupe.

En termes de résultats, EDF a par ailleurs prévenu que son Ebitda pourrait ne pas croître en 2013 en raison de la dégradation de l'environnement économique, ce qui compliquera nettement l'atteinte de ses objectifs 2011-2015.

Graphique de l'échéancier des obligations à rembourser :

r.reuters.com/duj85t

Une génération De trésorerie Insuffisante

Le groupe a également annoncé qu'il réviserait sa trajectoire d'investissements à l'horizon 2015, jusqu'ici prévue autour de 15 milliards d'euros et que les analystes anticipent désormais un niveau compris entre 12 et 13 milliards.

Cette nouvelle fourchette "implique une baisse des capex de croissance de 25% à 50%, obérant la dynamique du groupe à moyen-terme avec un manque à gagner de 300 à 400 millions d'euros par an au niveau de l'Ebitda", estime Julien Desmaretz.

"Afin de contenir le levier financier à 2,5 fois l'Ebidta, le management sera contraint de procéder à 4 à 8 milliards d'euros de cessions d'actifs dilutives malgré l'environnement difficile", ajoute-t-il.

Julie Arav, analyste chez Barclays, prévoit de son côté "des ventes d'actifs non stratégiques" qui concerneraient des participations minoritaires.

Malgré la limitation des investissements et des efforts accrus de réduction de coûts - la presse a évoqué un programme d'un milliard d'euros supplémentaires à horizon 2015 -, certains analystes prévoient que le groupe continuera de générer une trésorerie disponible négative au cours des 4 à 5 prochaines années et risque de devoir réduire son dividende.

"Selon nos prévisions, EDF ne peut pas se permettre de maintenir un dividende par action d'au moins 1,15 euro comme prévu. Etant donné la pression sur les cash flows opérationnels et les contraintes d'endettement, le groupe peut seulement viser un taux de distribution de 45%, soit 0,8 euro à partir de 2013", estime Michel Debs, analyste chez Crédit Suisse.

Graphique comparant l'action aux perspectives de dividende et de dette nette :

r.reuters.com/cuj85t

Quelle Application De La Loi Nome ?

Comme souvent ces dernières années, les observateurs rappellent cependant que des hausses de tarifs supérieures à l'inflation en France permettraient au groupe de couvrir le renchérissement de ses coûts de production.

La stricte application de la loi sur la nouvelle organisation des marchés de l'électricité (Nome), en vigueur depuis juillet 2011, devrait entraîner mécaniquement des hausses d'ici à 2016, notamment à travers une prise en compte dans le calcul des tarifs du prix auquel EDF doit vendre une partie de son nucléaire à ses concurrents (Arenh).

"Bien que la Commission européenne ait validé la loi Nome, elle sera probablement amendée dans le cadre du débat sur la transition énergétique et le principe d'une convergence des tarifs vers le niveau de l'Arenh pourrait être retiré", estime Julie Arav.

De même, si EDF a obtenu de l'Etat un remboursement d'une dette de 5 milliards d'euros liée à la CSPE, les modalités de ce remboursement restent à définir. Une solution transitoire passerait par une titrisation de la créance qui permettrait, avec la récente émission d'obligation de 6 milliards d'euros, de réduire les ratio d'endettement du groupe.

Les investisseurs peuvent en outre difficilement miser sur les ambitions d'EDF dans le nucléaire en Grande-Bretagne - qui constitue pourtant l'une de ses plates-formes de développement clés avec l'Italie - après la décision de Centrica de se retirer des projets d'EPR du français.

"EDF ne peut pas s'engager dans (ces projets) tant qu'il n'a pas de partenaire pour partager les coûts de construction et les risques qui y sont liés. Et EDF ne peut pas trouver de partenaire tant que le prix garanti de vente de l'électricité n'est pas fixé", résume Michel Debs.

L'action EDF, à ses plus bas niveaux historiques depuis le mois de novembre, gagne 2,5% depuis le début de l'année après une baisse de 26% en 2012 et de 39% en 2011. (Edité par Jean-Michel Bélot)

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