9 mai 2012 / 06:13 / il y a 5 ans

LEAD 3-Dexia, première urgence bancaire pour François Hollande

* E431 mlns de pertes au premier trimestre

* Le coût des garanties d'Etat pèse

* Le Belge De Boeck devrait remplacer le Français Mariani (Actualisé avec contexte)

par Julien Ponthus et Philip Blenkinsop

PARIS/BRUXELLES, 9 mai (Reuters) - En pertes au premier trimestre, la banque franco-belge Dexia s'est imposée mercredi comme le premier dossier financier sensible auquel doit s'attaquer François Hollande avant même d'avoir endossé officiellement ses habits de président.

Selon les informations du journal Le Monde, le directeur de campagne du vainqueur de dimanche, Pierre Moscovici, a rencontré mardi l'actuel secrétaire général de l'Elysée, Xavier Musca, pour discuter de la situation de l'établissement financier en cours de démantèlement.

Le gouvernement belge n'a pas attendu la passation de pouvoir à Paris pour réclamer le contrôle opérationnel de l'établissement bancaire et demander une réduction de sa participation de 60% aux 90 milliards d'euros de garanties d'Etat accordés à Dexia.

Un alourdissement de la facture française pourrait s'avérer particulièrement périlleux à concilier avec une équation budgétaire déjà difficile à tenir pour le futur gouvernement de François Hollande.

Gouvernance contestée, pertes récurrentes, probable recapitalisation, la situation de l'ancien leader mondial du financement des collectivités locales a continué de se détériorer après l'annonce de son deuxième plan de sauvetage à l'automne dernier.

Ce démantèlement qui se veut "contrôlé", n'a toujours pas été approuvé par la Commission européenne.

Les négociations avec les équipes du commissaire européen à la concurrence, Joaquin Almunia, s'avèrent cruciales car Dexia n'a pas les capitaux nécessaires pour payer des taux d'intérêts élevés en échange des garanties d'Etat.

Luc Coene, le gouverneur de la Banque centrale de Belgique, a déjà indiqué que Dexia aura vraisemblablement besoin d'être recapitalisée.

Cette crise intervient alors que le gouvernement français doit aussi gérer une "panne" du financement des collectivités locales et des services publics locaux.

En effet, la nouvelle banque des collectivités locales censée être créée par la Caisse des dépôts (CDC) et la Banque postale pour prendre le relais de Dexia Crédit Local n'est toujours pas opérationnelle.

Ce schéma avait pourtant été entériné l'an dernier avec la décision de démanteler Dexia, qui a aussi conduit les autorités belges à nationaliser les activités de banque de détail en Belgique.

DANS LE ROUGE AU PREMIER TRIMESTRE

Dexia réunit ce mercredi son assemblée générale à Bruxelles et devrait nommer dans la journée Karel De Boeck, ancien directeur général du groupe financier Fortis, comme administrateur.

Le gouvernement belge a indiqué officiellement mardi qu'il souhaitait voir Karel De Boeck devenir directeur général de la banque à la place du Français Pierre Mariani mais les autorités françaises n'ont pour le moment donné aucune position officielle sur ce dossier.

Dexia a annoncé mercredi une perte nette de 431 millions d'euros pour les trois premiers mois de l'année, imputable à des "éléments non récurrents", essentiellement le coût des garanties publiques couvrant ses financements et des dépréciations.

La banque a précisé que les garanties des Etats français, belge et luxembourgeois représentaient un coût trimestriel de 128 millions d'euros.

Elle a également inscrit dans ses comptes une dépréciation de 145 millions d'euros sur sa participation dans Kommunalkredit Austria et un "ajustement" de 102 millions d'euros lié à la cession de Dexia Municipal Agency.

La banque a subi une perte nette de 11,6 milliards d'euros en 2011.

Bien que fortement réduit, la taille du bilan de Dexia est considérée par certains analystes comme systémique car un défaut de paiement de la banque aurait des conséquences incalculables sur l'ensemble du système financier européen.

En Bourse, l'action Dexia cédait 5,26% (0,01 cent) à 0,18 euro vers 15h40, ce qui représente une capitalisation boursière de 350 millions d'euros, moins d'un millième de son bilan, qui avoisine actuellement 400 milliards d'euros. (Avec Matthieu Protard, Jean-Baptiste Vey et Elizabeth Pineau, édité par Marc Angrand)

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