17 octobre 2012 / 13:37 / dans 5 ans

GRAPHES DU JOUR-Flux et performances, l'étrange paradoxe

17 octobre (Reuters) - En matière de placements, la cause des investisseurs individuels, constants dans leurs opérations à contresens en achetant au plus haut pour vendre au plus bas, était entendue. Depuis trois ans, les investisseurs professionnels, supposés plus clairvoyants, semblent pourtant s’être fourvoyés eux aussi.

Leurs flux cumulés d‘investissement sur les actifs risqués sont en effet allés à rebours des performances. Certes, l‘extrême faiblesse des taux monétaires s‘est logiquement accompagnée de sorties nettes sur cet actif.

Mais, dans leur quête de rendement, les investisseurs institutionnels ont obstinément privilégié la sécurité et les placements obligataires, y compris les obligations d‘Etat.

Quant aux flux sur les actions, après avoir résisté entre mars 2009 - qui correspondait au point bas du marché - et la fin du printemps 2011, ils enregistrent depuis des sorties récurrentes, selon les données compilées par EPFR Global, qui suit les flux de placement de fonds d‘investissement traditionnels et alternatifs totalisant 17.000 milliards de dollars d‘actifs.

“A posteriori, il apparaît que le printemps 2011 a constitué une période charnière avec la remontée des prix du pétrole sur fond de troubles dans le monde arabe, le drame de Fukushima au Japon et l‘extension de la crise de la dette souveraine à l‘Espagne”, note les analystes d‘Amundi Asset Management dans la livraison d‘octobre de leur revue mensuelle de stratégie et de recherche économique.

Conséquence : les investisseur professionnels sont aujourd‘hui moins investis en actions qu‘il y a trois ans, alors que sur la même période l‘indice MSCI Monde a presque doublé.

Et le mouvement ne semblait pas s‘inverser jusqu‘il y a peu encore : sur la semaine se terminant au 10 octobre, les fonds obligataires ont enregistré leur deuxième meilleure collecte nette depuis le début de l‘année, relève EPFR, qui ajoute que les fonds investis en actions américaines ont enregistré sur la même période leur troisième semaine consécutive de sorties nettes.

Graphiques comparant les flux cumulés des investisseurs professionnels par grandes classes d‘actifs et l’évolution d‘indices actions et obligataires globaux depuis 2008 :

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Les politiques monétaires non conventionnelles des grandes banques centrales mises en oeuvre pour enrayer la crise financière et faire face à ses conséquences ont constitué un puissant soutien aux valorisations des actifs risqués.

Graphique de la corrélation entre l’évolution de la base monétaire aux Etats-Unis et le S&P 500 :

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Jusqu’à cet été, à chaque fois que les banques centrales ont assoupli leur politique monétaire au cours des quatre dernières années, elles précisaient qu‘elles pouvaient revenir sur cet assouplissement à tout moment, rappelait toutefois le mois dernier Stephen Macklow-Smith, gérant de portefeuille chez J.P. Morgan AM. “Cela a fortement contribué à dissuader les investissements à moyen et long terme”, estimait-il.

Les banquiers centraux s‘engagent maintenant pour la première fois à maintenir leur politique accommodante aussi longtemps que nécessaire. Aux Etats-Unis, ce sera le cas tant que l’écart entre la croissance constatée et la croissance potentielle ne se sera pas considérablement réduit, permettant une résorption du chômage. En Europe, la BCE se dit prête à acheter, sous certaines conditions, des titres d‘Etat en difficulté pour des montants illimités.

La prudence persistante des investisseurs professionnels en dépit de ce changement de paradigme peut toutefois s‘expliquer.

Les engagements pris n‘ont pas encore trouvé de traductions concrètes et la perspective de nouvelles mesures de politiques monétaires non conventionnelles fait débat de part et d‘autre de l‘Atlantique.

Surtout, le pas décisif franchi en matière de politique monétaire n‘a pas encore produit d‘effets sur l’économie réelle, qui connaît au mieux un début de stabilisation. Aussi peut-il être perçu comme un inquiétant aveu de faiblesse. Incapables de relancer des économies en pleine cure de désendettement, les banques centrales en sont réduites à ouvrir toutes grandes les vannes de la liquidité sans plus songer à les refermer.

Le rebond récent des actions est ainsi intervenu en dépit d‘une révision à la baisse des estimations de bénéfices des sociétés. Une telle divergence entre les prix et les fondamentaux ne dure jamais très longtemps : soit le marché devra corriger pour être en ligne avec l’évolution des bénéfices, soit les bénéfices seront revus à la hausse avec le redressement de l’économie réelle de manière à rattraper les cours boursiers.

Sources :

* Bond funds see strong flow as QE effect blunted by poor growth, earnings outlook. EPFR Global. 16 octobre 2012

* Flux: les marchés sont plus téméraires que les investisseurs ! Cross Investment Strategy. Amundi Asset Management. Octobre 2012.

* Bulletin hebdomadaire de J.P. Morgan Asset Management. 17 septembre 2012 (Marc Joanny, édité par Dominique Rodriguez)

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