8 décembre 2011 / 15:39 / dans 6 ans

AVANT-PAPIER-Areva va freiner sa croissance et privilégier la rentabilité

* Présentation du plan stratégique le 13 décembre

* Réduction des investissements en vue

* Jusqu’à E1,5 md de charges exceptionnelles attendues

* Probable cession de la part dans Eramet

par Benjamin Mallet et Caroline Jacobs

PARIS, 8 décembre (Reuters) - Areva va revoir à la baisse ses prévisions d‘investissement et privilégier des mesures d‘amélioration de sa rentabilité pour s‘adapter au contexte post-Fukushima, qui limite les perspectives du spécialiste du nucléaire, estiment des analystes sondés par Reuters.

Nommé en juin pour remplacer Anne Lauvergeon à la tête d‘Areva, le nouveau président du directoire, Luc Oursel, doit présenter mardi 13 décembre la nouvelle stratégie du groupe public, dont l‘Etat contrôle près de 87% du capital.

Il devrait annoncer à cette occasion des charges exceptionnelles, essentiellement des dépréciations d‘actifs miniers, qui pourraient se situer dans une fourchette de 1 à 1,5 milliard d‘euros selon certains analystes.

“Le changement clé sera probablement que la nouvelle direction se concentrera davantage sur la rentabilité alors que l‘ancien management privilégiait la croissance”, estime Alex Barnett, chez Jefferies.

“C‘est un nouveau départ qui pourrait être très bien reçu par le marché alors que les résultats sont assez mauvais depuis un moment”, ajoute-t-il.

Luc Oursel a d‘ores et déjà annoncé en octobre qu‘il jugeait “impératif” d‘améliorer les finances du groupe et de “trouver un équilibre plus raisonnable entre le développement des investissements et (ses) propres capacités de financement”.

“MAINTENIR UN BILAN CONVENABLE”

“Sur les dix milliards d‘euros investis ces dernières années par l‘entreprise, les capacités de financement propres de l‘entreprise n‘ont rapporté que quatre milliards d‘euros. Le reste s‘est fait par endettement, augmentation de capital et cessions d‘activités”, a-t-il alors expliqué. (voir )

Avant de s‘appuyer sur la poursuite de nombreux projets nucléaires, malgré l‘impact de la catastrophe japonaise de Fukushima en mars dernier, le nouveau patron devra en outre procéder à une opération vérité sur les comptes qui s‘annonce douloureuse.

Selon un analyste basé à Paris, des actifs miniers acquis en 2007 avec le rachat de la société canadienne Uramin, pour 2,5 milliards de dollars (1,9 milliard d‘euros environ), devraient être dépréciés pour tenir compte de réserves apparemment surévaluées, d‘un prix de l‘uranium plus bas qu‘attendu ou encore de capacités de production qui ne seront finalement pas mises en place.

Certains observateurs n‘excluent pas, par ailleurs, une nouvelle charge au titre du chantier de l‘EPR finlandais, pour lequel Areva a déjà enregistré au total 2,6 milliards d‘euros de provisions.

“Pour maintenir un bilan convenable, Areva voudrait vendre sa participation (de 26%) dans Eramet et trouver de nouveaux partenaires pour ses mines”, souligne en outre Alfred Glaser, analyste chez Cheuvreux.

En matière de réduction de coûts et d‘emplois, Luc Oursel dispose cependant d‘une marge de manoeuvre limitée à cinq mois de l’élection présidentielle française.

“CORDE RAIDE”

Areva et le gouvernement ont ainsi dû démentir en novembre des informations de l‘AFP selon lesquelles le groupe envisageait un millier de suppressions d‘emplois en France.

Ils n‘ont toutefois pas écarté l‘hypothèse d‘une réduction d‘effectifs en Allemagne et l‘arrêt de certaines activités outre-Rhin, après la décision du gouvernement d‘Angela Merkel, fin mai, de fermer les 17 réacteurs du pays d‘ici à 2022.

“(Luc Oursel) doit marcher sur cette corde raide”, selon Alex Barnett. “On dirait qu‘il y a un désaccord sur l‘ampleur des réductions d‘effectifs et qu‘il voulait aller plus loin.”

Pour Philippe Ourpatian, analyste chez Natixis Securities, Areva reste toutefois “le véhicule le mieux placé sur la chaîne de valeur du nucléaire”.

“Le groupe va bénéficier des ‘stress tests’ sur les unités en fonctionnement dans le monde, des investissements d‘amélioration de la sécurité que les exploitants (...) se verront dans l‘obligation de financer, de nouveaux contrats pour la fermeture des huit unités outre-Rhin (arrêtées cette année-ndlr), voire de nouvelles commandes de réacteurs (de nouvelle génération).”

Reste, note un autre analyste, qu‘Areva devra démontrer sa capacité à vendre de nouveaux réacteurs de type EPR alors que les deux chantiers en cours en France et en Finlande accumulent retards et surcoûts.

“Ce qui leur manque aujourd‘hui, c‘est un EPR terminé, avec un coût connu. Je ne vois pas comment ils peuvent vendre aujourd‘hui des EPR sachant qu‘il n‘y en a aucun en fonctionnement et que ceux en construction sont tous en retard, c‘est un peu délicat”, estime-t-il.

La question du nucléaire en France reste également une incertitude majeure pour le groupe alors que le parti socialiste envisage de fermer 24 des 58 réacteurs français d‘ici à 2025. L‘Hexagone a représenté 39% du chiffre d‘affaires d‘Areva en 2010. (édité par Marc Angrand)

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